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"COMMENT J’AI SU QUE NDONGO LÔ ÉTAIT UN GRAND CHANTEUR..."

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Producteur musical et animateur, Mickael Soumah fait partie des premiers sénégalais qui avaient cru au talent du défunt Ndongo Lô. Il était le premier à l’avoir invité dans une radio. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, l’animateur revient sur le parcours de l’artiste, décédé, il y a, aujourd’hui, 17 ans.

Vous êtes le premier animateur à avoir invité Ndongo Lô sur un plateau. Comment vous l’aviez connu ?

Je l’ai connu à ses débuts, dans les années 98-99. C’est un ami, Cheikh Dramé qui habitait à Pikine qui m’avait parlé de lui bien avant qu’il ne participe à l’album de Pape Ndiaye Gueweul. Je ne l’avais jamais vu auparavant. Un an après, Pape Ndiaye a sorti son album et mon attention a été attirée par une très belle voix. C’était celle de Ndongo Lô. Je suis resté bouche bée en écoutant cette chanson. Il avait une justesse de voix, une très grande voix. Alors, j’ai demandé à le rencontrer. C’est là que j’ai su que c’était le fameux garçon dont Cheikh Dramé me parlait. Je l’ai ainsi invité à la radio.

C’était la première fois qu’il parlait dans un micro en public. Comment s’était-il comporté ?

En fait, il était intimidé parce que c’était sa première fois à la radio. Mais c’est de là que tout est parti. Dans l’interview, il était avare en parole donc, on faisait écouter aux auditeurs la chanson. C’était la seule chanson qu’on mettait en boucle alors que c’était une émission. Du coup, je me suis dit je vais mettre des instrumentaux et il va y poser sa voix pour le tester davantage, pour voir s’il était vraiment un excellent chanteur. J’avais choisi des instrumentaux de grand chanteur américain notamment R-Kelly et il a posé sa voix. C’est là que j’ai su qu’il avait du talent, qu’il fallait l’épauler, l’accompagner et le soutenir. J’étais déterminé à ce qu’il soit connu par le grand public. Il ne fallait pas le laisser se morfondre dans la masse. A l’époque, il a été la plus belle voix du Sénégal. Je détiens un morceau de lui qu’il a improvisé sur l’instrumental. Je suis le seul à l’avoir. Il y rend hommage à toutes les têtes d’affiche de la musique sénégalaise. C’est juste pour vous dire qu’il était une grande voix. Il était d’un talent inouï.

Pourquoi votre Label Sono Mondial ne l’a pas produit ?

En fait, chemin faisant, j’ai eu à l’inviter plusieurs fois. Alors nous avons déplacé l’émission « Fm samedi relaxe » à Gorée. C’était un direct. Des touristes américains étaient présents à l’émission. Ndongo les avait bluffés. Ils ont été séduits par la prestation et surtout la voix du jeune homme ce jour-là. Par la suite, nous avions décidé, en tant que club Sono Mondial, de le produire. Mais entre-temps, Talla Diagne l’a rencontré avant de le produire. C’était sa toute première production.

Etiez-vous surpris de ce qu’il avait mis sur le marché ?

Non ! J’étais très confiant par rapport à ce garçon. Je savais qu’il allait faire une très grande carrière. Et je ne m’étais pas trompé. Car, en peu de temps, Ndongo avait fait vibrer le Sénégal. Il a mis tout le monde d’accord sur son talent et a marqué de son sceau la musique sénégalaise.

C’était quoi sa force ?

Il était un excellent parolier, un excellent compositeur qui, en un laps de temps, pouvait t’écrire des textes, composer une musique. Il aimait beaucoup la musique et ne s’amusait pas avec. Il avait très tôt compris que la musique est un métier. C’est quelqu’un qui avait trimé. C’était un artiste qui aimait écouter les critiques et qui les prenait en compte. Aujourd’hui, certains chanteurs font beaucoup dans la facilité. Ils ne créent plus. La créativité est morte. Du coup, c’est difficile de nos jours de voir un talent de la trempe de Ndongo Lô.

Entretien réalisé par Adama Aidara KANTÉ

16 janvier 2022


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