Débat sur le voile : « Régler notre problème sur le vivre ensemble »

news-details
Avis d’expert

Il urge de régler notre problème sur le vivre-commun. L’alerte est sonnée par Serigne Momar Sarr, docteur en sociologie de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB) et l’Université de Strasbourg (en France). Invité de l’émission ’’Objection’’ de Sud fm, ce dimanche 12 mai, il insiste sur la question du voile.

Les défis de l’heure du Sénégal

Il explique : « Un Sénégal émergent, ça nous intéresse tous. Ce qu’il faut, c’est de régler notre problème sur le vivre ensemble. On est en train d’éluder des problèmes sociaux ou de passer à côté sur des aspects cruciaux, qui remettent drastiquement en cause notre commun vouloir de vie commune pour ne pas dire la nation sénégalaise. Il y a peu de jours, une question a été maladroitement agitée, celle du port du voile dans une institution privée catholique. J’ai été sidéré que le débat vire sur des aspects religieux au Sénégal où on n’a pas ce problème-là et où on ne devrait pas avoir ce problème-là. Cela veut dire que quelque part on n’attaque pas de front les problèmes qui se posent. On essaie toujours de maquiller et de laisser passer. Cela risque de se retourner contre nous. Ce qui fait qu’il faut que ce pays soit réformé. On ne parle que de la réforme de l’administration mais la réforme en tant que tel de l’Etat, qui est plus global que l’administration puisque (celle-ci) n’est qu’un aspect de l’Etat. Mais la réforme aussi de la société en tant que tel. On a un pouvoir religieux qu’on néglige le plus souvent et ce vivre-ensemble ne peut être réfléchi qu’en prenant le courage de voir la laïcité, ce qu’elle signifie réellement au Sénégal et comment on devrait la prendre. Quitte à revenir à la Constitution, de la réécrire pour qu’elle reflète nos valeurs et qu’on évite qu’il y ait des déphasages dans notre manière de faire au quotidien. »

Ce qui traumatise les jeunes

Poursuivant, l’ancien représentant des étudiants ajoute qu’ « il faut qu’on aille vers des projets de société. Il faut aller vers l’essentiel, en attaquant de front la question du vivre-ensemble. Le corps social doit se prononcer. »

Pourquoi réformer la société ? « Parce qu’on est face à une société en pleine mutation. » Abordant la question des jeunes, le sociologue soutient que « par rapport à leur poids démographique, (ils) doivent avoir toute priorité sur les politiques menées. Fort heureusement, le président l’a déjà annoncé. Mais les jeunes, est-ce qu’on a fini de parler de leur processus de construction identitaire, de leur processus de socialisation en tant que tel, du numérique qui est en train de façonner notre société, plus que de façonner, d’amener une certaine mutation qui n’est pas contrôlée ? Cette utilisation des réseaux sociaux, il faut qu’on n’y prenne garde. Mais, surtout des jeunes qu’est-ce qui les traumatise ? Peut-être le fait d’être vieux sans jamais été jeunes ou bien le fait d’être éternellement jeunes. Ils ne peuvent pas basculer vers l’âge adulte qui est consacré par le mariage faute de ressources par rapport au sous-emploi. »

A l’en croire, « le dialogue national du 28 mai devrait s’occuper de ces questions-là sinon cela va se retourner un jour ou l’autre contre nous. »

Vous pouvez réagir à cet article