DETTE AFRICAINE : « LA SUSPENSION NE RÈGLE PAS LE PROBLÈME »

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LR DU TEMPS

Le président de la République a, en cette période marquée par la crise du Covid-19, lancé un appel pour demander l’annulation de la dette des pays africains. Un appel qui a été, ce dimanche, au menu de l’émission LR du temps, animé par Alassane Samba Diop sur Iradio (90.3).

Les deux invités en l’occurrence Ibrahima Malick Thioune, juriste d’affaires et Ahmadou Aly Mbaye, Professeur d’économie et de politiques publiques ont donné leurs opinions sur la dette publique africaine. Selon Ibrahima Malick Thioune, la dette africaine est un serpent de mer, une charge, un fardeau et s’en décharger est toujours un avantage. Mais, signale-t-il : « la problématique de la dette africaine est très compliquée. Elle est nécessaire pour que nos économies puissent vivre et survivre mais dans le même temps elle pose problème parce que certaines dettes ont été créés par les bailleurs ».

Il ajoute : « la suspension de cette dette ne règle pas le problème ». A l’en croire, aujourd’hui, la structure de l’économie mondiale ne demande plus des mesures cosmétiques. Il faut, à son avis, qu’on aille dans les mesures de fonds. « Cette reconfiguration doit permettre de rebattre les cartes. Mais, il est assez malheureux de noter, par contre, que le président de la République, qui est à la tête de cet appel, n’a trouvé aucun motif pour demander l’annulation de la dette que la circonstance exceptionnelle de la crise. Donc, aujourd’hui, l’annulation de la dette, qui est demandée par les présidents africains, à travers l’appel du président Macky Sall, n’est pas une nouvelle stratégie d’endettement, mais c’est plutôt parce qu’il y a le Covid-19 qui est là. Ça, ce n’est pas un prétexte assez solide », dit-il.

Pour sa part, Ahmadou Aly Mbaye, Professeur d’économie et de politiques publiques a fait remarquer que la dette est un enjeu central pour l’Affiquet et pour ses partenaires économiques. Ce, parce qu’on n’a pas d’espace budgétaire. « Il n’y a pas beaucoup de leviers sur lesquels l’Etat peut agir. On a des recettes fiscales de l’ordre d’environ 2600 milliards. Sur les 2600 milliards si vous enlevez ce qu’on appelle les dépenses fiscales, toutes les exonérations qu’on accorde aux entreprises, aux ménages nous ont coutées 40% des recettes fiscales, soit 7% du PIB. Dans une étude que nous avons faite, on s’est rendu compte que le Sénégal se plaçait dans les pays où les exemptions fiscales étaient très élevées. Donc, si vous enlevez les exemptions fiscales, il ne reste plus grand-chose du côté des recettes », explique-t-il.

Dans le même sillage, il a rappelé que ce n’est pas la première fois qu’on parle de l’annulation de la dette. Il y a eu, signale-t-il, des expériences d’annulation mais qui ont été presque immédiatement suivies par un endettement aussi massif. « La dette en soi n’est pas mauvaise mais c’est l’utilisation qu’on en fait qui peut être problématique. Ce qu’on a constaté concernant la dette africaine, c’est que cela a servi à financer des projets qui n’étaient pas positifs », dit-il.

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