DOUMBOUYA, LE PANTHÉON OU LES POUBELLES DE L’HISTOIRE

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Coup d’oeil d’Adama - Par Adama Ndiaye

Difficile pour le moment de se faire une idée tranchée sur Mamady Doumbouya, officiellement investi président de la République de Guinée, le vendredi 1 octobre. Ses débuts furent, néanmoins, inquiétants. En déclarant “nous n’avons plus besoin de violer la Guinée, on a juste besoin de lui faire l’amour, tout simplement “, formule qui sans doute restera gravée dans le marbre de la postérité, l’on se serait cru revenu aux sinistres pantalonnades d’un autre militaire putschiste guinéen, Moussa Dadis Camara. Première impression déplaisante renforcée lorsqu’à l’instar de son navrant prédécesseur, il convoqua les ministres sortants et les présidents des institutions à une réunion au Palais du peuple,en leur stipulant au préalable que “tout refus de se présenter” serait “considéré comme une rébellion". Cela conjugué aux images d’un Alpha Condé arrêté, dépouillé de toute sa dignité institutionnelle et traîné comme un trophée de guerre à bord d’un pick-up dans les rues de la capitale guinéenne, pouvait nous faire croire que Doumbouya ne serait finalement qu’un épigone des Idy Amin Dada, Jean Bédel Bokassa, et autres militaires ayant laissé une triste empreinte à leurs contemporains…

Toutefois depuis ces premières fausses notes, l’ex Lieutenant-Colonel, devenu Colonel, grade qu’il s’est octroyé lors de son investiture - charité bien ordonnée commence par soi-même- semble avoir mieux accordé son violon. Il n’a pour le moment procédé à aucune chasse aux sorcières contre les caciques de l’ancien régime. Les actes qu’il pose séduisent l’opposition guinéenne et sa figure de proue, Cellou Dalein Diallo, qui figurait en bonne place lors de la cérémonie de prestation de serment. Les cadres de l’armée ont également été cajolés et ne manifestent aucune velléité de restauration de l’ancien ordre institutionnel. Avec les voisins de la CEDEAO, il tente de renouer les liens distendus sous son prédécesseur. La réouverture de la frontière avec le Sénégal en est le symbole le plus emblématique. Les partenaires techniques et financiers, qu’il a rencontrés lors d’une série d’entrevues, semblent eux aussi rassurés sur les intentions du Colonel. À la société civile et aux organisations des Droits de l’Homme, il jure qu’il ne cherchera pas à confisquer le pouvoir ni à briguer le suffrage des Guinéens. Le “sauvera de la nation” retournera à sa caserne une fois l’œuvre de réconciliation achevée. C’est du moins sa profession de foi.

N’ayant pas les dons de Cassandre, on ne saurait présumer de ses intentions. Reconnaissons juste que l’homme manœuvre bien son gouvernail.

Doumbouya , qui dispose d’un réel charisme, sait ainsi qu’il ne consolidera pas sa popularité dans la rue guinéenne et chez les contestataires africains s’il ne brandit pas de temps en temps la carte de la figure anti-système. C’est précisément ainsi qu’il faut interpréter sa réaction ferme et tactiquement habile après les sanctions de la CEDEAO. ‘’Nous n’avons pas besoin de voyager et il n’y a rien à geler sur nos comptes. Nous sommes des soldats et notre mission se passe en Guinée’’, avait-il ironisé, croyant sans doute ressusciter les mânes de Thomas Sankara, adepte en son temps des formules chocs.

En parlant de Sankara, tout l’enjeu est de savoir dans quelle place ranger Doumbouya dans la galaxie des militaires putschistes africains. Aura-t-il la postérité du héros romantique tel Thomas Sankara ? Sera-t-il un despote éclairé type le regretté Jerry Rawlings, très adulé de nos jours ? Sera-t-il un nouveau Robert Guei allant de renoncements en roublardises jusqu’à une fin tragique ? Ou pire est-il le tragique héritier des Samuel Doe, Charles Taylor ou Mengistu Haile Mariam qui ont inondé le sol d’Afrique du sang de leurs peuples ?

Il n’y a pas de fatalité à l’échec après un coup d’État militaire, même si ce mode de prise de pouvoir n’est pas souhaitable et heurte nos consciences républicaines. Pour figurer au panthéon des hommes d’État, et ne pas être relégué dans les poubelles de l’histoire, le Colonel Mamady Doumbouya ferait toutefois mieux de méditer cette phrase d’un ancien putschiste, le Ghanéen Jerry Rawlings : “Je ne suis pas expert en Économie. Je ne suis pas expert en Droit. Mais je sais comment soulager le ventre creux et la tête en feu du peuple qui a faim. Quand on a bien servi son peuple, on reste dans les cœurs. Je pense que je suis dans les cœurs de mes concitoyens. Je n’ai pas cherché à être riche mais, à la fin, je suis enrichi de l’amour du peuple”.

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