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EL HADJ HAMIDOU SALL RACONTE SON SENGHOR

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L’ancien président Léopold Sédar Senghor à l’honneur 20 ans après sa mort. Face à Papa Alioune Sarr, dans une édition spéciale diffusée ce 20 décembre, sur Itv, chaîne de télé du groupe E-Média Invest, l’écrivain El Hadji Hamidou Sall a insisté sur son legs dont ‘’le vivre ensemble’’, qui fait l’exception sénégalaise.

Que reste-t-il de ce legs aujourd’hui ? « Un legs est à consolider, a-t-il répondu. Il faut le vivre et continuer à le perpétuer. Je ne suis pas sur l’Himalaya du scepticisme. Je garde espoir. Je sais que ce pays a des racines tellement profondes dans l’unité, dans la tolérance, dans la compréhension et dans la Culture avec son esprit, qu’on a beau être tourmenté, nous saurons résister. Parce que nous n’avons pas d’autres solutions que celles-là. Nous avons une esthétique à rebâtir. Or, nous avons la matière. Parce que nous avons notre vécu. Nous n’aurons pas à découvrir ce que c’est de vivre ensemble. C’est la raison pour laquelle puisqu’on parle de Senghor, ses interventions, ses textes… Le vivre ensemble qui est devenu comme un leitmotiv dans ses discours ‘’hôtes qui vivaient parmi nous’’. C’est une chance du Sénégal. C’est ça qui crée la stabilité".

Il a également insisté sur l’éducation pour maintenir ce legs. En revanche, a-t-il souligné, « la première école, c’est la famille. » Qui est, dit-il, « un creuset de valeurs consensuelles entre différentes générations où l’essentiel s’acquiert quand on est tout petit et enfant. Le maître quand il vous prend en charge, la première année à l’école primaire, il ne fait que parachever ce qui a été commencé au sein des familles. Les familles jouaient un rôle extrêmement important. »

« Le joue-t-elle encore aujourd’hui ? Là est la question, a-t-il mis un bémol. Parce qu’il y avait toute une éthique comportementale, qui était transmise à l’enfant, sans compter que l’enfant allait aussi à l’école coranique qui s’ajoutait à cette école traditionnelle. Il nous faut réfléchir sur ces questions-là et revenir aux fondamentaux. »

Rebâtir l’école

Parmi ces fondamentaux, il a relevé la nécessité de reconstruire le système scolaire qui est aujourd’hui en lambeaux. « Un programme scolaire, on le déploie sur une séquence de temps. J’étais à l’école primaire, l’année scolaire durait neuf mois et trois mois de vacances. Aujourd’hui, je constate que c’est trois mois d’année scolaire. Mais tant qu’on n’aura pas inversé pour revenir aux fondamentaux, l’enfant n’aura pas suffisamment de temps pour pouvoir assimiler son programme… »

Par ailleurs, a-t-il déploré, « après cette génération des Senghor et Aimé Césaire, nous sommes dans la marée basse de la pensée. Il y a une sorte de vacuité. Je vois des hommes politiques qui tonnent plus forts que le tonnerre et qui en termes de production de pensée, ne donne absolument rien… Quand on veut diriger des gens, on doit être dans une sorte d’exemplarité. On doit être tolérant, patient, développer une capacité d’écoute extraordinaire. Léopold Sédar Senghor, j’ai eu la chance de le connaître, de le côtoyer. Mais, une chose qui m’a frappé, chez cet homme-là, c’est sa capacité d’écoute… »

Autre atout en faveur de Senghor, a-t-il retenu, « à cette époque, ça discutait et ça discutait fort. On a jamais autant débattu dans ce pays. Je donne un exemple : club nation et développement. C’était un cercle de réflexion où on n’était pas toujours tendre avec le pouvoir. Il y avait l’université qui était bouillonnante, et les étudiants qui étaient là, la plupart de gauche, nourris de marxisme et léninisme, avaient une structure de pensée et une formation telles que quand ils posaient les problèmes, ils les posaient avec une densité réelle, cela ne me semble pas être le cas aujourd’hui. Ensuite, Senghor lui-même, il n’était pas un communiste, ce n’était pas un secret. Mais, crayon à la main, il a lu Marx, Hegel, Rosa Luxembourg, il connaissait la pensée de ces gens-là dans le moindre détail. Ce qui fait, qu’à l’époque, les opposants pour aller s’attaquer à Senghor, il y avait un préalable, ils se préparaient. Je trouve tout ça tonique et enrichissant ».

Dié BA

21 décembre 2021


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