[CONSTRUCTION DE MASSALIKOUL JINAAN] : COMMENT LES ÉTATS DOIVENT S’INSPIRER DE LA PHILOSOPHIE MOURIDE

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LR DU TEMPS

Le coût de la construction de la mosquée Massalikul Jinaan est estimé à plus de 20 milliards de francs CFA. Un montant qui a été mobilisé grâce à la solidarité des mourides. La mobilisation des fonds pour la réalisation de ce chef d’oeuvre était au menu des discussions entre l’animateur de l’émission Lr du Temps, Alassane Samba Diop et ses invités Abou Kane, professeur agrégé, chef du département économie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et Mignane Diouf, président du Forum social sénégalais.

Selon Abou Kane, la communauté mouride a montré un bel exemple de solidarité à tous les sénégalais en mobilisant autant d’argent pour réaliser ce projet, cher à toute une communauté. Mieux, il dit voir quatre facteurs dans cette histoire de construction de la mosquée. Et, ces quatre facteurs aussi importants les uns que les autres ont fait que les mourides soient vraiment mobilisés comme un seul. Il y a d’abord la crédibilité. « Les mourides considèrent leur guide comme étant crédible donc, s’il donne des ordres ou des instructions, ils essayent de les exécuter », dit-il.

Ensuite, il y a la rentabilité. A son avis, si quelqu’un met son argent dans la réalisation de ce lieu de culte, il attend la bénédiction de Dieu. Le troisième facteur, selon lui, est la sécurité d’autant plus que les gens mettent leur argent là où il sera utilisé à bon escient. Et enfin, le quatrième facteur est la simplicité des procédures dans la participation. « L’Etat peut s’inspirer donc de la philosophie mouride en essayent d’être crédible, faire en sorte que tous les corps de contrôle qui existent puissent jouer leur rôle pour que chacun sache que l’argent public ne peut pas être détourné », a expliqué M. Kane qui rappelle que dans les relations économiques tout est basé sur la confiance.

Pour sa part, Mignane Diouf a fait savoir qu’il a été ébloui par ce qu’il a vu lors de l’inauguration de la mosquée. D’après lui, cela montre que dans les sociétés organisées, si on fait confiance aux populations, elles peuvent apporter une contribution à la dimension de la chose à laquelle elles sont attachées.

Toutefois, il fait savoir que ce n’est pas imaginable que cette philosophie mouride puisse être appliquée en Afrique. Ce, explique-t-il « parce que nous avons des Etats issus d’un mécanisme d’organisation socio-politique qui sont totalement en déphasage avec les réalités socio-culturelles de nos communautés. Si on ne peut pas mobiliser des impôts auprès des populations en tant Etat cela veut dire qu’on ne peut pas mobiliser aussi de l’épargne, de contribution volontaire auprès de ces populations dans un projet communautaire ou nationaliste. Et, cela ne peut s’expliquer que par l’écart de confiance qu’il y a entre l’Etat et la réalité socioculturelle du peuple. Tout dépend de la relation de confiance qui peut exister entre le leader, la société organisée et les populations qui sont attachées à ce mécanisme d’organisation ». Poursuivant, il ajoute : « On peut mobiliser un peuple si on le galvanise et, galvaniser un peuple, c’est lui demander d’avoir l’esprit patriotique et de la confiance. Et la confiance doit être une émanation au sommet d’un Etat. Quand nous sommes sincères avec nous et que nous nous parlons, nous pouvons soulever des montagnes. La difficulté de la gouvernance en Afrique, c’est de se parler et de se faire entendre. Les africains ont ces deux problèmes ».

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