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"CETTE AFFAIRE A PORTÉ PRÉJUDICE AU SÉNÉGAL... PAPE GUÈYE ÉTAIT ANXIEUX"

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L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans la Tanière. À quelques minutes du match contre la Guinée pour lequel il était annoncé titulaire, le milieu de terrain sénégalais de l’Olympique de Marseille, Pape Gueye se voit notifier une suspension par la FIFA qui le priverait de toute compétition sportive. Au cœur de ce dossier judiciaire entre le club anglais Watford et l’OM, l’avocat du joueur Pierre Henri Bovis revient en détails pour BES BI sur cette affaire et ses éventuels développements.

Me Bovis, à la veille du match contre la Guinée, le joueur Pape Guèye était pressenti pour jouer titulaire en l’absence d’Idrissa Gana Guèye, sauf qu’au dernier moment, il a été enlevé de la feuille de match. Dites-nous, comment cette affaire a pu se dérouler pour aboutir à une telle décision de suspension par la FIFA ?

« Il y a un dossier qui est actuellement en cours depuis la signature son contrat à Marseille. Nous avons un dossier qui était pendant devant la Fifa et devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui oppose le joueur Pape Gueye au club Watford. Jeudi soir (veille de match contre la Guinée), nous avons reçu une première décision de la FIFA, qui a fixé une amende d’un certain montant mais qui est plus faible que ce que nous pouvions imaginer, et a décidé de suspendre le joueur pendant quatre mois. Immédiatement, nous avons fait appel au TAS. »

Pour ceux qui n’ont pas suivi cette affaire de près, comment le joueur s’est-il trouvé dans une telle situation ?

« À l’époque, le joueur était suivi par un agent qui lui a fait signer un contrat de travail à Watford. Pape Guèye s’est estimé lésé pour diverses raisons et donc a révoqué cet agent après la signature du contrat. C’est tout l’objet du dossier en cours. Il a fait ensuite appel à mes services pour voir dans quelle mesure il pouvait résilier son contrat avec Watford pour rejoindre un autre club. A aucun moment, un club l’a démarché pour lui proposer une meilleure offre comme j’ai pu lire çà et là. C’est lui-même qui a décidé de résilier le contrat parce qu’il s’estimait lésé. Tout ceci résume les agissements qu’on pourrait qualifier de frauduleux de la part de son ancien agent. »

Le joueur et le Sénégal risquaient quoi s’il avait joué ce match, avec cette notification de sanction intervenue à moins de 24 heures ?

« Cet appel n’étant pas suspensif, nous avons introduit une autre requête pour demander la suspension des sanctions sportives qui ont été prononcées contre le joueur. Nous espérions avoir une réponse très vite, sous quelques heures. En tout cas, assez vite pour qu’il puisse jouer le match contre la Guinée, le vendredi à 14 heures. Malheureusement, nous n’avons pas eu de réponse à temps. Donc, le joueur était contraint à ne pas jouer. Puisqu’il était déjà suspendu par la FIFA, il aurait pu avoir une sanction beaucoup plus importante si on le faisait jouer. Donc, on a conseillé au joueur évidemment de ne pas mettre le maillot et d’attendre que le TAS rende une décision. Cette décision a finalement été rendue lundi. Le TAS nous a donnés gain de cause, et nous a accordé cette suspension des sanctions sportives, le temps que le dossier soit traité au fond. Une décision du TAS sera rendue dans quelques mois sur l’issue de ce dossier. Peut-être en fin de saison. Désormais, le joueur concerné peut tranquillement poursuivre sa CAN avec les Lions et jouer avec Marseille, le temps que l’affaire soit vidée. »

Finalement, c’est le Sénégal qui s’est retrouvé au cœur d’une affaire qui ne le concerne pas mais dont il a été tout de même victime…

« C’était très important pour nous puisqu’on a évoqué devant le TAS un risque de figure de préjudice irréparable. Puisque la CAN se joue une fois tous les deux ans. Nous sommes en période de Covid. En plus les temps sont totalement incertains. Si le joueur est suspendu et qu’il ne peut pas jouer la CAN, cela pourrait lui porter un préjudice disproportionné. Autre point soulevé devant le TAS et vous l’avez dit, c’est l’impact subi par le Sénégal. C’est très important. On a soulevé ce point. Parce que cela a porté préjudice en réalité à trois personnes morales. Évidemment, le Sénégal en premier lieu. Puisque le Sénégal a décidé de prendre Pape Gueye pour jouer la CAN. Cela aurait aussi causé un préjudice à Pape Guèye qui aurait été privé de cette Coupe d’Afrique. En plus de Marseille qui aurait été privé d’un joueur jusqu’à la fin de la saison. C’était vraiment très important d’obtenir cette suspension le temps que le dossier soit étudié au fond. »

Au Sénégal, beaucoup s’interrogent sur la coïncidence entre cette sanction provenant d’une plainte du club anglais Watford, à une autre affaire, survenue également en pleine CAN, opposant le Sénégal au même club, à propos de la libération du joueur Ismaila Sarr. Faut-il y voir une simple coïncidence, vu le timing ?

« Je ne souhaite pas faire de commentaire concernant le bras de fer qui a opposé la sélection nationale et Watford sur le cas d’un autre joueur (Ismaila Sarr). Après, je dois avouer que c’est un timing qui est problématique notamment pour le Sénégal qui a dû franchir beaucoup d’obstacles au cours de cette CAN. Évidemment, c’est un timing qui est très compliqué. C’est pour cela que je me félicite de cette décision devant le TAS, qui a pris en compte tous ces éléments et fait en sorte que le Sénégal puisse ne pas être handicapé par la suspension d’un joueur. »

Aujourd’hui, quel est l’état d’esprit du joueur, Pape Guèye ? On imagine que pour un très jeune joueur de 22 ans, se voir confronté à ce type de situations et pendant sa première grande compétition internationale, cela doit être difficile à gérer ?

« Il était très déçu de savoir qu’il ne pourrait pas jouer contre la Guinée. Déçu pour lui et pour tous ses soutiens. Il estime avoir un devoir envers le public, les spectateurs et le Sénégal. Il était très peiné de cette histoire. Très anxieux. Donc, c’est un vrai soulagement pour lui de savoir qu’il peut revêtir le maillot et continuer à défendre les couleurs du Sénégal. Maintenant, il garde la tête froide et sait qu’un dossier l’attend, une procédure au fond devant le TAS. Et, il compte bien mener ses deux combats : le combat du football et le combat judiciaire, en parallèle. Il a un mental qui est très fort, maintenant il est focus sur la CAN et on rouvrira le dossier une fois la CAN passée. »

Pas de crainte que cette affaire ne lui porte préjudice dans le futur, pour ses prochains transferts éventuels ?

« On va espérer que non. L’avenir nous le dira. Il est encore trop tôt d’évaluer le préjudice subi. »

Entretien réalisé par Babacar Ndaw FAYE

19 janvier 2022


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