DU SEL SUCRÉ QUELQUE PART AU SALOUM

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EDITORIAL

Le sel, pas le sucre, aiguise des appétits. En se révélant moins dangereux pour la santé, il suscite un intérêt croissant dans le bassin arachidier où se livre, à armes inégales, une âpre bataille de collecte et de conquête sur fond d’une sourde tempête. Celle-ci est prévisible. En raison justement des enjeux que soulève ce produit très prisé.

A perte de vue s’étendent, dans les deux régions voisines du Sine et du Saloum des marais salants, lieu de production du sel. Lequel est extrait de larges bassins de rétention d’eau de mer. Sous le soleil, cette eau s’évapore et se cristallise en déposant une abondante récolte. Les travailleurs évoluant dans ce secteur sont des paludiers, dont le nombre croit au rythme des saisons.

Cette ruée vers le sel s’explique par les revenus substantiels qu’il procure à toute une série d’acteurs allant des tâcherons aux artisans en passant par les intermédiaires et les industriels. L’arrivée de ces derniers inquiète déjà les populations qui redoutent la convoitise de leurs terres. Un des opérateurs privés, qui cherchait à disposer de 850 de terres, vient d’être débouté de sa requête jugée « inappropriée. »

L’annonce du rejet par le gouverneur de Kaolack à l’issue d’une délibération foncière, a soulagé les villageois des zones comprises entre Gamboul et Sibassor. Si le combat n’est pas gagné d’avance, la vigilance s’impose. Les acteurs de la filière s’organisent. Ils se mobilisent pour lever certains paradoxes : d’abord, le sel recueilli étant impropre à la consommation, il est vendu à vil prix. Le sac de 25 kilos est cédé à… 225 francs ! La tonne de brut vaut 8 000 francs CFA. La même tonne, retraitée et raffinée, est vendue à l’export près de 40 000 francs. En Europe, principale destination du sel sénégalais, l’usage est multiple mais il sert à dégivrer les villes envahies par la neige. Enfin, un juteux filon qu’exploite en toute discrétion l’entreprise « Les Salins du Saloum » qui exporte à elle seule plus du tiers de la production totale estimée à quelque 400 mille tonnes de sel.

A ces paradoxes, s’ajoute une autre incongruité : l’entreprise Patisen importe quelque 30 mille tonnes à l’année pour l’assaisonnement des bouillons de cuisine de ses productions alimentaires. L’Etat du Sénégal laisse faire en fermant les yeux sur ces entraves à l’écoulement de la production locale de sel. Le PDG de cette unité industrielle prospère, Youssef Omaïs en l’occurrence, devrait s’investir davantage dans le créneau en absorbant une bonne partie du sel extrait à l’état brut. Cela peut se faire en renonçant à importer du produit fini qui s’apparente à une évasion de devises et à une perte notable de recettes fiscales. Qui plus est, les sommes injectées dans l’importation de sel, une fois réinjectées dans la production locale servirait à revaloriser la filière avec des méthodes améliorées d’extraction, de raffinement et de conditionnement censées répondre aux exigences du marché.

Non seulement une telle perspective relancerait l’activité, mais mieux, elle aurait un double impact sur l’emploi et le label. L’appellation d’origine permettrait à notre sel d’avoir un positionnement attractif avec un soutien conséquent des pouvoirs publics notamment dans l’organisation de la filière et des acteurs. La fluctuation du prix au producteur et des réserves expose le marché à de fâcheuses incertitudes pouvant porter préjudice à l’image du sel sénégalais également consommé dans la sous-région ouest-africaine. La production artisanale ne paie pas de mine vis-à-vis de l’exploitation industrielle. Pour corriger ces disparités et atténuer les écarts de revenus tirés de ce secteur en expansion, la DER (entreprenariat rapide) a fait un pas notable. Elle a alloué près de 2 milliards de francs aux acteurs sous forme de prêts bonifiés en guise de compléments à l’appui bancaire octroyé pour consolider l’activité au plan financier.

A cet égard, Kaolack regorge de sel ciblé par les multinationales. D’ailleurs, celles-ci ne lésinent pas sur les moyens pour faire main basse sur cette richesse qui se heurte toutefois à la difficulté de remboursement des crédits octroyés par les banques. La tourmente financière affecte toute la chaîne de valeur qui, faute d’assainissement, risque de laisser de nombreux travailleurs sur la touche. C’est le moment que choisissent de lucides acteurs pour inviter les Sénégalais à se réveiller plutôt que d’ânonner à longueur de semaines « France dégage ». Au Sénégal de s’engager !

La furie jihadiste s’installe dans la durée au Mali. Des voix de plus en plus audibles s’élèvent pour fustiger l‘immobilisme socio-politique. L’une de ces voix, et sans doute pas la moindre, celle du Président du Patronat malien, Mamadou Coulibaly, affirme sans ambages que la création d’emplois est l’unique réponse à la tentation du diable qui séduit les jeunes très portés vers des aventures mortifères. Il sait de quoi il parle.

Pour lui, les mouvements jihadistes recrutent en proposant entre 50 mille et 100 000 francs aux jeunes. Il invite les entreprises maliennes à s’engager dans la lutte contre le désoeuvrement, la crise sociale et la perte de repères afin de redonner espoir et inspiration aux jeunes de son pays. M. Coulibaly fait fi des réticences. Face à une tragédie de cette ampleur, les employeurs du secteur privé du Mali ont à privilégier la fibre patriotique convaincu que dans une période trouble le gouvernail est tenu par des gens qui ont un sens aigu de l’étape, des responsabilités, du courage,

Le patron des patrons maliens dissimule mal ses états d’âme face au chaos économique qui défigure le Mali. L’économie doit servir le peuple et non l’inverse, selon lui. Gagnés par un dur quotidiens, nombre de ses compatriotes vivent reclus, Dans aucun de ses aspects, Bamako ne semble briller. La faiblesse des investissements dans les régions éloignées fragilise l‘appartenance au socle national soumis à rude épreuve. Le capitaine d’industrie avertit que l’exaspération sociale a besoin d’inventivité pour secouer le pouvoir de marché en vue de constituer une alternative au jihadisme qui ne brandit plus de projet messianique mais fascine les franges juvéniles par le clinquant, le fringant et le trébuchant.

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