CORONAVIRUS : CETTE FOIS-CI, L’AFRIQUE N’EST PAS LA DERNIÈRE DE LA CLASSE !

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CONTRIBUTION

Lors de la réunion ministérielle d’urgence sur le COVID-19 organisée le 22 février par l’Union africaine, le CDC-Africa et les ministres de la santé des pays du continent, le Directeur de l’OMS affirmait : « Notre principale préoccupation continue d’être le potentiel de dissémination du Covid-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires ».

Lorsqu’il parlait des pays avec un système de santé faible, tout le monde savait que ces pays étaient majoritairement en Afrique. Ainsi le 24 février, le journal Le Monde titrait : « l’Afrique mal préparée contre le Coronavirus selon l’OMS ». Dans un communiqué de presse de l’INSERM du 19 février, l’institut de recherche précisait que si l’Égypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud étaient parmi les pays les plus à risques, ils étaient les mieux préparés. Cependant, « Dans d’autres pays d’Afrique, le risque d’importation du virus est plus faible, mais les carences sanitaires font craindre une diffusion rapide. »

Près de vingt jours plus tard, l’épidémie CoVid19 a atteint neuf pays en Afrique avec moins de 100 cas alors que dans d’autres pays, on en est à des milliers de cas. Ainsi, si l’on s’en tient à ces seuls chiffres, elle ne s’est pas diffusée comme dans les autres pays. Si l’on déplore la faiblesse des systèmes de santé, la mondialisation de l’épidémie vers une pandémie semble pour le moment épargner l’Afrique où l’on trouve trouvent les « systèmes de santé les plus précaires ».

Notons que la France, l’un des pays doté du meilleur système de santé au monde, connaît aujourd’hui une diffusion rapide des cas de Coronavirus dans quatre régions. Des voies se font entendre dans les réseaux sociaux pour déplorer la contamination des Africains par les étrangers ».

Cette situation appelle à plus de solidarité entre pays et entre continents sur la gestion des épidémies. Ainsi qu’on l’a constaté avec le COvid-19, l’Afrique n’est pas le berceau de l’épidémie, alors que c’est souvent le cas. Tels d’autres pays et d’autres continents, elle doit faire face aujourd’hui à la propagation du Covid-19 avec ses propres moyens humains et financiers ( le Sénégal a débloqué plus de 2 millions de dollars pour la lutte contre le Covid-19.

Contrairement à ce qui s’est passé durant l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest en 2015, où les ressortissants des pays affectés (Libéria, Guinée, Sierra Léone), mais aussi d’autre pays africains qui n’avaient aucun lien avec la maladie ont été fortement stigmatisés et victimes de restrictions de déplacement, aujourd’hui, la plupart des pays africains ont adopté des attitudes responsables face au Covid-19 et à la contamination par des étrangers venus d’Europe. Ils traitent ces cas importés comme s’il s’agissait de cas endogènes. Il est à noter que le premier cas français du Sénégal est déjà sorti guéri.

Les efforts des pays africains

L’OMS avait identifié 13 pays prioritaires dans la région, qui, en raison de leurs liens directs ou du volume important de voyages vers la Chine, devaient être particulièrement vigilants à l’égard du nouveau coronavirus. Au 9 mars, neuf pays en Afrique sur les 54 états membres ont déclaré des cas de coronavirus : Égypte (55), Algérie (20), Sénégal (4), Afrique du Sud (3), Cameroun (2), Nigéria (2), Maroc (2), Tunisie(2) et Togo (1). Au total, moins de 100 cas en Afrique, et seulement 12 cas en Afrique subsaharienne, alors que ceux-ci ont enregistrés ces cas depuis plus de deux semaines. Les cas ne semblent pas se démultiplier comme dans d’autres régions du monde, où en deux semaines on parlait déjà de plusieurs centaines de cas.

En fait, les pays africains ne restent pas les bras croisés. En quelques jours, la plupart d’entre eux ont renforcé leurs systèmes de santé face au Covid-19. Au 21 février, 24 étaient déjà capables de procéder à des tests de dépistage de cas potentiels de Coronavirus, alors qu’au début janvier, seul deux pays (le Sénégal et l’Afrique du Sud) disposaient de laboratoires en mesure de tester le Coronavirus.

Plusieurs pays ont développé des plans de préparation et de riposte, mis en place des budgets spéciaux, formés leurs personnels de santé. Certains, comme le Sénégal, ont même annoncé des guérisons parmi les cas confirmés. Ceci est-il le fruit du hasard dans des pays aux systèmes de santé faibles face à un virus qui se diffuse aussi rapidement que le Covid-19 ?

Les bons points de l’Afrique

Il faut savoir que l’Afrique subsaharienne a particulièrement tiré les leçons de la gestion de ses épidémies. Si les autres pays sont plus habitués à gérer l’arrivée de cas de maladies émergentes et ré-emergentes, en Afrique, les acteurs sont habitués à gérer des épidémies, depuis les phases de préparation jusqu’à la réponse proprement dite.

Si les expériences de la lutte contre Ébola en Afrique de l’Ouest et en RDC ont montré des insuffisances évidentes dans la préparation et la réponse, elles ont au moins eu le mérite de donner bon nombre d’expériences aux pays concernés pour gérer des épidémies, mais aussi pour tirer les leçons de cette gestion en vue des prochaines épidémies. Ainsi, les populations sont habituées aux comportements et attitudes qui protègent, telles que lavage des mains, non-salutation de la main à la main, engagement des communautés suite aux campagnes de sensibilisation, et formation des personnels de santé.

Si certains spéculent sur la situation actuelle du CoVid19 en Afrique que beaucoup d’autres régions du monde nous envient, en évoquant la température, le climat, l’immunité de l’Africain, le CoViD19 a au moins le mérite de montrer, sur des données objectives, que l’Afrique est encore à l’abri d’une prolifération de cas. Et si pour une fois, le continent témoignait de la capacité des Africains à ne pas toujours être les derniers ?

Tout cela ne veut pas dire qu’il faut dormir sur nos lauriers, mais c’est un constat, une fois n’est pas coutume, qu’il est important de souligner.

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