COLLOQUE DE LOMÉ - SONKO S’EN PREND À L’ECO : « UN PROJET NOBLE MAIS UTOPIQUE »

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Économie

Interdit de déplacement par le juge d’instruction, le leader de Pastef / Les Patriotes, Ousmane Sonko, inculpé et placé sous contrôle judiciaire dans l’affaire l’opposant à la jeune masseuse Adji Sarr, a finalement participé via visioconférence, au panel d’ouverture du colloque international de Lomé, au Togo. Sonko a fait une communication, ce mercredi, 26 mai, par visioconférence, sur le thème : ’’du franc CFA à l’ECO, quelle monnaie pour quel développement en Afrique de l’Ouest ?’’

L’opposant politique sénégalais, affichant sa position anti-CFA, considère que "le F CFA - ECO tel qu’il se présente n’est pas la monnaie qu’il nous faut pour réaliser nos objectifs de développement."

D’ailleurs, on n’est pas obligé d’opposer ces impératifs : d’avoir à choisir entre ces impératifs. Aucune politique de développement n’est réellement possible, à notre avis, s’il occulte le levier monétaire à côté des autres leviers notamment budgétaires dans le cadre du policy mixte. Or, actuellement, nous sommes privés de ce Policy mixte parce que nous n’avons pas développé une politique monétaire. Dans son argumentaire, l’ex-Inspecteur des impôts n’a pas manqué de lister ses réserves.

« NOBLE MAIS UTOPIQUE »

D’abord, a-t-il relevé : "C’est un projet noble, cet ECO qu’ils nous proposent mais confronté à la réalité, c’est un projet vraisemblablement utopique." Pourquoi, nous le disons ? "Nous considérons que le projet de la CEDEAO s’inspire du projet de la zone Euro. Alors que les réalités sont totalement différentes. Nous aurons énormément de difficultés à converger, d’ailleurs toutes les échéances qui n’ont pu être respectées le montrent. Nous avons des pays que je ne citerai pas ici, qui sont à un niveau d’inflation extrêmement important. D’autres sont à un niveau de déficit extrêmement important. Il est évident que nous allons avoir énormément de problèmes à atteindre les critères de convergence pour aller vers cet ECO."

Puis, a-t-il dit : "pour que ces pays-là descendent sous les 5% du taux d’inflation, ils vont devoir mettre en place des politiques d’austérité qui vont certes diminuer l’inflation mais qui vont augmenter leur dette publique. Est-ce que ces pays sont prêts pour ce sacrifice ? Je ne crois pas tout de suite et maintenant."

"La deuxième inquiétude, a-t-il ajouté, c’est que pour avoir une monnaie unique, il faut un taux d’échange important entre les pays de la même zone. Lorsque la zone Euro se créait, les pays avaient un volume d’échanges de plus de 60%. Ici, en Afrique, on a dû mal à atteindre les 10%. L’échange intra zone est extrêmement faible pour que puissions aller valablement vers cela.

CROISSANCE EXTRAVERTIE

Enfin, "il me semble être extrêmement délicat d’aller vers ce modèle en l’absence d’un souverain. C’est pourquoi je le disais tantôt, nous avons besoin d’un projet politique, d’un projet fédéral. Qui jouera le rôle que joue aujourd’hui l’Allemagne ? Ce n’est certainement pas le Nigéria qui a des problèmes. Nous ne pouvons pas prendre le risque de sortir d’une monnaie critiquée pour son manque de souveraineté pour tomber vers une situation beaucoup plus dramatique avec moins de garantie que ce qu’on peut avoir avec la France quelles que soient les critiques que nous formulons par ailleurs."

"Les objectifs de développement tels qu’on les a énumérés sont fondamentalement axés autour de l’industrialisation. Répondre à la question ’’est-ce que cette monnaie permet de satisfaire cet objectif, c’est non. Parce qu’on a fait le choix d’une stabilité privilégiant les importations au détriment de nos politiques d’industrialisation", a-t-il poursuivi.

Sonko a également indexé une "croissance extravertie qui ne permet pas de capter les flux de cette croissance-là pour réduire la pauvreté, créer de l’emploi, etc."
"Quelle que soit l’option retenue, que ce soit l’ECO comme simple prolongement du F CFA, ce qui semble être l’option des organisateurs de ce panel, que ce soit l’ECO Naira ou l’ECO monnaie unique, la CEDEAO devrait être gérée par une Banque centrale fédérale et la monnaie devait être fixée non pas à l’Euro mais à un panier de devises (Euro, dollars, etc.)", a-t-il clos.

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