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COHABITATION PLEINE DE RISQUE À NGOUNDIANE

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À Ngoundiane, commune située à 26 km de Thiès, l’installation des 66 camions contenant 1980 tonnes de nitrate d’ammonium depuis samedi a créé peur et inquiétude chez les populations déterminées à refouler la cargaison. Bés bi est allé hier à la gare des gros porteurs où la méfiance et l’hostilité sont les sentiments qui prévalent.
Le reportage à lire dans son intégralité dans les colonnes du quotidien Bèsbi "Le Jour".

La première rafale fait éclater l’asphalte de la route. Du haut des collines qui surplombent la gare des gros porteurs de Ngoundiane, c’est le ballet des camions tandis que d’autres sont cloués sur place. L’endroit jouxte une station-service et cohabite avec une gargote fréquentée par des jeunes désœuvrés. Tout visiteur est pointé du regard. « Copain, si tu vas là-bas, il ne faut pas faire des photos. Sinon, les gens vont te bastonner », prévient Balla, conducteur de moto jakarta qui fait la navette Thiénaba-Croisement Ngoundiane.

Nous sommes à 26 km de Thiès, à Ngoundiane où la vue est floutée par la fumée que dégagent des véhicules sur la route vers Khombole. Le tout sous une température qui affiche régulièrement près de 40 degrés.
Sur place, c’est une succession de camions dont le produit est couvert de bâches et bien scotché. Le nitrate d’ammonium qui peut vite créer une détonation loge dans cet endroit depuis samedi dernier. A Ngoundiane, autrefois, la strate arborée et la strate arbustive constituaient la végétation pérenne du paysage alors que des falaises composées de grosses pierres noires décorent les hectares de terres. Sous un arbre à palabre, le sujet de discussion tourne autour du nitrate d’ammonium déposé dans le village de Séokhaye par 66 camions d’une quantité de 1980 tonnes.

Inquiétudes des populations sur le pied de guerre
Traits de vieillesse tatoués sur son visage, Père Modou, comme on l’appelle, assis sous l’arbre à palabre, éventail à la main, compte mobiliser sa progéniture pour combattre le stockage de nitrate. « Tout Séokhaye et Ngoundiane seront mobilisés pour combattre ce projet. Nous avons aussi droit à un cadre de vie sain. Pourquoi Ngoundiane doit accueillir ces produits chimiques ? Pourquoi ? », enrage-t-il battant le rappel des troupes. Telle une catharsis ses enfants et amis le rejoignent pour clouer au pilori les propriétaires des camions. « Nous n’attendons que le Comité de défense des intérêts de Ngoundiane. Quitte à y laisser nos vies, nous allons nous débarrasser de ces camions », avertit Mor Sène, jeune agriculteur.

Méfiance
À quelques encablures, le dépôt de la gare des gros porteurs expose ses trophées : odeur nauséabonde, succession de camions qui reposent sur un goudron défectueux. Sous un soleil au zénith malgré des nuages orageux, le nitrate d’ammonium est recouvert de bâches avec une surveillance stricte. Le site souffre de manque d’entretien. Des pans de murs lâchent et se détachent. La rouille ronge le fer du portail. Les rats s’y prélassent. Les animaux domestiques y errent. Hier, l’activité était intense entre camionneurs qui multiplient les décharges de béton au moment où la poussière enveloppe l’atmosphère.

Dans cette localité, symbole de l’exploitation du basalte, la toux fait partie du quotidien. La nature, jadis généreuse, a cédé la place à la poudre blanche qui rend sèche et aride la terre. Les murs de l’entrepôt glauques et fissurés portent les stigmates de l’effet de la poussière qui perce les bâtiments. De loin, les pas du visiteur sont scrutés par les occupants des lieux. Et dès qu’on franchit le portail, le visiteur est interpellé. Chemise maculée d’huile au-delà d’un visage maquillé de poudre blanche, un jeune a comme travail d’interdire le passage.

Conférence de presse samedi
« Serigne bi, qu’est-ce que tu fais ici », interroge fermement un chauffeur, la vingtaine, d’un ton intimidant. « Je cherche le gérant de la gare », répond le journaliste. Allongé sur une natte, dans une inconscience totale des méfaits du produit transporté, écouteurs Xxl scotchés aux oreilles, Pape traite son hôte avec méfiance. Il ne répondra à aucune de nos questions avant de nous inviter à quitter les lieux. Lorsqu’il indique à ses camarades qu’un journaliste est dans les parages, c’est une horde d’individus qui se regroupent pour se lancer à ses trousses et lui indiquer qu’il n’est pas le bienvenu. Preuve que le sujet est très sensible dans la localité, même s’il déchaîne des passions. « Je n’ai pas encore fait les recoupements parce que je ne me suis pas encore déplacée sur le site. Donc, je ne peux pas mesurer les effets néfastes mais le sous-préfet de Thiénaba nous a dit qu’il n’y a pas de danger », explique Mme Sy, infirmière-chef du poste de Santé de Ngoundiane.

A la sous-préfecture de Thiénaba, le sous-préfet a refusé d’évoquer la question. « On ne va pas accepter que ce nitrate dure ici. Si on laisse faire, ce produit va nous tuer », prévient Ousmane Faye, habitant à quelques kilomètres de la gare. La première étape des actions à mener est prévue samedi avec une conférence de presse du Collectif de défense des intérêts de Ngoundiane.

Babacar Guèye DIOP

8 septembre 2022


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