DAK’ART DE VIVRE

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

A l’émission vedette « khorom ci cin » de iRadio, animée par la star Dj Boub’s, le jeune et très prometteur acteur Yann Gaël du film « Sakho et Mangane » donne son impression : Dakar est une ville cinéma ! Il s’explique : « En maints endroits surgissent des décors de cinéma, la ville, elle-même, ouverte et lumineuse, se présente comme un espace naturel dédié au 7ème art… » Avec de tels propos, l’hôte du jour de La Matinale sur 90.3 fait découvrir aux Dakarois les facettes cachées de leur propre ville.

Autant dire donc que Sakho est tombé sous le charme de la capitale sénégalaise, le sourire permanent des habitants de la presqu’île, leur gentillesse et la chaleur des échanges. Selon lui, la ville, arrosée de lumière par un soleil resplendissant, s’offre comme un lieu jouissif et festif à la fois, capable de renverser des codes pour séduire et exercer un attrait sur les professionnels : cinéastes, réalisateurs, producteurs, acteurs, figurants, amateurs et touristes…

A ce jeu d’attractivité, les Marocains sont passés maîtres dans l’art de s’ouvrir au monde tout en restant eux-mêmes dans une étonnante authenticité recherchée par les chasseurs d’originalité. Mieux, dans des villes comme Marrakech, Agadir, les prospects exhument des civilisations perdues, des végétations exubérantes ou des dunes ondoyantes dans le but d’attirer des regards friands d’exotisme.

Des experts culturels du royaume écument les festivals et les salons, participent à des expositions ou visitent l’antre du cinéma mondial, Hollywood à Los Angeles, en l’occurrence pour « vendre » la destination Maroc et ses reliefs, ses jardins tropicaux ou ses forêts de palmiers. Et ça paie ! Car, de grands noms du cinéma s’y rendent pour repérer des endroits uniques afin d’y tourner des séquences de films avec en arrière-plan des décors psychédéliques. Dans ce domaine, comme dans d’autres, le savoir faire marocain s’exporte et rehausse du coup le prestige du pays.

Quand voyager rime avec plaisir, Dakar a des atouts à faire prévaloir : sa façade atlantique, son positionnement axial sur les routes internationales (aériennes et maritimes), sa proximité avec l’Europe et l’Amérique. L’art de vivre est à inventer à Dakar pour personnifier le standing international auquel il prétend avec légitimité du reste.

Il peut avoir raison Yann Gaël, qui interprète Mangane dans la série éponyme que propose la chaîne cryptée Canal + à ses abonnés d’Afrique et d’ailleurs. Pour pertinente que soit l’observation de l’acteur franco-camerounais, Dakar n’en reste pas moins une ville de paradoxes. Au regard de son urbanisation galopante, elle agrège des agglomérations où se concentrent des populations arrivant à flux continus du monde rural qui se dépeuple, hélas. Face à ces défis de croissance, la capitale, tout en travaillant à son embellissement, peine à se défaire de travers qui l’enlaidissent.

Veut-elle être une cité de son temps ? Songe-t-elle à se doter de caractères distinctifs ? Que fait-elle de son passé glorieux ? A quelle figure envisage-t-elle de renvoyer ? Quelles sont les projections ou les perspectives dans un futur proche ou lointain ? Certes, Dakar bâtit et restaure. Par endroits, elle se met à l’heure du modernisme avec des jardins verts conçus et réalisés par Promovilles. Par ailleurs, il suffit, pour s’en convaincre, de lever la tête au ciel pour s’apercevoir de la densité des grues tutoyant les nuages. De plus en plus, on construit en hauteur. Si les routes et les artères s’accroissent, les véhicules et les autres moyens de tractions augmentent dans des proportions encore plus grandes.

Aux difficultés de circulation viennent s’ajouter les interminables embouteillages à toute heure de la journée laissant accroire que la densité du trafic constitue l’ADN de notre chère capitale. Des dépôts d’ordures et des gravats jonchent les rues devenues plus étroites avec un jalonnement de garages spontanés, les aires de concessions de voitures, la multiplication des kiosques, les vendeurs à la sauvette, le vacarme, la chaleur, la pollution, les attroupements, les cérémonies familiales, religieuses ou récréatives et leurs corollaires de sonorités envahissantes à tous coins de quartiers ou de maisonnées.

Mêmes les anciennes industries principalement alimentaires, jadis excentrées par rapport au cœur de ville, se retrouvent désormais piégées par les nouvelles habitations qui les ceinturent. A l’image de Yarakh et MBao et même Rufisque, l’avancée de la mer, consécutive au réchauffement du climat inflige des outrages aux côtes, aux maisons, aux infrastructures et aux lieux de culte ou de sépulture.

Face à ce qu’un géographe inspiré de l’Université de Gaston Berger appelle « une chaîne ininterrompue d’obstacles », la nécessité s’impose à tous de concevoir des consensus forts autour d’idées rédemptrices. Dakar a besoin de rebond urbain pour incarner le leadership de l’émergence que s’assignent les pouvoirs publics.

« Je préfère le voyage à la destination », disait un spécialiste du tourisme. De quelle touche africaine pourrait se prévaloir Dakar pour jouer son rôle de locomotive du PSE ? Vaste question. Ceux qui prétendent assumer des responsabilités futures connaissent d’emblée les termes de leurs missions. Au nombre des recettes figurent la combativité, l’endurance, la ténacité, la pédagogie et la victoire.

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