ESPRIT DU TEMPS

news-details
EDITORIAL

Tout ce qui touche la Gambie affecte le Sénégal. L’inverse est tout aussi vrai. De part et d’autre de la… frontière vit un même peuple sénégambien. A aucun moment les rivalités de type impérial n’ont pris le dessus sur cette volonté séculaire d’un « vivre-ensemble » qui a transcendé les millénaires pour se renouveler avec vigueur à chaque époque ou cycle de vie.

A l’horizon 2022, Banjul et Dakar seront au centre du monde. La première capitale abrite le sommet de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) quand la seconde se prépare à accueillir les Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ). Hasard du calendrier ou facéties de l’agenda international ? Une aubaine à tout le moins pour les deux pays qui ont là l’opportunité de se montrer plus complémentaires que solitaires, davantage solidaires dans le défi de l’organisation et surtout attentifs aux facteurs de succès qui peuvent être à leurs portées respectives.

Par deux fois, le Sénégal a organisé des sommets de l’OCI. Le premier, tenu en 1991 fut un modèle de réussite diplomatique avec la présence à Dakar des têtes couronnées de la planète en dépit d’une délicate conjoncture géopolitique. Le second, organisé en 2008, a confirmé tout le bien du savoir-faire sénégalais ainsi que le brio d’une diplomatie incarnée par des hommes et des femmes de valeur qui inspirent respect et considération à l’échelle internationale.

Banjul pourrait-elle se passer de ce capital précieux ? Sans doute non. D’autant que la rencontre au sommet a déjà fait l’objet d’un report pour d’évidentes raisons d’ordre interne. Sans être de même dimension, les deux évènements projettent sur cette partie de l’Afrique une lumière d’éclat. Autour de nous, la transformation se poursuit. Elle est même susceptible de configurer une identité, une voie à l’intégration africaine, prônée partout mais pas encore mise en œuvre. Et à cet égard, l’érection du pont de Farafenni constitue le premier jalon de l’interconnexion en corridor devant relier Dakar à Lagos au Nigéria.

Un détail qui a son importance : le pont qui enjambe le fleuve se trouve en territoire gambien mais est conjointement financé par les deux pays avec l’appui agissant de la Banque africaine de développement (BAD). La fluidité induite a permis, un an après l’inauguration, de jauger la qualité du bien-être des populations qui découvrent les avantages que ces infrastructures induisent. Pour ne pas la nommer, la société de transports Dakar Dem Dikk a ouvert une ligne Dakar Banjul déjà saluée par les usagers comme une avancée majeure, notamment sur le confort, la quiétude et le gain de temps. Le prix devient secondaire dès lors que l’offre de service correspond à des attentes. Pourvu que ça dure…l

Ces progrès illustrent les étapes franchies. Il a certes fallu du temps pour comprendre les vicissitudes qui ont jalonné la marche de la Sénégambie. Mais, le réconfort que procurent les ouvrages réalisés élargit les horizons de libertés et de dignité dans un espace qui se pacifie au gré des évolutions des mœurs politiques, culturelles et sociales.

Le fait religieux brille par l’exemplarité qu’il véhicule. Le Khalife général des Tidianes a prié vendredi dernier à la Grande mosquée de Banjul. Une forte affluence a salué la présence du dignitaire dont la confrérie garde une influence intacte sur de nombreux Gambiens. Le message de Sérigne Babacar Sy Mansour fait toujours le bonheur des Gambiens. Il en est de même de la famille Niassène de Kaolack, qui représente sans doute, la clé de l’identité sénégambienne compte tenu de la proximité géographique et du flux permanent des fidèles sur les lieux d’adoration de la capitale du Saloum. D’autres familles également, à l’image des descendants de Bour Sine ou de Maba Diakhou, entretiennent des liens permanents au grand bonheur des dirigeants des deux pays qui y voient des leviers d’influence et des relais de cohésion sociale dans un espace historiquement homogène. Pour sa part, le Président Adama Barrow ne rate jamais la prière à la Grande mosquée omarienne, s’affichant avec ostentation avec les érudits qu’il y rencontre à chaque occasion.

En se consolidant, l’axe Dakar-Banjul ouvre des perspectives. Il envoie un signal fort aux nombreuses personnes conquises par les progrès accomplis dans l’économie (de part et d’autre), dans la diplomatie et surtout dans la mutualisation des services aux populations. Le climat d’exténuation générale explique cette embellie socio-politique. Les forces irrédentistes s’amenuisent. La chute de l’ogre Yaya Jammeh a permis aux Gambiens de goûter aux délices de la liberté, donc à la démocratie qu’ils plébiscitent du reste.

Le souvenir qu’en gardent certains est non seulement amer mais révoltant par dessus le marché. Il régnait à Banjul une atmosphère avilissante, entrecoupée de dénonciations calomnieuses et de propos haineux à l’égard de ceux qui tentaient de tenir tête au monstre Yaya Jammeh. Lequel a toujours fantasmé sur un fumeux projet d’essence messianique. Un moyen de pression plutôt qu’il agitait au gré de ses intérêts. Cupidité. Le renversement du régime dictatorial correspondait à un désir ardent de liberté chez les franges les plus jeunes de la population. Livrer sa vision du monde qui nous entoure a été une tâche redoutable pour le Sénégal qui, en de pareilles circonstances, éprouvait toujours des difficultés à tenir sa place ou à la justifier. La quête de sens a trouvé sa légitimité dans l’identité sénégambienne autrefois vantée mais de plus en plus réclamée comme une aspiration. Dakar a surfé sur cette vague pour promouvoir dans la sous-région son système politique, son modèle de gouvernance et l’expression plurielle des opinions par médias interposés qui contribuent à la vitalité d’une société démocratique malgré ses imperfections. Bissau, à son tour, vous salue…

La Gambie a donc connu des crises à répétition. Elle reste néanmoins debout. Mieux, elle ambitionne d’évoluer dans la cour des grands. Ses fils et filles brillent sur les scènes internationales. Il revient aux dirigeants actuels d’achever le parcours d’intégration dont raffole l’opinion africaine avide d’exemplarité. Le Socle identitaire du peuple sénégambien se prête au récit par des actes qui scellent un devenir. C’est déjà beaucoup que d’être présent. Sauver l’avenir en préservant un passé revisité, voilà la tâche… !

Vous pouvez réagir à cet article