COMMENT LES SÉNÉGALAIS ONT APPRIS À VIVRE AVEC LE VIRUS

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COVID 19, UN AN APRÈS

Il était une fois... C’était il y a un an. Le 02 mars 2020, le Sénégal annonçait son premier cas de Covid-19. Cet inconnu, né en Chine, a fait un très long chemin avant de poser ses pénates au pays de la Téranga après un tour du monde. Son arrivée a suscité d’effroyables réactions. De la peur à l’inquiétude, en passant par l’affolement, avant que la population n’ait décidé de le côtoyer... après que son président de la République lui a demandé d’apprendre à vivre avec SARS COV 2.

Aujourd’hui, 02 mars 2021, le Sénégal continue de vivre en présence du virus. Ce dernier a affolé toute une population lors de son intrusion dans le pays. Il a causé énormément de dégâts et a fait sombrer l’économie. Un constat fait dans différents marchés où les confessions restent les mêmes, "la pandémie nous a dépouillé".

Au marché Colobane, nous assistons à une dispute qui a failli se terminer en bagarre si les vendeurs ne l’avaient pas arrêtée. Le marché ne connaît pas de grands mouvements ce matin. Par contre, comme à l’accoutumée, les véhicules ne passent pas inaperçus. Ils marquent leur passage soit par des vrombissements incessants, soit par des klaxons accompagnés d’injures. Les couloirs du célèbre marché n’enregistrent pas de martèlement car, les nombreux va-et-vient auxquels ils sont habitués se font rares aujourd’hui. C’est dans cette ambiance presque morose, sans grand engouement, que nous accédons au marché.

Vendeur de chaussures au marché Colobane depuis 10 ans, Souleymane Touré se tient devant son étal. Habillé d’un pull rose avec le logo du PSG et un pantalon gris, Jules, comme l’appellent ses collègues, semble préoccupé par cette journée où les clients se font rares. Quand il déroule le cahier de souvenirs, il admet que le premier cas enregistré au Sénégal l’avait bien affolé mais en l’état actuel des choses, il se dit être habitué. Toutefois, cette peur a fini par faire place à un ras-le-bol.

« J’avais des craintes lors de l’annonce d’un premier cas covid-19 au Sénégal. En ce moment, ce n’est plus la peur qui m’habite mais le ras-le-bol. Nous sommes fatigués et nous en avons marre de vivre cette situation. Déjà nous faisons face à la fermeture du marché chaque dimanche mais nous devons aussi nous confronter à respecter le couvre-feu », martèle-t-il.

Même coup de gueule chez son voisin, Abdallah. A l’étroit dans un ensemble blouson noir, cet homme de forte corpulence, teint noir, assis devant sa table où trônent des chaussures allant de Vans à différents autres baskets, dit avoir eu peur de l’encombrant virus "inconnu". « Lorsque nous avons enregistré notre premier cas, j’ai eu tellement peur que je suis resté 15 jours sans sortir de chez moi. Mais, avec toute la polémique qu’il y a eu derrière, je ne vois plus de quoi avoir peur. Je crois qu’après un an passé à côtoyer le virus, cette psychose a disparu ».

LA PSYCHOSE A DISPARU...

Malgré ces protestations, des efforts sont fournis pour le respect des mesures barrières ou plutôt, le port du masque est respecté ici. De couleur verte, porté comme recommandé, couvrant exactement le nez et la bouche, c’est ainsi que cette vendeuse de beignets porte son masque. Aïssatou Mbodj elle s’appelle. Travaillant à Colobane depuis deux ans, cette dame de teint clair, habillée d’un pull bleu, sa tête nichée dans un foulard de la même couleur, accompagné d’un pagne en wax de couleur jaune, manipule son portable en guettant l’arrivée de probables clients.

"On a toujours peur de l’inconnu dit-on, c’est exactement ce que j’ai ressenti quand la Covid-19 est arrivée au Sénégal. Je n’avais jamais cru que cette maladie franchirait nos portes mais, après tout ce temps, je continue de rendre grâce à Dieu et de l’implorer à nous protéger davantage. Et jusqu’à présent, malgré le fait que je sois habituée à cette situation, je continue de respecter les mesures barrières tout en gardant espoir pour que ce virus disparaisse à jamais".

Mohamed Diaw, commerçant évoluant dans le prêt à porter confie le calvaire auquel ils font face. Dans une veste en cuir marron accompagnée d’un jean bleu, le masque bien porté, pour lui, l’heure n’est plus de s’attarder sur l’évolution du virus mais sur les méthodes adéquates pour les aider à mener convenablement leur travail. "Ça fait un an que nous vivons avec le virus et je pense que nous nous sommes habitués à vivre avec lui, même si les conditions dans lesquelles nous évoluons sont extrêmement difficiles. Survivre un an après malgré qu’il soit parmi nous, je trouve que c’est une victoire et, c’est un très grand pas dans la lutte. Et puisque nous sommes arrivés à ce stade, tout ce que je trouve à dire et que je souhaite, c’est qu’on nous laisse travailler à notre guise". Requête qu’il a lancée avant de partir.

Non loin de Colobane, dans un autre marché très populaire, précisément au marché HLM, l’ambiance est tout autre. En plus de la pollution sonore, le marché est très ambiancé, entre les hauts parleurs des vendeurs situés au bord de la route et les tapages des clients marchandant avec les commerçants.

Résidant à Guédiawaye, Dieynaba Sow est une vendeuse ambulante de ceintures de perles au marché HLM. Dans son commerce, elle a connu des moments difficiles surtout avec la fermeture des marchés mais elle garde la foi. "C’est vraiment dure cette situation, c’est extrêmement difficile mais nous nous rendons grâce à Dieu. Ça aurait pu être pire si les marchés venaient à être fermés pour une longue durée. Mais puisque nous avons la possibilité de travailler durant 6 jours, c’est encore mieux".

Trouvée dans une boutique d’encens et de parfums, Abibatou Diouf est vendeuse de fil dentaire. Pour cette dame, continuer de suivre les recommandations reste l’un des meilleurs moyens pour stopper la propagation du virus. Toutefois, elle compte sur la volonté divine pour davantage épargner la population. "Il faut juste faire des efforts et respecter les mesures édictées. Portons nos masques, lavons nos mains et pour le reste implorons Dieu pour qu’Il nous vienne en aide".

APRÈS LA PEUR DU VIRUS, LA PEUR DU VACCIN

La volonté divine, oui. Mais, pour que notre "envahisseur" quitte définitivement le pays, il faut en plus des mesures barrières, plus de gens qui acceptent de se faire vacciner et plus de résultats favorables espérés après la campagne de vaccination. Chose qui ne semble pas enchanter nos interlocuteurs. Ils sont dubitatifs et n’incluent pas encore le vaccin dans la liste des solutions à adopter. D’ailleurs, la question du vaccin a bien évidemment soulevé leurs réactions. Peu sont encore convaincus de son efficacité.

Dieynaba se tord de rire avant de lancer : "Je ne compte pas me vacciner. Je n’y songe pas encore". Le même refrain est chanté par Souleymane Touré qui, pourtant, incite les gens à se faire vacciner. "Mais moi, je ne compte pas le faire. Je ne fais pas confiance à ces vaccins car j’ai entendu beaucoup de rumeurs à leur propos". Il attend de voir des résultats concrets pour envisager de se vacciner. Tout le contraire de Mme Aïssatou Mbodj qui dit être prête. "Puisqu’il n’y a pas d’inconvénients, je suis prête à me vacciner pour me protéger, j’invite en même temps tout le monde à le faire afin de se protéger. Nous devons nous y atteler afin de pouvoir retrouver le rythme de nos activités".

L’an 1 de l’enregistrement du premier cas de Covid-19 au Sénégal, coïncide avec la période de lancement de la campagne de vaccination. Une campagne qui vise d’abord les personnels de santé, ensuite les personnes âgées de 60 ans ou souffrant de comorbidité et enfin toutes autres personnes désirant se faire vacciner.

Depuis le début de la campagne de vaccination à ce jour, plus de 27000 personnes sont vaccinées, dont le chef de l’Etat qui avait appelé à vivre avec le virus en annonçant un premier dégel des restrictions. Une deuxième vague s’est ensuite installée, suivie d’une autre période de restrictions en état de catastrophe sanitaire. Quand celle-ci devra à nouveau être levée, espérons que les Sénégalais auront réellement retenu la leçon de vivre (mieux) avec le virus...

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