EN CHOEUR !

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

En chœur pour un Sénégal au cœur ! Le siège du Parti socialiste, sis à Colobane, a retrouvé des couleurs. Le temps d’un week-end, une certaine effervescence s’observait aux alentours. Un incessant ballet de rutilantes voitures rompait par moment le calme des lieux. Pour les nostalgiques, cela n’est pas sans rappeler les vertes prairies d’alors, les ors d’un pouvoir fugace et le retour au réel d’hommes qui l’ont incarné. Pour eux, tout se conjugue désormais au passé. Deux alternances de suite et la mort d’Ousmane Tanor Dieng ont eu raison des vanités.

A la faveur de l’hommage qui lui était rendu, la classe politique a répondu à l’invitation des compagnons du défunt secrétaire national disparu au mois de juillet dernier. De toutes les retrouvailles, celle entre Macky Sall et Idrissa Seck a été la plus marquante, sinon la plus remarquable. Ils se sont serré la main, c’est clair. Ils se sont parlé, c’est sûr. Que se sont-ils dit ? Personne ne donnerait sa langue au chat. Quoiqu’il en soit, entre les deux, le regard direct et massif démontre un vif esprit de convivialité ponctué d’amabilités vite échangées. Peut-être même, en républicains avisés, se sont-ils proposé de prolonger la rencontre pour lui donner une impulsion nouvelle, une inclination plus prononcée afin de consolider les acquis démocratiques de notre pays, soixante ans après son indépendance en 1960.

Cette convivialité découle donc de la spontanéité de leur sourire affiché devant une assistance attentive et à l’affût des moindres frémissements. A eux deux, Macky Sall et Idrissa Seck représentent plus des deux tiers du poids électoral sénégalais. Ils appartiennent à la même famille libérale. Ils y ont fait leurs armes sous l’encombrant parapluie tutélaire d’un Abdoulaye Wade privé de lucidité. En outre, l’ex président de la République, saisi par l’ivresse du pouvoir, n’a pas senti le danger avec son projet de dévolution " monarchique du pouvoir" à son fils Karim.

La suite est connue… Et l’histoire se poursuit. Les avatars de la vie politique les ont éloignés, et l’écart, davantage accentué par des courtisans hantés par le rapprochement que d’aucuns évoquent avec insistance. Le Président de la République et le Président du Conseil régional de Thiès ont en commun des parcours atypiques. Qui se rejoignent souvent ou se touchent parfois. Même si leurs trajectoires dessinent une courbe classique : directeurs de campagnes victorieuses, ministres, ministres d’Etat, Premiers Ministres, candidats à l’élection présidentielle.

Cela crée des affinités malgré des différences d’approche. Macky fut ministre de l’Intérieur, département clé dans la connaissance intime de l’âme du peuple sénégalais. Ensemble, ils ont grandi dans la maison du père avant de s’en éloigner tous les deux quand les faveurs paternels sont allés au fils de « ceinture », comprenez : Karim Wade. Une observation des entourages laisse deviner chez Macky Sall un profond désir d’être obéi, tandis que Idy reste obsédé par l’idée de respect et de reconnaissance.

Toutefois, entre eux, ont toujours existé des passerelles, autrement dit des canaux de communication, qu’ils utilisent non sans habileté, loin des indiscrétions dévastatrices d’un échiquier politique perméable aux rumeurs et aux facéties. Idrissa Seck a rêvé d’un destin présidentiel. Macky Sall a réalisé ce rêve. Sans ostentation aucune. Il a plutôt transformé l’adversité dont il a été victime en atout pour se présenter devant les Sénégalais en homme de rupture alliant courage et courtoisie, humilité et fermeté avec un sens élevé de tactique politique que lui reconnaissent aujourd’hui ses opposants de tous bords.

L’épisode de la Place de l’Indépendance, perçue comme une « Bastille à prendre », est révélateur du tempérament politique des deux frères libéraux. Si, contre toute attente, l’ex maire de Thiès a cru devoir privilégier l’occupation de ce lieu en vue de déstabiliser le Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor, Macky, pour sa part, avait pris l’option d’aller à la rencontre du « peuple qui élit » en sillonnant le pays jusque dans ses profondeurs. L’un et l’autre ont vécu toutes les convulsions du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Macky a su tirer son épingle du jeu. Ce qui n’est pas le cas de Idy dont tous les espoirs d’accéder à la magistrature suprême ont été déçus. Le destin national qu’il s’est forgé lui échappe-t-il au fil des revers de fortune ? Son itinéraire politique reste bosselé, avec des hauts et des bas. Avec le recul il peut s’apercevoir des erreurs politiques commises, du manque de lisibilité de ses actions décriées pour leur absence de clarté et de cohérence dans la durée. En s’emmurant dans un épais silence, Idrissa Seck cultive la rareté (paroles et apparitions) comme mode d’action pour accréditer l’idée d’un homme politique distingué.

Ce qu’il est réellement. Certains analystes y voient justement une stratégie de communication politique bien orchestrée. Il peut tenir ses auditoires en haleine tout comme il capte les attentions par sa verve et son éloquence. Sa longue pratique de la politique et des situations lui confèrent un positionnement avantageux lorsque surgissent par nécessité les besoins de se parler entre acteurs politiques. Le dialogue national se profile. Encore que rien n’obligeait le Président de la République à l’organiser puisque les dernières élections présidentielles ne souffrent d’aucune ambiguïté ou de contentieux post-électoral.

Pour n’avoir pas brûlé tous ses vaisseaux, Idrissa Seck peut habilement se réintroduire dans le jeu politique avec des rôles éminents à la hauteur de son rang : chef de l’opposition au regard de son score, de son poids et de son leadership. Les propos tenus par le Président Macky Sall à son égard, (de même qu’à Malick Gackou), sonnent comme un appel au dépassement des égos pour réunir les volontés afin de conjurer les périls et dominer les épreuves conjoncturelles.

En revendiquant les attributs d’une nation indivisible, le Sénégal ne doit en rien céder à la surenchère qu’entretiennent des gueux en banqueroute. Les propos séditieux entendus ce week-end ressemblent à leurs auteurs qui n’ont guère de racines profondes pour saisir l’esprit et la lettre de ce pays simple et complexe à la fois dans lequel s’enchevêtrent des valeurs que le souffle de la haine ne peut ébranler.

S’il est rare de soustraire en politique et de gagner, l’inverse peut s’avérer judicieux : additionner les forces pour faire barrage aux démons tout en définissant une vision commune d’un Sénégal debout face au délitement qui veut se frayer une voie, même étroite…

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