CHOC DES INCULTURES

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EDITORIAL

Une trajectoire de collision se dessine par la faute, hélas, d’irresponsables pris pour des responsables qui fantasment dès que le micro leur est tendu. Certains font des déclarations tonitruantes et outrageantes. D’autres s’illustrent par un verbiage renversant. En une petite semaine, Mamadou Diop Decroix, Moustapha Fall Ché et la jeune demoiselle Adja Astou Cissé, se sont exprimés maladroitement sur un sujet que ni l’acuité, ni l’actualité ne justifient.

En s’y aventurant, ils découvrent avec stupeur que la vacuité de leur propos leur a valu une désapprobation totale et générale de l’opinion publique. Dans leur errance à effet oratoire, les trois susnommés ont en commun d’avoir proféré des paroles blessantes à l’égard d’une communauté. Laquelle courroucée ne se résigne pas. Au contraire, des voix plus ou moins audibles, tentent avec l’énergie du désespoir de répliquer à ces incrédulités.

Au sortir de la récente élection présidentielle, le verdict prononcé avait le mérite de clarifier le jeu politique en donnant une nette photographie de l’échiquier et en révélant le poids représentatif de chaque force. Si bien que les médias étaient fondés à ne pas donner la parole aux politiciens de circonstances, à ceux qu’un confrère a joliment appelés « les voyageurs sans bagages ». A force d’être les invités des différents plateaux ils ont fini par faire système. Les médias n’ont pas trop prêté attention à ce désert d’idées qui rampait. Pas plus qu’ils n’étaient vigilants pour surveiller l’enflure des discours tenus sur des problématiques de très haute sensibilité.

Si le poète dit que les « mots écrits possèdent un pouvoir de métamorphose » qu’en est-il alors des mots prononcés à l’antenne ? Avons-nous conscience que le numérique s’impose à nous désormais ? Zuckerberg a supplanté Gutemberg ! Autrement dit l’amplification digitale (plateforme et applications) achève la mue de la presse traditionnelle qui s’époumone à exister face au rouleau compresseur des réseaux sociaux.

Ce changement d’échelle ou de dimension n’est guère perçu par les acteurs de l’écosystème médiatique. Une faune d’animateurs et d’animatrices (et même de journalistes à la petite semaine) peuplent les chaînes de radios, de télévisions sans préparation aucune et jetés en pâture devant les caméras avec pour seule consolation : l’effet grossissant et des retombées ludiques.

La légèreté dans le casting du personnel situe la première responsabilité des médias dans les dérives constatées. Plus de recul, plus de profondeur, place désormais à la spontanéité, au « live » jubilatoire qui privilégie l’émotion au détriment de la relation, du récit, de la narration et certainement de l’investigation, tous genres journalistiques éminents, relégués à l’arrière-plan parce que « non vendables ». Or ces insouciances surviennent au moment justement où les styles de presse se rapprochent parce que disponibles sur un même support.

Le Groupe E-Media INVEST, conscient du caractère immédiat de l’information, n’en prône pas moins, la collecte, le traitement, le recoupement, la vérification et la confrontation des thèses pour édifier l’opinion publique. Nos journalistes vont à la source. Sans perdre de vue la rapidité d’exécution, qui constitue un facteur de crédibilité.

Triste sort de la presse sénégalaise qu’accentue une affligeante pauvreté des contenus. Les sujets sont effleurés, les spécialistes, les mêmes, jonglent avec les studios et ânonnent à longueur d’émissions débitant une science sans épaisseur ; ce qui contribue de fait au discrédit de nombre de corporations.

Il n’ y a pas de vent favorable pour qui ne sait s’orienter. Le vrai débat démocratique est biaisé quand les politiques, plutôt que de défendre « une vision du monde », s’attachent à cibler des catégories sociales. Au plan politique, que représentent aujourd’hui Decroix et Ché pour mériter les projecteurs ? Ces deux, à plus de 70 ans, se vautrent non sans frénésie dans certains organes pour y tenir des saynètes d’un goût douteux. Sinon comment comprendre l’observation subjective (et sélective) d’un bétail électoral corvéable au Nord et ne pas remarquer le même phénomène moutonnier dans les régions du centre ? Que dire de cette analyse facétieuse de Ché relative au viol des jeunes filles ?

Ces énormités, prononcées sans discernement, annoncent le crépuscule des deux opposants bardés de stéréotypes culturels fugaces. Ils ont eu, au temps de l’exubérance de la gauche, à sillonner le Nord et ses gais chemins où s’entremêlent couleurs et parfums, slalomant entre buissons et arbustes rabougris pour porter la parole de Mao ou Ché (Guévara). Le gros de la troupe de And Jëff d’alors venait de ces contrées lointaines : Thilogne, MBoumba, Kanel, Ourossogui, Matam, MBolo Birane et Ndioum (épicentre de la pénétration Folli et sa fameuse troupe culturelle RENOVATION).

A cette époque sentait-on déjà le besoin de stigmatiser le comportement des populations qui savaient, malgré la modicité des moyens, accueillir et soutenir un certain « candidat sans illusion » ? L’amnésie rôde. Et sévit. Si ce n’est le poids des reniements. Après des vies fragmentées, voilà des existences dissolues. Happés par une spirale d’isolement, ils sombrent dans une surenchère rédhibitoire au risque de menacer la cohésion nationale dans ses fondements. « Nous sommes divers mais mélangés », aime à répéter le célèbre diplomate macédonien Nikola Dimitrov.

En dépit de son cortège de passions, la politique entretient l’espérance au plus fort de la gravité des moments. L’indifférence est l’autre nom de la résilience à opposer à ces tentatives funestes. L’action politique se nourrit de symboles. Les polémiques se dissolvent dans le silence. La survie des médias obéit à une refonte du modèle dominant jusqu’ici pour privilégier des contenus de qualité que recherchent les audiences et les publics lassés par le terrible passage à vide de titres moribonds.

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