EL HADJI AS SY : « UN SYSTÈME DE SANTÉ FAIBLE N’ÉQUIVAUT PAS À UN PERSONNEL DE SANTÉ FAIBLE »

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ITV AVEC L’EX SG DE LA CROIX ROUGE

Comment aider le corps médical sénégalais à mieux faire face à la Covid-19 ? L’ancien Secrétaire général de la fédération de la Croix rouge et du Croissant rouge, Elhadj As Sy, tente de répondre à cette problématique. Ayant était victime de la Covid-19, et pris en charge au Sénégal, As Sy fait part de son estime pour le corps soignant qui l’a bien traité jusqu’à sa guérison. Expert international, Elhadj As Sy juge que le Sénégal dispose de personnel de santé qualifié, mais qui parfois, n’a pas d’assez de moyens pour faire valoir davantage leur savoir faire. C’est ce qui justifie l’initiative qu’il a lancé allant dans le sens de contribution volontaire, de différentes natures, pour venir en appui au corps médical en cette période de pandémie. Dans cette entretien a accordé à Emedia, il donnes les détails de son initiative de solidarité active.


« APPUI AUX MÉDECINS SÉNÉGALAIS »

« Nous sommes à niveau de la pandémie qui est extrêmement préoccupant. Beaucoup d’entre nous ont connu des personnes qui ont été infectées. Nous avons perdu des êtres chers. Certains d’entre nous, dont moi-même, avons porté le virus dans notre propre corps et nous avons été soignés dans nos propres structures où on a vu un personnel dévoué, travaillant dans des conditions assez difficiles. Pour les soutenir, nous avons l’idée de proposer parmi plusieurs activités, deux axes de réflexion. Le premier, c’est que chacun d’entre nous fasse le nécessaire pour prévenir la maladie. Parce que, si on la prévient, il y aura moins de malades. S’il y a moins de malades, il y aura moins de charges pour le personnel, c’est également plus d’espaces pour s’occuper d’autres pathologies. Deuxièmement, c’est de voir ce que nous pouvons faire dans un élan de solidarité pour pouvoir contribuer à l’amélioration des conditions de ces personnes qui nous prennent en charge. C’est pourquoi, j’’ai lancé l’appel pour qu’on ait une initiative qui vise les soins de nos soignants. En essayant de contribuer chacun, à la mesure de ses possibilités, de donner des moyens financiers pour pouvoir identifier les moyens prioritaires à leur niveau pour pouvoir également créer les conditions favorables à leur travail. C’est aussi simple que ça. Chaque Sénégalais peut le faire au niveau de la structure de son choix, dans son voisinage. Moi, j’ai été pris en charge au niveau de la clinique des maladies infectieuses. C’est là où je vais commencer mon action de solidarité ».


« LE SYSTÈME DE SANTÉ AU SÉNÉGAL »

« C’est un système de santé d’un pays en développement. C’est la raison pour laquelle on parle de la faiblesse du système. Mais, un système de santé faible n’équivaut pas à un personnel de santé faible. Cela est d’une importance capitale. J’ai été pris en charge par des personnes expertes, dévouées, compétentes, je ne pense pas pouvoir avoir un meilleur traitement en Suisse où j’ai vécu et travaillé pendant longtemps. Je rends un hommage à ce personnel de santé. Malgré les conditions difficiles, leur expertise est mise en œuvre et a permis d’atténuer tellement de souffrance humaine et de sauver des vies à travers toutes les personnes qui sont sorties de ces structures guéries. Donc, nous devons les soutenir davantage pour que cette expertise soit mis encore à profit pour le bénéfice de toute la population sénégalaise. »


« UNE AUTRE PANDÉMIE... »

’’ Nous vivons dans un monde qui est globale. On appelle ça la mondialisation qui est connue de tous. On peut quitter un point de la planète et en 24h arrivé à l’autre bout. Il y a des millions de personnes qui sont dans les avions. Et avec la détérioration de l’environnement, de plus en plus, la proximité entre les humains et les animaux, le changement climatique, tout cela constitue un environnement favorable à l’émergence de pathogènes. C’est la raison pour laquelle, en 2019, la Banque mondiale et l’Oms avaient convié un groupe d’experts pour réfléchir sur cela et lancer l’alerte pour qu’on soit mieux préparer. Parce qu’en réalité, on n’était pas préparé. Donc, j’ai eu la chance d’avoir été choisi dans ce groupe et même le présider avec l’ancien Premier ministre de Norvège. Nous avions travaillé et sorti notre premier rapport en 2019 que nous avons intitulé : ’’Un monde à risque’’. C’était pour alerter. Préparons-nous si ça arrive. Et surtout si c’est un virus qui se transmet de manière respiratoire ou de par voie aérienne, cela pourrait être extrêmement dangereux.

Ce que nous avons vécu avec le Covid-19, nous montre en fait qu’on avait raison. Une fois de plus, nous ne sommes vraiment pas contents d’avoir raison. On aurait souhaité que cet alerte soit entendue et qu’on n’ait pas cette situation et ses conséquences que nous vivons aujourd’hui. L’étude a révélé pas mal de dysfonctionnements. Nous devons travailler sur ces dysfonctionnements, renforcer les systèmes sanitaires. Il y a beaucoup de travail à faire à ce niveau. Considérer la santé comme pas seulement une dépense, mais un investissement économique. Parce que la santé, c’est l’économie, la cohésion sociale, la sécurité... Donc, c’est une dimension multi sectorielle qui appelle aussi une réponse multi sectorielle. Nous avons lancé un appel à un leadership politique fort. Un leadership qui prend des décisions sur la base de faits. Sur la base de la science et qui ne soit pas influencé de la politique politicienne ni par des fausses informations. Avoir des citoyens qui soient actifs qui interpellent leur leader mais aussi de créer des mouvements de solidarité citoyen. Afin que chacun se sente concerner et haut delà, se mouvoir dans une direction qui consiste à contribuer à cet effort qui est un effort collectif national.

« LA RECETTE À LA 3e VAGUE »

« Les solutions sont les mêmes. Parce que, s’il fallait, en plus de ce que nous faisons, faire des choses supplémentaires, cela aurait été beaucoup plus difficile. Mais, on doit continuer à se laver les mains régulièrement, à porter des masques, assurer la distanciation physique, éviter les rassemblements, chercher les soins dès qu’on a les premiers signes. Ne pas attendre au dernier moment. Il faudrait également interpeler le pouvoir public pour que les moyens de prévention, dont les vaccins, soient mis à disposition et que les populations aussi fassent le nécessaire en allant se faire vacciner. Avec la conjugaison de ces efforts, on pourrait obtenir des résultats probants. »

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