CHANTIER DE L’AUTOPONT SUR L’AVENUE BOURGUIBA : BONJOUR LES DÉGÂTS

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Mobilité urbaine

Le démarrage des travaux de l’autopont sur l’Avenue Bourguiba fait grincer des dents. L’impact est tel qu’un collectif, regroupant près d’une centaine d’impactés, est en gestation. Sidy Sow, leur porte-parole, ne mâche pas ses mots, annonçant le lancement d’une pétition.

"Le problème qui se pose, c’est les travaux qu’on a entamés, fulmine-t-il, au micro d’emedia. Nous sommes des Sénégalais, pas des étrangers. On a juste reçu un préavis de 72 heures, vendredi dernier. Les délais étaient trop courts pour que nous puissions déplacer nos bagages. Ils ont commencé à tout casser sur leur passage, le lundi d’après. Le Préfet (de Dakar, Alioune Badara Samb), est venu, je lui ai dit que nous allons former un collectif pour lancer une pétition parce que ça, ce n’est pas normal. Un pays ne marche pas comme ça. Ils devaient tenir une réunion avec nous mais ils ne l’ont pas fait. Nous sommes des pères de familles qui risquent de perdre leur gagne-pain. Moi, je suis installé ici depuis 25 ans. Aujourd’hui, toutes nos activités sont bloquées, on ne peut plus rien vendre alors qu’on loue nos magasins".

Imperturbables, les agents de Henan China, eux, poursuivent leurs activités. Des arbres déracinés à coups de pelleteuse, des résidus de bois et de feuilles tapissant le sol, des garde-fous installés, c’est le décor du carrefour, ce vendredi matin, 4 décembre.

Chez les impactés, les complaintes fusent tous azimuts

Au glacier Matisse Gelatino Italiano placé en face des frigoristes, Evelina Duarté, la gérante, est trouvée en train de se tourner les pouces. "On perd la clientèle", lâche-t-elle, directe.

"Ça fait quatre ans qu’on a ouvert, et les travaux ont un impact négatif sur nos activités. Déjà, ils (les ouvriers) travaillent la nuit alors que c’est durant cette tranche horaire qu’on reçoit plus de clients. La nuit, ils mettent leurs tronçonneuses devant la porte, bloquant le passage. Puis, avec le bruit, les clients ne sont plus à l’aise. Le matin, il y a la poussière en plus du bruit des tronçonneuses. On s’en est ouvert aux ouvriers mais ils nous disent ’’vous n’avez pas suivi la télévision, on vous a dit que les travaux vont durer vingt mois’’. On n’a pas encore de solutions. On attend en espérant que ça va passer. Mais là, on est en train de perdre toute notre clientèle."

"Le moment est mal choisi surtout avec la pandémie"

Assise devant son plateau de petit-déjeuner encore intact à l’intérieur de son atelier de couture, Awa Thiam en a même perdu l’appétit. "On n’y comprend plus rien, dit-elle, inquiète. Un jour, j’ai vu les agents de la SENELEC à l’œuvre. Grâce au bouche à oreille, j’ai appris qu’on préparait l’érection d’un autopont. Depuis que les travaux ont démarré, deux à trois semaines aujourd’hui, je n’ai pas vu l’ombre d’une cliente car elles n’ont plus d’espace où se garer. La dernière fois, j’ai dû envoyer une de mes employées pour aller récupérer le tissu de l’une d’elles. Je pense qu’ils ont mal choisi la période surtout avec la pandémie et ses conséquences qui sévissent. On n’avait vraiment pas besoin de ça. En plus, ils ne nous ont même pas dédommagés. C’est inhumain d’autant plus que les travaux vont durer vingt mois. Mais vingt mois, c’est presque deux ans. Je ne peux pas me permettre de rester vingt mois sans travailler. Puis, penser à déménager dans un contexte où le prix du loyer a pris l’ascenseur, je risque de débourser le double de ce que je payais ici."

"Ça va faire beaucoup de dégâts"

"Ça va faire beaucoup de dégâts", le mot est lâché par un vulcanisateur qui a requis l’anonymat. Ce dernier doit remballer son matériel à l’intérieur de son magasin pour la mise en place d’une voie de dégagement.

La seule à trouver son compte est Fatima de Ya Faty, une boutique de Getzner (tissu). Ce, malgré la poussière qui s’accumule. "Certes, il y a beaucoup de poussière mais franchement on ne s’en plaint pas. Parce que notre enseigne est plus visible, et on en profite. Il faut dire aussi qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Les arbres cachaient notre boutique. Maintenant, notre enseigne est visible de loin." Là aussi, nous dit la jeune dame, balaie en main, il arrive que des clients désorientés se perdent, mais, minimise-t-elle, "on va juste les chercher et puis ça passe. Pour le moment, on ne se plaint pas trop. Nous espérons juste que cela va continuer comme ça".

Chez les agents de Henan China, c’est motus et bouche cousue. Seule information collectée, les travaux engagés concernent le 3e sur les six ponts que construit l’entreprise, parmi les treize autoponts que comprend le projet à Dakar. Ce, après la livraison de ceux de la Cité Keur Gorgui et de Saint-Lazare.

"Si c’est contre les embouteillages, le problème se situe au niveau de la Cité des Eaux. Si c’est bouché là-bas, cela se répercute ici. C’est juste ça. Bourguiba est un carrefour", lâche Pape Gueye. Le frigoriste et membre du collectif est dans tous ses états.

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