CRISE CONSTITUTIONNELLE, TENTATIVE DE COUP D’ÉTAT... HAÏTI, À UN AN PRÈS

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HAÏTI

Le conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien estime le mandat du président Jovenel Moïse terminé. Lui maintient qu’il lui reste un an au pouvoir.

Un problème... de date ? En Haïti, un conflit oppose le président et ses nombreux contestataires sur la durée de son mandat. Pour le conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien, Jovenel Moïse devait rendre le pouvoir ce dimanche 7 février. Mais le chef d’État ne l’entend pas de cette oreille, affirmant au contraire qu’il n’a pas effectué l’intégralité de son mandat. "Mon administration a reçu du peuple haïtien un mandat constitutionnel de 60 mois. Nous en avons épuisé 48. Les 12 prochains mois seront consacrés à la réforme du secteur de l’énergie, la réalisation du référendum et l’organisation des élections", a-t-il déclaré sur Twitter, dimanche.

Cette confusion est née du fait que Jovenel Moïse avait été élu pour cinq ans lors d’un scrutin annulé pour fraudes, fin 2015, puis réélu un an plus tard, avant de prêter serment le 7 février 2017. Jovenel Moïse considère que ses cinq ans débutent à partir de cette date.

Il s’agit en réalité d’un nouvel épisode d’une longue crise politique. Depuis cette élection trouble, la légitimité du pouvoir de Jovenel Moïse est régulièrement contestée. Il y a deux ans, à la même époque, de violentes émeutes avaient déjà éclaté dans un pays en proie à la misère, toujours en reconstruction depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Le pays s’est encore davantage enfoncé dans la crise au long de l’année 2020, privé de parlement et gangrené par les violences. Isolé, le président Moïse gouverne par décrets, alimentant une défiance croissante au sein de la population.

Ses ministres ont dénoncé, dimanche, une "tentative de coup d’Etat". Tandis que l’opposition a nommé un dirigeant de transition, afin de pousser Jovenel Moïse vers la sortie.

Coup d’État présumé

Cette "tentative de coup d’État" impliquerait un juge de la Cour de cassation et une inspectrice générale de la police nationale haïtienne, a détaillé le ministre de la Justice, Rockefeller Vincent, dans une conférence de presse. Vingt-trois personnes ont été arrêtées au total, a précisé de son côté le Premier ministre, Joseph Jouthe, également devant la presse. Ajoutant que, parmi des documents saisis, figurait le discours que ce juge aurait prévu de prononcer pour devenir président provisoire, dans un régime de transition.

"Ils avaient contacté des hauts gradés de la police au Palais national qui avaient pour mission d’arrêter le président, de l’amener dans cette habitation à Petit bois [lieu de leur arrestation dans la capitale] et faciliter l’installation d’un nouveau président provisoire qui aurait fait la transition", a poursuivi le chef du gouvernement. Le directeur général de la police nationale, Léon Charles, a précisé que de l’argent et des armes avaient été saisis, notamment deux fusils d’assaut M14, un mini Uzi, trois pistolets 9 mm et plusieurs machettes.

Le président Jovenel Moïse assure en outre avoir échappé à une tentative d’assassinat, sans plus de circonstances.

L’opposition nomme un dirigeant de transition

L’opposition politique y voit un prétexte, et dénonce avec vigueur ce scénario de tentative de coup d’État présenté par les autorités. "On ne réalise pas un coup d’État avec deux pistolets, trois ou quatre fusils", a commenté l’avocat André Michel. Il a estimé que Jovenel Moïse avait "choisi la voie de la répression politique".

En réaction, des partis de l’opposition haïtienne ont nommé dans la nuit de dimanche à lundi un dirigeant de transition, Joseph Mécène Jean-Louis, magistrat de 72 ans membre de la Cour de Cassation depuis 2011. "Nous attendons que Jovenel Moïse quitte le palais national pour que nous puissions procéder à l’installation de Me Mécene Jean-Louis", a déclaré l’opposant André Michel. L’ancien sénateur Youri Latortue a indiqué que cet intérim serait prévu pour une durée de 24 mois.

"La feuille de route est établie pour deux ans avec l’organisation d’une conférence nationale, l’élaboration d’une nouvelle constitution et la tenue des élections" a détaillé Youri Latortue, qui, après avoir été conseiller du président Michel Martelly, mentor de Jovenel Moïse, s’est déclaré opposant au pouvoir.

Le pays ne s’est pas embrasé devant les évènements. Port-au-Prince a cependant été le théâtre dimanche de manifestations clairsemées émaillées de quelques échauffourées avec la police.

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