DÉBAT SUR LA LAÏCITÉ : « LA RELIGION PEUT ÊTRE ACTEUR DE LA GOUVERNANCE »

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JURY DU DIMANCHE

Mouhamadou Mounirou Sy est pour une laïcité à l’africaine. Pas une laïcité à la française. Son idée rejoint celle d’une nouvelle Afrique reconstruite sur ses valeurs qu’il a défendue dans son récent ouvrage intitulé : ’’Les Sirènes de Gao’’. Pour lui, « la laïcité, qui voudrait que la religion soit écartée de la gestion des affaires publiques, n’est pas africaine. Elle est copiée de l’Occident. »

À la question de savoir s’il remettait en cause la laïcité, l’Enseignant chercheur répond de façon nuancée : « Ça dépend. Parce que, la laïcité ne signifie pas le rejet de la religion dans l’espace public. Le gouvernement le plus laïc, c’était celui de Médine, sous le règne du prophète de l’islam. Je vous renvoie à l’histoire de l’islam. En 630, deux ans avant son décès, le prophète avait nommé un gouverneur juif en Syrie, Jahfar Ibn Mansour. On lui a dit pourquoi, le prophète a répondu, c’est parce qu’il est honnête. Le prophète avait instauré dans sa République, la possibilité de collaborer avec des non musulmans », a-t-il rappelé.

Pour lui, la religion pourrait être un élément central dans la gestion des affaires publiques. C’est ainsi que, dans la ’’nouvelle Afrique’’ qu’il théorise, M. Sy n’a pas manqué de suggérer l’intégration de la religion dans l’espace public. « La laïcité dont je parle n’est pas celle française. Il faut remonter à la laïcité à l’époque du prophète de l’Islam. C’est à dire, pas un système qui rejette complètement la religion, mais un système infra et intra religieux. On peut gouverner en ayant la religion comme élément acteur de la gouvernance. Or l’Occident, surtout la France, avec Jules Ferry et la loi 1902 - 1905, écartait le religieux dans l’espace étatique. D’ailleurs, je le défends dans l’un de mes anciens livres », détaille l’invité du JDD de ce dimanche, 6 juin.

Face à Mamoudou Ibra Kane, Mounirou Sy a estimé que « la laïcité, c’est comme un triangle. La base serait la reconnaissance de toutes les religions dans l’espace public. L’hypothénuse serait la neutralité de l’État par rapport aux religions et la hauteur serait l’égalité des religions dans l’espace public. C’est ça la réalité. Mais la laïcité ne signifie pas le rejet des religieux dans l’espace public ».

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