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"EN GAMBIE, PERSONNE NE PEUT VOLER LES ÉLECTIONS"

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Mardi 30 novembre. A quatre jours de l’élection présidentielle gambienne, il faut montrer patte banche pour pénétrer dans l’enceinte de la commission électorale indépendante. Les lieux sont sous bonne garde. Il est 14h15, l’équipe d’Emedia apprend, sur place, que les responsables de la commission sont en réunion avec des membres d’une mission d’observation de l’élection. Mais celle-ci s’est terminée avant 14h30. Approchés par notre équipe, les observateurs ont souhaité attendre de mieux s’imprégner de la situation avant de réagir. Porte-parole de la commission électorale indépendante, Pa Makan Khan est également très occupé. Bien qu’il soit pris par les derniers réglages, il a trouvé le temps de recevoir Emedia. Entretien !!!

Emedia : Où en êtes-vous dans les préparatifs de la présidentielle ?

Pa Makan Khan  : « Nous nous organisons pour une bonne tenue de la présidentielle. Actuellement, nous avons formé des jeunes, au nombre de six. Ils doivent se rendre dans les différentes localités de la Gambie pour superviser l’élection. Cette élection, je le rappelle, est prévue le 4 décembre. Une organisation qu’on ne veut pas du tout rater. »

Combien de bureaux de vote y aura-t-il ?

« Nous avons 1 554 bureaux de vote sur toute l’étendue du territoire national. En ce qui concerne, les observateurs, beaucoup de délégations se sont inscrites, de la société civile gambienne ainsi que la communauté internationale, à l’instar de l’Union africaine (UA), du Commonwealth, de la Francophonie, de la CEDEAO et de l’Union européenne (UE). Environ 2 000 observateurs sont attendus. »

Par rapport au précédent scrutin en 2016, combien d’électeurs se sont ajoutés sur les listes ?

« La dernière révision des listes électorales remontent à 2011. En Gambie, cela se fait tous dix ans. Déjà en 2011, on avait plus de 800 000 électeurs. Cette année, nous sommes à plus de 900 000 électeurs. Soit une augmentation de 100 000 électeurs. Nous pensons que beaucoup de personnes vont sortir pour voter, cette année. Nous gardons espoir. Parce que le constat, aujourd’hui, avec la campagne électorale, c’est qu’on a vu beaucoup de foules derrière les candidats. Je pense que ces derniers ont pu convaincre les Gambiens qui voteront le jour du scrutin. »

Deux candidats recalés ont été finalement rétablis par la Justice. Ne pensez-vous pas que cela risque de provoquer un manque de confiance sur votre travail ?

« Je ne pense pas vraiment que le fait que deux candidats soient rétablis constitue un problème. Parce qu’il y a quinze autres qui ont été écartés parce qu’ils ne remplissaient pas tous les critères. Trois parmi eux avaient saisi la justice. Finalement, la commission a accepté les dossiers de deux d’entre eux (dont) Dr Ismaila Ceesay, qui est toujours recalé. La justice lui demande de compléter son dossier ; ce qu’il n’a pas encore fait. On attend de voir ce que la suite va donner. »

Combien de candidats sont en lice ?

« La commission a validé six candidatures pour le moment. Cinq parmi ces candidatures sont issus de différents partis politiques et la sixième est portée par un candidat indépendant. »

Quelles garanties pouvez-vous donner sur la transparence par rapport à l’organisation de l’élection ? D’autant plus que le président Barrow a souhaité que le scrutin se déroule dans la transparence.

« La commission ne fait pas les lois, elle ne fait que les appliquer, si on peut le dire ainsi. Mais, nous ferons tout pour que l’élection se tienne dans le calme et la paix mais aussi dans la transparence. Nous sommes parvenus à corriger certains problèmes, lors de cette campagne mais aussi bien avant. Nous ferons tout pour que cela continue ainsi. »

La Gambie possède un système de vote particulier. Que pouvez-nous en dire ?

« Notre façon de voter, ici, en Gambie, est différente, comparée aux autres pays. Nous utilisons des caisses en fer et des billes depuis notre indépendance. Cela date de plus de cinquante ans. C’est un système très ancré chez les populations. Il est impossible de faire des magouilles. En Gambie, personne ne peut voler les élections. C’est pourquoi, les Gambiens adorent ce système. »

Donc, vous ne pensez pas changer de système ?

« La commission se conforme toujours à la loi. La boîte est en fer, comme je vous le disais. C’est ainsi depuis longtemps. Mais, nous réfléchissons à des changements. Ce mode de la caisse en fer est un peu lourd. C’est pourquoi, la commission envisage le système des bulletins de vote. Les candidats pourront être sur un même bulletin. Parce qu’on s’attend, un jour, à un nombre important de candidats. Et dans ce cas, on ne pourra pas mettre plus d’une vingtaine de caisses dans un bureau de vote. Avec l’évolution du processus et la situation actuelle, nous pensons utiliser des bulletins de vote comme le font beaucoup de pays. Notamment le Nigéria, la France et même le Sénégal. Aujourd’hui, le temps du changement a sonné. Nous y sommes. Nous pensons qu’aujourd’hui, c’est primordial et on doit le faire et passer à autre chose ».

Sont en lice : le président sortant, Adama Barrow, son principal opposant, Ousainou Darboe, leader du Parti démocratique unifié (UDP), Mammah Kandeh du Congrès démocratique de la Gambie, et poulain de l’ancien président Yaya Jammeh, Halifa Sallah de l’Organisation démocratique du peuple pour l’indépendance et le socialisme, Abdoulie Ebrima Jammeh du parti de l’Unité nationale et enfin Essa Mbaye Faal, candidat indépendant.

Entretien réalisé par Dié BA, envoyée spéciale

1er décembre 2021


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