DEMBA KANDJI : « NOUS APPLIQUERONS LA LOI CRIMINALISANT LE VIOL SANS ÉTAT D’ÂME... »

news-details
JUSTICE

Le Premier président de la Cour d’appel de Dakar a, ce samedi 7 mars 2020, pris part à la journée de réflexion portant sur « Nouveautés et défis de la loi sur la criminalisation de l’infraction du viol ».

Il rassure que cette loi sera appliquée dans toute sa rigueur. « Nous appliquerons cette loi sans état d’âme mais nous devons éviter de commettre des erreurs judiciaires », a déclaré Demba Kandji.

« Il appartient à l’exécutif de proposer les lois, au parlement de les voter et à nous juges de les appliquer. Mais, nous ne sommes pas des robots, nous avons besoin de comprendre pour appliquer de manière efficiente cette loi. Nous allons prendre en charge ce texte. Qu’on le veuille ou non, ce texte vient changer les paradigmes. On attend de nous que nous appliquions la loi avec des sanctions qu’elle édicte. Mais, nous devons le faire en connaissance de cause en comptant auparavant sur les acteurs de la chaine pénale », renchérit-il.

D’après lui, avec cette loi, tout change. Car, il ne suffit plus, dans un procès-verbal, de remettre au procureur de la République une version de la victime et du présumé coupable. Il faut, dit-il, avoir des éléments, des indices scientifiques pour permettre au juge d’asseoir son intime conviction et de pouvoir appliquer à bon escient la loi. « Mais, cela suppose que l’Etat mette à la disposition de la justice suffisamment de moyens pour bien prendre en charge ce nouveau paradigme. La justice veut plus de transparence dans sa distribution », dit-il.

Me Etienne Ndiaye : « Cette loi va créer beaucoup de drames »

En effet, même si la loi criminalisant le viol et la pédophilie a des effets dissuasifs sur les prédateurs sexuels, il n’en demeure pas moins que beaucoup de sénégalais demeurent sceptiques quant à sa bonne application.

Me Etienne Ndione, avocat à la Cour, en fait partie. Pour lui, cette loi, quoi qu’elle soit utile, va créer beaucoup de drames. A son avis, beaucoup de personnes risquent de se retrouver derrière les barreaux sur une simple accusation. L’avocat dit croire que les initiateurs de cette loi l’ont pris par l’émotion et sous la forte pression des associations féminines. « On a accéléré la cadence pour faire adopter une loi sans se soucier du sort de ceux qui seront accusés à tort. On peut se retrouver bêtement en prison », fait observer l’avocat. Qui, sur ces entrefaites, plaide pour qu’on revoie la politique des placements sous mandat de dépôt systématique. A son avis, en cas d’agression sexuelle on devrait faire recours au contrôle judiciaire. Le juge d’instruction du tribunal de Grande instance de Thiès, Arona Sène a laissé entendre qu’avec cette loi, les cabinets d’instruction vont encore crouler sous le poids des dossiers. Ce qui, à son avis, favorisera encore le surpeuplement des prisons.

Les problèmes de la police scientifique

Ayant pris part cette rencontre, Babacar Simel, chef de la Division de la police technique et scientifique a mis à nu les problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur travail. Ainsi, il sollicite la modernisation et l’autonomisation du laboratoire de Police scientifique. En sus, il demande la sensibilisation des acteurs de la lutte sur les réflexes et comportements pour la protection des scènes d’infraction liées au viol, victimes et des indices matériels. Il est soutenu dans son plaidoyer par Me Etienne Ndione et le juge Demba Kandji. Lesquels estiment qu’il faudra doter la politique scientifique suffisamment de moyens.

Car, elle devra jouer un rôle primordial dans les affaires de viol et de pédophilie. « L’officier de police judiciaire devra être réarmé dans sa formation, encadré de façon à pouvoir confectionner un procès-verbal », a indiqué le juge Demba Kandji non sans dire que « c’est une démarche humiliante de recourir à la France parce que le seul laboratoire qui existe au Sénégal à des problèmes ».

Vous pouvez réagir à cet article