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DES ARTISTES À MOBILITÉ RÉDUITE RIVALISENT DE TALENT

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Faire comprendre à tous que le handicap est avant tout un état d’esprit. Tel est le sens que l’association handicap.sn donne à son exposition dans le cadre des « Off » de la 14e Biennale de Dakar, intitulée « Inclusion’art ». Une 2ème édition qui s’inscrit dans le concept « I ndaffa » (forger) de cette Dak’Art qui vise donc à promouvoir le talent des personnes handicapées à travers les arts plastiques, le design, la peinture, la sculpture, la photographie, la teinture, la musique, etc.

« Un regard inclusif ». Tel est le thème de l’exposition « Off » initiée par l’Association Handicap.sn, dirigée par Khadim Talla, dans le cadre de la 14e Biennale de Dakar. Dans un espace ouvert, face à la mer, le parvis de Magic Land, cette exposition se veut un carrefour d’expression pour les artistes à mobilité réduite, tous passionnés d’art et de culture. Ils étalent leur talent et tout leur savoir-faire. Ce, à travers des œuvres d’art et une création artistique portant des messages forts, qui montrent l’ingéniosité de ces créateurs qui refusent de tendre la main pour vivre parce que conscients que le handicap est « juste un état d’esprit ».

« On dit souvent que nul n’est parfait, donc tout le monde est handicapé. Pour moi, le handicap est juste un état d’esprit. La personne doit utiliser son intelligence pour travailler », souligne Barra le jeune artiste photographe. Dans cet espace, plus d’une dizaine d’artistes évoluant dans différents genres artistiques rivalisent de talent. Forts dans l’esprit et motivés dans l’art, ils transmettent leur énergie à travers la création. De l’artisanat à la peinture, en passant par la photographie, la sculpture, les dessins numériques avec des messages de sensibilisation, leurs œuvres dévoilent une originalité qui rappelle les grands maîtres.

« On a ‘’Sénégal et égalité’’, on demande plus d’équité »

Trouvé devant ses œuvres, sur ses béquilles, Ousmane, qui évolue dans le domaine du numérique étale des tableaux dont celui intitulé « Séné-galité » qui attire particulièrement les visiteurs. « On a ‘’Sénégal et égalité’’, on demande plus d’équité », lance-t-il pour présenter son œuvre. Sur son fauteuil roulant, visage bien maquillé, Khady Touré, évoluant dans le domaine de l’artisanat, styliste et couturière, expose des bonnets faits en wax, des tenues patchs « thioup et lin », des colliers et des bracelets en perle aux couleurs nationales du Sénégal. Dans une autre œuvre, elle explose « Les Larmes du cœur », qui dénonce le mariage précoce et forcé, fréquent au Sénégal où 31% des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 9% avant 15 ans, selon les chiffres de Save the Children (2021). A travers une installation artistique,

Khady montre une jeune fille le jour de son mariage, célébré contre sa volonté. Une épouse qui montre sa frustration, son désespoir et son impuissance devant des parents obnubilés par l’argent. Cette souffrance et cette tristesse, Khady les a matérialisées à travers des couleurs sombres comme le noir et aussi le rouge pour dire « danger ». « Car, d’habitude, les mariées s’habillent en blanc. Mais ce n’est pas le cas de cette jeune mariée », renseigne-t-elle, révélant que le foulard blanc au-dessus de la tête de la jeune fille, ouvre une lueur d’espoir. « L’histoire que j’évoque est une réalité. La jeune fille, malgré elle, est toujours dans ce carcan », lâche-t-elle.

« Innocence brisée » mis en lumière
Quant à Mamadou Barr, qui a subi une formation en sculpture et coaching de Teqball, sa tasse de thé demeure la photographie. Il a explosé une dizaine de photographies où on voit des personnes à mobilité réduite s’adonner à des exercices sportifs intenses. « Cela montre que nous sommes capables de pratiquer le sport, que le handicap n’est pas un obstacle. Pour moi, le sport ne connait pas le handicap. Et au-delà des discriminations, le sport aide à modifier le regard porté sur le handicap », souligne l’artiste qui pratique le football et le basket.

L’autre thématique que M. Barr traite est en rapport avec son propre vécu, c’est la mendicité. D’après lui, elle était « une forme de socialisation », mais la mendicité est devenue maintenant « une source de revenus pour certaines personnes ». « Almoudo » est le titre de ses œuvres. C’est une série de photographies en noir et blanc, avec un enfant sur un fauteuil roulant, la sébile entre les jambes. Mais ce dernier préfère de l’argent à la nourriture, puisque son marabout l’oblige à mendier et à lui verser de l’argent tous les jours.
Mettant en lumière « Innocence brisée », l’artiste Mané Ndiaye s’est inspirée de l’histoire d’un enfant, Abdoulaye Mbengue, qui a été forcé à la mendicité par sa maman. Ce qui lui fait dire qu’« au Sénégal, les enfants vivant avec un handicap sont fréquemment victimes de rejet social. Ce rejet commence dès la naissance par leur famille, ils sont en général exploités et privés d’éducation ». L’artiste met donc en scène l’image d’un enfant vivant avec un handicap qui mendie dans la rue. Et sa mère est convaincue que son fils handicapé doit aller mendier pour subvenir à leurs besoins. Ainsi, « Innocence brisée veut dénoncer l’exploitation des enfants et sensibiliser les parents qui ont des enfants en situation de handicap », explique Mané Ndiaye.

Adama Aïdara KANTE

2 juin 2022


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