« COMME LES AMÉRICAINS, LES JEUNES DISENT QU’ILS NE PEUVENT PLUS RESPIRER »

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LR DU TEMPS

Invité de Lr du temps, sur iRadio et Itv, Pr Cheikh Ibrahima Niang, socio-anthropologue avertit. "Au-delà de ces déficits au niveau économique et social, au-delà de ces émeutes de la faim, les jeunes sont en train de reproduire le schéma de ces noirs américains qui disent ’’je ne peux plus respirer’’, comme George Floyd.

Dissertant sur le couvre-feu, il a déploré du point de vue de la manière de gouverner qu’on n’ait pas "une manière inclusive basée sur la recherche en sciences sociales et toutes les autres recherches pour éclairer le décideur." Alors que ce dernier est "ébloui par une seule discipline scientifique, qui a ce mérite, et son rôle à jouer, la discipline médicale" et "ne pas voir toutes les autres composantes. Il faut avoir une vision holistique. Les émeutes sont en train de nous rappeler à ça."


"Nous avons besoin d’une réflexion collective"

Du point de vue anthropologique, a-t-il poursuivi, "on peut voir que chaque fois qu’il y a un chaos, (celui-ci) est révélateur de dynamiques d’exclusion sociale. C’est-à-dire des gens qui savent qu’on est en train de les oublier. De les laisser au bord de la route, de les opprimer, de violer leur dignité. C’est ça qui fait le lit des révoltes et des révolutions."

Et, "on arrive à un niveau de violence, de haine, et de colère, tel que la fracture sociale y compris dans la maison sont amplifiés."
"Je viens du Congo, de la RCA, de la Sierra Léone, je connais les pays en guerre, et cela toujours comme ça", a-t-il alerté.

Parmi les recommandations, il a fait appel à "la capacité du pouvoir d’écouter les luttes pacifiques, et d’écouter les manifestations, les formes de contestations non violentes", tout en appelant à faire attention à la malédiction du pétrole.
Toutefois, "c’est la paix qui préserve l’indépendance, a-t-il tranché.

Pour rappel, le gouvernement a annoncé l’allègement du couvre-feu sans donner de délai précis.

Pour son co-débatteur, Pr Mbaye Thiam, historien et ex-Directeur de l’Ebad, l’affaire Ousmane Sonko – Adji Sarr n’est que "l’étincelle qui a déclenché l’incendie" ou "la goutte d’eau qui a fait déborder le vase."

Pis, "on est parti d’une affaire privée et tout ce qui était en instance du point de vue des crises multiformes et successives qui sont dans nos murs depuis plusieurs années, ont commencé à exploser. En fait, c’est comme si l’affaire l’affaire Ousmane Sonko-Adji Sarr a permis de lever le couvercle de la marmite qui bouillait depuis longtemps. La crise (sanitaire) est passée par là. Le ’’barça ou barsakh’’ nous a tenu en haleine pendant six mois. Le pays était complètement tétanisé par le fait que des cargaisons de jeunes dont certains étaient diplômés de nos universités embarquées dans les pirogues pour aller à l’aventure avec des risques majeurs. Après la Covid-19 a bloqué le système économique, le système social qui quand même essentiel dans le fonctionnement d’un système économique, bloqué pratiquement l’ensemble des perspectives attrayantes que nous ouvraient la perspective pour le Sénégal d’avoir du pétrole et du gaz à partir de l’horizon (2023). Et la crise économique et sociale est devenue finalement une crise sociale", a-t-il analysé, interpellant, entre autres catégories, les intellectuels, "assujettis à penser les problèmes de notre société, à devoir éclairer le pays".

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