DEUX FILIÈRES TOUCHÉES PAR LA COVID 19 : RISQUE DE CRISE ALIMENTAIRE EN CASAMANCE

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MANGUE ET ANACARDE

Pour l’anacarde et la mangue, les rendements pour l’année 2020 sont très faibles, selon les résultats d’une étude, parvenue à Emedia, portant sur l’impact de la Covid 19 sur lesdites filières. Au-delà de la crise sanitaire, les restrictions liées à l’État d’urgence notamment l’interdiction du transport interurbain éprouvent particulièrement les producteurs. L’intrusion de nouveaux acteurs spéculateurs n’a pas arrangé la situation, constate le rapport qui fait des projections très inquiétantes.

À la suite d’une étude dans le cadre d’un diagnostic de l’impact de la pandémie à coronavirus sur les filières mangue et anacarde, dans le pôle expérimental de la Casamance, une mission a séjourné au sud du Sénégal du 21 au 31 Mai 2020 dans les principales zones de productions d’anacardes et de mangues. Elle s’est appuyée sur un projet dénommé Commango, présenté comme une initiative de l’Agence pour la Promotion des Investissements et Grands Travaux du Sénégal (APIX), en partenariat avec la Société financière internationale (IFC) et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

L’inquiétude des producteurs

Ainsi, pour la campagne 2020, Commango projetait une estimation de ventes de 308.702 tonnes axée sur cinq variétés de mangues : Kent, Keit, Papaye, Diourou et Sierra Leone. Résultats des courses, signale le rapport, les acteurs (producteurs, les transporteurs et les commerçants) des chaines de valeurs de l’anacarde et de la mangue rencontrés affichent, tous, « une grande inquiétude et une désillusion certaines » compte tenu des mesures restrictives de mouvement au plan national. Par ailleurs, la campagne 2020 de ces deux spéculations est « largement entamée, elle se situerait au 2/3 du potentiel d’avant récolte. »

Aussi, le rapport relève « l’intrusion de nouveaux acteurs spéculateurs au détriment des vrais acteurs ». Ce, en l’absence d’encadrement de ces deux campagnes (anacarde et mangue). « Ces nouveaux acteurs semblent eux avoir les accréditations nécessaires pour collecter et acheminer les produits. » En outre, « les experts se disent choqués d’apprendre que les prix pratiqués en ce moment de Covid 19 sont de l’ordre de 50 et 100 FCFA le kilo pour la mangue et entre 100 et 250 F le kilo pour la noix d’anacarde. Les experts laissent entendre que ces nouveaux acteurs, s’appuyant sur la psychose engendrée par la Covid-19, imposent leurs prix. Paradoxalement, les prix de la mangue au niveau des marchés locaux sont plus que prohibitifs comparés à ceux de la période (Bignona 500 F/Kg, Ziguinchor 1000 F/Kg, Oussouye 600F /Kg, Kolda 500 F/Kg, Sédhiou 500 F/Kg).

Covid 19, état d’urgence et couvre-feu

Les variétés Keit et Kent actuellement en cours de récolte, ne sont pas encore arrivées au stade de maturité. Et les experts sont inquiets et préoccupés par la qualité qui sera proposé au consommateur. Ces produits étant destinés à l’export, il est à craindre que la réputation de la mangue sénégalaise connaisse une dépréciation au niveau international. Pour l’anacarde, tous les acteurs rencontrés disent n’avoir pas connaissance ou entendu parler de fonds mis en place par l’Etat du Sénégal pour soutenir la commercialisation des produits de ces filières. Si rien n’est entrepris au niveau institutionnel, il est à craindre que les ménages, essentiellement (producteurs) connaissent des difficultés de vie. La baisse de revenu liée à la mévente et/ou au faible tarif proposé impactera négativement l’économie des trois régions », alertent les experts.

En conclusion, le rapport rappelle que la mangue et l’anacarde constituent pour la Casamance « les seuls leviers à fort impact économique sur le budget des familles. Après la crise sanitaire de la Covid 19, la Casamance risque d’être secouée dans les mois à venir par une crise alimentaire. »

En Conseil des ministres hier, mercredi 4 juin 2020, le président Macky Sall a informé de la mobilisation en urgence par l’Etat d’un montant d’un milliard FCFA destiné à la commercialisation de la production horticole en souffrance.

En outre, dans le cadre du programme agricole 2020-2021 financé par l’Etat à hauteur de 60 milliards FCFA, le président Sall a informé de sa décision de subventionner à 100% plus de 700 unités de matériels agricoles motorisés destinés aux femmes et jeunes porteurs d’initiatives agricoles.

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