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DAKAR, LA PEINE CAPITALE

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La Constitution établit que Dakar est la capitale du Sénégal. Aquatique, balnéaire et amphibie, elle se tisse autour de la mer. La lumière brode ses jours. La Presqu’île était lumineuse. Elle ne l’est plus. Elle était un bijou. La laideur est sa nouvelle texture. Il y a lieu de craindre que l’inhabitabilité de Dakar n’est tout à fait loin. Procédant à la mise en service du TER le 27 décembre 2021, le chef de l’Etat avait dressé un constat accablant. Avec moins de 0,3% du territoire national, disait-il, la région de Dakar concentre 25% de la population sénégalaise et près de 70% de l’activité économique du pays. Dakar concentre aussi l’essentiel du parc automobile national et enregistre environ 40 000 nouvelles immatriculations par an. Le constat est lucide mais dépasse rarement ce stade. Il faut aller plus loin et énoncer un diagnostic sans complaisance. Autrement dit, passer à la vitesse supérieure pour le sauvetage de la ville et de ses habitants. Chargée comme le baudet, elle a déjà fléchi et pourrait rompre sans délai. La charpente de son corps ploie sous le fardeau et le fléau. La juxtaposition d’erreurs, de fautes et d’impérities a produit ce résultat si affligeant.

Les premières victimes de l’état désastreux de Dakar sont ses occupants, ses résidents. Le loyer dont on parle sera plus coûteux, plus inabordable. Aucune commission n’y pourra rien. Deux chambres salon sont loués 300 000 dans les quartiers moyens. Les bailleurs ne sont pas des monstres. Ils profitent de l’usine à gaz. La vache à lait et la poule aux œufs d’or sont à leur disposition. La demande pulvérise l’offre. Il n’existe pas de métropole d’équilibre. Non plus d’alternative. Diamniadio, le nouveau pôle urbain ne dépasse pas Km 50 qui est la limite de Dakar. La conurbation va venir. Ça sera la case départ. L’aéroport a été transféré. Les effets sur les encombrements sont mitigés. Dakar est tout de même la seule capitale sans aéroport. N’empêche, la course aux grands immeubles est devenue folle. Elle se fait sur l’autel de la protection civile et de l’harmonie architecturale.
Le beau et le bien s’éloignent. La sûreté s’en va aussi. L’espace public est un champ de ruines. L’hygiène et l’asepsie sont négligées. Le Service national de l’hygiène est un parent pauvre. L’hystérie du covid est loin derrière. Il y a un vide de changement et de nouveau paradigme.

Seules comptent les contingences matérielles. Chaque citadin veut acquérir un véhicule. La voiture est une arme. Elle a pris toute la place. Au sortir des écoles, les enfants se font régulièrement faucher. La sinistralité routière ne fait pourtant que commencer. Le parc automobile ne cesse d’exploser. Les fous au volant sont plus nombreux que les conducteurs commodes. Les comportements ont changé dans le mauvais sens. La crise dénature. Elle accélère le sauve-qui-peut et les attitudes de survie. L’état de nature revient au galop. Nos cas s’aggravent avec le pass internet et les réseaux sociaux, ces sauterelles qui remplacent la culture et l’émerveillement.

Dakar n’est plus ce centre ni cette vitrine culturelle. Un livre est mieux qu’un ballon en guise de cadeau pour nos enfants. Il est vrai, Sadio Mané est notre meilleur ambassadeur. Sa tenue africaine est la preuve qu’il porte l’Afrique dans son cœur. Il a donné une fonction sociale à sa réussite. La sociabilité qu’il affiche en dit même plus long que la fibre sociale. Il fait beaucoup et cause peu. C’est à l’opposé de ce qui se trame à Dakar, capitale des bavardages interminables. Les experts autoproclamés foisonnent et donnent des leçons qu’ils ne s’appliquent jamais. Les hommes politiques ne sont pas modernes non plus. Ils sont même caducs. Ils ne savent plus se parler. Un cordon sanitaire les sépare. L’opposition est pressée d’arriver au palais. Son actuel locataire n’est pas pressé de le quitter. Les mois qui viennent seront pollués par la politique politicienne. Alors que la demande sociale attend la dépollution du landerneau par le travail.

Dakar n’est plus Dakar. Les épreuves de la vie ont changé les résidents. La promiscuité, le mal-être, la fin de la qualité de vie, le diabète, les eaux usées, l’inactivité font que plus personne ne retrouve son chemin dans cette ville. La monstruosité s’est installée. L’urbanité exquise a quitté.

Assane GUÈYE

21 octobre 2022


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