COUPE DE FILAOS, 24 HECTARES MORCELÉS, AVANCÉE DE LA MER... LA BANDE ÉCOLOGIQUE VERS UN EXIL SANS RETOUR

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CITÉ GADAYE (GUÉDIAWAYE)

« Un corps sain dans un environnement sain ». Cet adage semble être la cheville ouvrière des habitants de la cité Gadaye, dans la commune Yeumbeul Nord. Ces derniers se battent, depuis plusieurs mois, contre les autorités locales et administratives, pour la sauvegarde du littoral qui subit de graves agressions humaines, avec des conséquences directes sur leur vécu quotidien.

Elle séparait la mer des habitations. Aujourd’hui, elle tend vers une disparition de la carte. La bande écologique de la cité Gadaye, dans la commune de Yeumbeul Nord, qui prend départ à la commune de Sam Notaire, à Guédiawaye (Rond-point Gadaye sur la Vdn 3 : Ndr), est menacée. Présentement, elle subit un inquiétant changement au fil des semaines. Les filaos qui longeaient le long de cette bande et qui servaient parfois de lieux d’excursion ont complètement disparu de la carte postale. De gros engins ont fini de raser les dunes, laissant la surface entourée de tôles en zinc dans un immense état de tristesse et faisant craindre le pire avec l’avancée de la mer dont les populations ne sont désormais plus séparées que par le prolongement de la VDN.

« Il y avait des filaos aux alentours et sur toute l’étendue de la bande. Ce sont ces filaos qui nous séparaient de la mer. Des gens venaient de divers horizons pour y passer des journées pendant l’été. C’était un lieu d’excursion. Même des étrangers venaient y passer des journées », nous signale le président du mouvement citoyen Juugal Sunu Bopp, Ameth Faye.

Cette destruction abusive des filaos au motif de morcellement en terrains viabilisés est une réelle menace pour les populations de Gadaye qui vivent à proximité de la mer. Ces filaos ne constituaient pas uniquement un décor. Ils jouaient un rôle non-négligeable dans la protection de l’environnement si l’on en croit le Professeur Adams Tidiani, habitant de la zone. « Les filaos sont là pour arrêter l’érosion côtière et l’avancée du désert. Si vous les enlevez, vous exposez les populations au danger », fait-il savoir. D’ailleurs, rappelle M. Tidiani, « au Sénégal nul n’a le droit de couper un arbre sans l’autorisation des services des Eaux et Forêts ». L’environnementaliste s’étonne d’ailleurs de voir les populations laisser des promoteurs immobiliers couper des arbres sans pour autant qu’elles s’y opposent farouchement.

24 hectares morcelés…

La coupe des filaos n’est pas la seule complainte des habitants de Gadaye. Cette bande de 24 hectares, jadis considérée domaine classé, a été viabilisée pour des habitations supplémentaires. « C’est ce qui nous étonne ! Cette bande est un domaine classé. Pour son déclassement, il faut un décret. Et, pour un décret de déclassement, il faudrait, au moins, des études d’impact environnemental, technique et populaire », croit savoir le Coordinateur du Forum civil, section Guédiawaye, Pape Michel Mendy. Pourtant, son inquiétude est bien prise en compte, si l’on en croit le maire de la commune de Yeumbeul Nord. Interpellé sur la question, Daouda Ndiaye révèle l’existence d’un décret de déclassification de cette bande. « C’est une zone déclassée par décret présidentiel. La mairie a effectué des lotissements administratifs dans cette zone. Une commission est mise en place et les plus chanceux vont en bénéficier », jure l’autorité municipale.

Même si le maire parle de lotissement administratif, après vérification, il ressort que les terrains morcelés sur cette bande de Gadaye font l’objet de marchandage. « La bande est morcelée. Près de 800 terrains sont en train d’être vendus à des prix qui varient de 15 à 20 millions F Cfa », nous renseigne une source très impliquée dans ce combat pour la préservation du littoral. Les propos de notre interlocuteur sont étayés par une vidéo d’un promoteur immobilier qui fait la pub de ces terrains à vendre sur la bande de Gadaye.

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Sauvegarde du littoral avec la Banque mondiale

Cet état de fait contraste mal avec l’engagement pris par l’Etat du Sénégal auprès de ses bailleurs de fonds. Effet, le Sénégal avait bénéficié, au mois d’avril 2018, d’un financement d’une valeur de 15 milliards de F CFA de la Banque mondiale. Lequel financement était destiné à la protection des côtes sénégalaises. « Ce projet a pour objectif de promouvoir diverses mesures de lutte contre l’érosion côtière notamment la fixation des dunes, la restauration de zones humides et de mangroves, le chargement des plages, la construction d’ouvrages et de protection et digues », se réjouissait, après la signature de l’accord, l’ancien ministre de l’Économie des Finances et du Plan, Amadou Ba.
Cet accord de l’Etat du Sénégal avec la Banque mondiale pousse les récalcitrants au morcellement de la bande de Gadaye à ne pas lâcher du lest. « Nous avons saisi toutes les autorités compétentes pour dénoncer cette agression du littoral », révèle Ameth Faye.

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