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DEMANDE DE L’ARRET TOTAL DE LA CENTRALE A CHARBON DE BARGNY

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Lettre ouverte de la société civile et des organisations à base-communautaire au Président de la République du Sénégal

Objet : DEMANDE DE L’ARRET TOTAL DE LA CENTRALE A CHARBON DE BARGNY

A Son Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal
(avec nos hommages très différents)

Son Excellence,
Nous, membres de la société civile sénégalaise et organisations environnementales à base-communautaires basées à Bargny et environs, réitérons encore une fois nos vœux auprès de votre Excellence, de prendre la décision officielle de l’arrêt définitif de la centrale à charbon de Bargny en respect à l’article 13 du code de l’environnement et la constitution du Sénégal, ainsi que l’accord de Paris ratifié le 21 Septembre 2016 par le Sénégal.

L’Etat Sénégalais en décidant en 2009 de la construction, à Bargny, d’une centrale électrique à charbon de puissance nette de 115 MW, à raccorder au réseau de la société nationale de distribution d’électricité, le gouvernement n’avait pas pris en compte tous les risques sociaux, économiques et environnementaux liés à ce projet. Classé projet de catégorie 1 à haut risques, cette centrale a été conçue sur la base d’études d’impact (EIES, 2009) rejetées par les populations, car ne respectant pas le code de l’environnement du Sénégal en son article 13, ni la Constitution de la République encore moins le droit à un environnement sain des communautés.

Installé sur un site confronté à une érosion côtière grandissante et la pollution engendrée par la plus grande cimenterie de l’Afrique de l’Ouest (Sococim), à proximité des quartiers habités de Minam, Ndiaga Sambe et Ndiandia, d’établissements sensibles ou recevant du public : case de santé de Minam, garderie d’enfants, école primaire et du site de transformation de produits halieutiques tenu par les femmes (1000) de Khelcom. Ces dernières se sont à maintes reprises insurgées contre l’entassement des déchets toxiques en provenance de la centrale, la raréfaction des ressources halieutiques, la pollution de l’eau de surface et de mer, les irrégularités dans le processus d’indemnisation ainsi que les risques sanitaires à moyen et long terme auxquels elles sont exposées si la centrale ne ferme pas ses portes d’ici peu. Elles dénoncent aussi le rôle des banques comme la Banque Africaine de Développement, la Compagnie Bancaire de l’Afrique de l’Ouest (BCAO) et le Netherlands Development Bank (FMO) qui ont financé un projet qui est entrain de conduire à une mort lente de milliers de gens.

Excellence Monsieur de le Président de la République, cette lettre ouverte s’inscrit dans le cadre de la campagne citoyenne BargnyDitNonAuCharbon, dans laquelle, nous, communautés locales affectées par cette centrale organisons plusieurs mobilisations avec l’appui des activistes Sénégalais pour dénoncer les nombreuses violations dans les différentes procédures de construction de cette infrastructure. Notre demande fondamentale est l’arrêt définitif de ce projet car nous savons que le Sénégal n’a pas besoin de combustibles fossiles pour atteindre son émergence.

D’après un dossier d’investigation mené par L’Enquête fin 2019, la Compagnie d’électricité du Sénégal (Ces) serait à l’agonie en raison de nombreuses défaillances techniques et des difficultés financières suite à l’annonce de la Banque Africaine de Développement, un des bailleurs de la centrale de Bargny, de se retirer du financement des centrales à charbon sur le continent. Devant ces difficultés et dans l’optique de se conformer aux engagements de l’accord de Paris, le gouvernement a annoncé la conversion en gaz de la centrale à partir de 2021. Mais ce choix demeure problématique car autant que le charbon, le gaz est nuisible à l’environnement et aurait des impacts similaires au charbon.

Excellence, Monsieur le Président de la République, nous saisissons cette opportunité, pour vous encourager à accélérer la transition vers une économie basée sur des modèles d’énergies renouvelables, simples et décentralisées gérées par la communauté, au service du développement local et durable.
Excellence, Monsieur le Président de la République, notre démarche relève uniquement du patriotisme et pour encourager la valorisation du fort potentiel d’énergies renouvelables pour transformer la vie des Sénégalais et créer millions d’emplois aux jeunes dans cette technologie.

Veuillez croire, son Excellence, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre profond respect.

Collectif d’organisations de la société civile

2 novembre 2021