DIVORCE DE LAURENT GBAGBO ET SIMONE : UN COUPLE QUI A MARQUÉ LA VIE POLITIQUE IVOIRIENNE

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COTE D’IVOIRE

Trois jours après son arrivée triomphale en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo annonce son intention de divorcer avec son épouse Simone Ehivet Gbagbo. Voici ce que l’on sait de ce couple dont l’histoire se confond à celle de la Côte d’Ivoire de ces cinquante dernières années.

Marié en janvier 1989, le couple s’est rencontré en 1973 durant la période de clandestinité au sein de la Gauche ivoirienne.

Leur histoire commune a marqué le Côte d’Ivoire et sa vie politique. Ils ont enduré ensemble les années de braise sous Houphouët Boigny, à l’époque du parti unique. Ils ont également été dans l’opposition ensemble sous Henry Konan Bédié et ont accédé au pouvoir en 2000 après des décennies de lutte, lui comme président et elle comme Première Dame.

Qu’ont-ils dit sur le divorce ?

De retour dans son pays, dix ans après son extradition, l’ex-président Laurent Gbagbo a déposé lundi au tribunal d’Abidjan une demande de divorce après 32 ans de mariage et près de 50 ans de relations avec Simone Gbagbo.

Le communiqué signé de son avocat Me Claude Mentenon, donne la raison de ce recours en justice en ces termes : « c’est en raison du refus réitéré depuis des années de dame Simone Ehivet de consentir à une séparation amiable que Laurent Gbagbo s’est résolu à saisir ce jour le juge des affaires matrimoniales du tribunal de première instance d’Abidjan d’une demande de divorce ».

L’avocat ajoute « qu’une séparation amiable aurait pourtant représenté la voie de règlement appropriée à leurs statuts personnel et politique réciproques ».

Il est par ailleurs indiqué dans le communique de Maitre Mentenon, qu’il ne sera fait aucun commentaire de cettePour le moment Simone Gbagbo n’a pas encore réagi à cette annonce de son mari.

La BBC a tenté de joindre ses avocats sans succès.

Comment se sont-ils rencontrés ?

Laurent Gbagbo, professeur d’histoire de formation et militant radical de la Gauche ivoirienne, plusieurs fois emprisonné dans les années 1970, rencontre celle qui deviendra son épouse en 1973 dans le cadre de ses activités politiques clandestines.

Simone, élève brillante de l’Ecole normale supérieure, elle est major de sa promotion lors du concours d’entrée au CAPES, faisait ses premiers pas dans le milieu politique à l’époque et Laurent Gbagbo était en charge de la cellule à laquelle elle appartenait. annonce. C’est donc silence radio de la part de Laurent Gbagbo.

Des signes observés entre les deux lors du l’arrivée de Laurent Gbagbo à Abidjan ?

Il a été dit que Simone Gbagbo n’était pas la bienvenue à l’aéroport pour accueillir son mari. C’est ce que regrettait son avocat sur les réseaux sociaux.

Mais cela n’a pas découragé l’ex-première dame qui a posté un message sur sa page Facebook juste avant de se rendre à l’aéroport le jeudi 17 juin.

« Je me rends à l’aéroport pour saluer cette victoire parce qu’elle ouvre de nouvelles perspectives heureuses. ».

Elle y est venue avec les 2 filles du couple. Elle a fait une rapide accolade a son mari avant d’être écartée du reste de l’entourage proche de Laurent Gbagbo pour le reste de la journée comme cela a été vu dans les vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux.

En 1982 Laurent et Simone Gbagbo vont finalement créer dans la clandestinité le Front Populaire ivoirien avec Aboudramane Sangaré, Émile Boga Doudou, Assoa Adou, Pascal Kokora et Pierre Kipré. Ce regroupement d’opposition sera érigé en parti politique en 1988 et officiellement reconnu en 1990 avec l’avènement du multipartisme.

Simone Gbagbo, une Première dame atypique

Militante de la Gauche, responsable politique de premier plan et épouse de Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo est une Première dame atypique.

Dès l’accession au pouvoir de son mari en 2000, celle que ses sympathisants appellent affectueusement ’Maman Simone’ ou ’la lionne Abourey’, du nom de cette ethnie du sud de la Côte d’Ivoire à laquelle elle appartient joue un rôle politique durant la présidence de son mari.

A son arrivée, Laurent Gbagbo était accompagné par Nady Bamba qui est présentée par beaucoup d’observateurs nationaux et étrangers comme son épouse.

En 2002, une rébellion éclate dans le nord de la Côte d’Ivoire. Le FPI doit de nouveau se battre pour garder le pouvoir. Et dans cette lutte, Simone Gbagbo occupe une place de choix.

Elle est au cœur des mécanismes de prise de décision et mobilise les bases pour obtenir un soutien populaire. Elle, qui fut chargée de la formation politique des militants lors de la création du FPI, retrouve l’arène.

Son style de vie simple pour une première dame va lui permettre de se fondre dans la masse. Lors de rassemblement politique durant cette période, c’est elle qui lance des messages politiques aux allures messianiques auprès des jeunes et des femmes et mobilise dans les milieux religieux.

Simone Gbagbo est omniprésente sur l’échiquier politique durant la crise.

C’est ce qui poussera le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan à l’inviter lors des travaux sur la Côte d’Ivoire en cas de blocage dans la mise en œuvre des décisions concernant le pays.

L’ancien patron de l’ONU reconnaissait ainsi l’influence qu’elle avait sur son époux.

En 2010, son mari refuse de quitter ses fonctions après une défaite électorale. La crise post-electorale fera plus de 3000 morts.

Lors de la crise, Simone Gbagbo multiplie les meetings alors que son mari sous pression de la communauté internationale se fait de plus en plus rare.

Elle réussit à mobiliser plus de 5.000 sympathisants lors de son dernier grand meeting à Treichville, dans le sud d’Abidjan.

Elle n’hésite pas à s’attaquer ouvertement à la France et aux Nations unies, taxées de soutenir le president Alassane Ouattara.

Les nombreuses négociations et médiations pour que Laurent Gbagbo cède le pouvoir sont vaines.

Alors que les combats se rapprochent d’Abidjan, elle reste auprès de son époux dans un bunker du palais présidentiel.

Elle est capturée avec son époux.

Lors de son procès, cinq ans plus tard (juin 2016), Simone Gbagbo, accusée d’atteinte à sureté de l’Etat, sera condamnée à 20 ans de prison.

Après sept ans sous les verrous, elle est libre grâce à une amnistie annoncée par le président Alassane Ouattara.


Quel impact ce divorce pourrait-il avoir sur l’avenir du FPI ?

Il est encore trop tôt pour le dire.

Il reste que Simone Gbagbo est toujours vice-présidente du FPI, et elle a toujours prôné une ligne assez dure, refusant par exemple le compromis avec les autorités ivoiriennes tant que son mari ne regagnait pas la Cote d’ivoire.

Considérée comme moins populaire que son mari, elle a toujours de forts soutiens au sein du parti et la séparation avec son mari pourrait conduire à une confrontation politique interne.

Par ailleurs, selon l’analyste politique Sylvain N’guessan, Laurent Gbagbo pourrait y laisser des plumes.

Une questions se pose alors : qui au FPI restera fidèle à Simone ?

En définitive, ce divorce pourrait être l’occasion pour Simone de voir ce qu’elle pèse au sein du FPI.

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