[ESWATINI - SÉNÉGAL : LE DÉBRIEF] - TURNOVER, SADIO MANÉ, KOUYATÉ, LES INCOHÉRENCES D’ALIOU CISSÉ

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ÉQUIPE NATIONALE

Sur le plan comptable, toutes les planètes sont alignées : 6 points sur 6, la première place du groupe I, meilleure attaque et meilleure défense.

Le Sénégal ne pouvait rêver d’une meilleure entame dans ces qualifications pour la CAN Cameroun 2021. Les Lions continuent ainsi leur sans faute en phases de qualification de la compétition, depuis l’arrivée d’Aliou Cissé, en mars 2015, au lendemain d’une deuxième désillusion en terre équato-guinéenne. Au total 13 victoires sur 14 matchs joués et déjà un record pour un entraineur sénégalais. Pour autant, les signaux verts des résultats ne devraient pas occulter les incohérences notées lors du match de Manzini.

Un management discutable

A Thiès, tous les observateurs avaient salué les choix opérés contre le Congo Brazzaville. Surtout celui des hommes. A Manzini, le sélectionneur, n’a certainement pas eu la même inspiration, au point de mettre en difficulté, voire en danger, son équipe. Avant que le ciel ne lui apporte le salut, suite à la longue interruption du match par l’arbitre pour cause de pluie. Car en mettant en avant, la fraicheur physique au détriment des certitudes acquises lors du match contre le Congo, à Thiès, le sélectionneur des Lions a au moins fait perdre une cinquante de minutes à son équipe, qui a longtemps tardé à démarrer le moteur, faute d’automatismes entre les éléments d’un bolide retapé à plus de 50% : 6 changements dans le onze de départ, et surtout un milieu de terrain en mode essayage avec Mamadou Loum Ndiaye en manque de temps de jeu en club (Porto) et de repères en sélection, ainsi que Pape Alioune Ndiaye, qui valse d’une position de sentinelle occupée durant toute la CAN 2019, à celle de relayeur droit.

Ce milieu de terrain a naturellement peiné à exister face à une pourtant faible équipe d’Eswatini, composée de joueurs locaux, déjà balayés trois jours plus tôt à Bissau, avant de boucler deux fois 30 heures de voyage en une semaine. Malgré tous ces paramètres, la sélection d’Eswatini, sans doute influencée par le voisin sud-africain, avec ses caractéristiques de jeu fait de passes courtes et de vivacité dans les petits périmètres, a pourtant joué sans complexe face aux vice-champions d’Afrique et premiers du continent au classement FIFA. Au moins pendant une heure.

Sadio Mané, le diagnostic manqué

En évoquant l’argument de la fraicheur physique, Aliou Cissé a pourtant titularisé Sadio Mané dans le couloir gauche, prenant ainsi son propre contrepied en faisant jouer celui qui compte plus de matches dans son groupe, celui qui aurait certainement eu le plus besoin de souffler physiquement et mentalement.

Entre son match en championnat contre Manchester City, son arrivée en regroupement à la veille du match face au Congo, sa participation au match dès le coup d’envoi, est en porte-à-faux avec les arguments de Cissé sur la fraicheur physique évoquée pour chambouler son onze de départ. Et comme un symbole, c’est finalement lui qui sort en premier, dès la mi-temps. Par souci physique ? Parce qu’il était sur les nerfs après les coups reçus ou l’arbitrage trop permissif ? L’un dans l’autre, sa présence fut donc la moins logique dans une optique de turnover.

A la fin du match de Thiès, l’équipe du Sénégal ne donnait pas l’impression d’une équipe lessivée par les efforts. L’intensité de la première mi-temps avait laissé la place à la gestion du résultat acquis assez tôt et l’énergie fournie dans le second acte a comme été dosée en prévision du match de de Manzini. Et, en lieu et place d’une équipe légèrement relookée, on a eu droit à un onze profondément remanié, au point de perdre sa mémoire, ses certitudes et ses automatismes.

Les systèmes de jeu, symboles de l’improvisation

En démarrant dans un 4 - 3 - 3, le sélectionneur est resté fidèle à ses principes de jeu, avec la volonté d’asseoir un football dominant. Mais avec la sortie de Sadio Mané à la mi-temps pour Sidy Sarr, il est temporairement passé en 4 - 2 - 3 - 1, avec Sidy Sarr et Mamadou Loum Ndiaye en duo de récuperateurs devant la défense centrale et Pape Alioune Ndiaye plus haut, juste derrière Famara Diédhiou. Juste le temps d’une pluie d’été. La rentrée d’Idrissa Gana Guèye, 15 minutes après celle de Sidy Sarr, a rapidement réinstallé le Sénégal dans son schéma habituel, le 4 - 3 - 3, avec une seule sentinelle, Sidy Sarr. Pape Alioune Ndiaye et Gana Guèye en relayeurs. Résultat : une équipe plus équilibrée et maitre de son sujet. Tous ces systèmes utilisés en un match, contre un adversaire loin d’être un foudre de guerre, montrent à quel point les choix du sélectionneur, sur ce match, ont été discutables.

Un défenseur axial droit

Lors de ces deux rencontres, le décalage, un cran dans l’axe central de l’ex capitaine, Cheikhou Kouyaté, comme c’est le cas chaque fois que l’un des préposés au poste (Kalidou Koulibaly et Salif Sané) est indisponible, est également un choix qui a fini de montrer toutes ses limites. Dépossédé du brassard, fragilisé, balloté entre le banc et la pelouse, l’axe central et l’entrejeu, Kouyaté est devenu le maillon faible de la défense à quatre du Sénégal. Si le sélectionneur veut continuer à l’utiliser sans le jeter en pâture, il devra passer à une défense à trois axiaux, comme la Côte d’Ivoire de Hervé Renard avec Kolo Touré lors de la CAN 2015. Et avec Aliou Cissé, la probabilité d’un tel choix est très faible, pour ne pas dire inexistante.

Retour aux certitudes ?

En fin de compte, en se détachant rapidement de ses adversaires à l’issue des deux premières journées, le Sénégal a fait un tiers du chemin qui mène au Cameroun en 2021. Sans s’inquiéter mais sans se donner plus de garanties qu’il n’en avait avant de prendre la route du Nil, il y a quelques mois. Les chantiers et les pistes de réflexion pour améliorer l’équipe sont là, tout comme les problèmes de riches auxquels son sélectionneur fait face. Si les trois matchs disputés depuis la CAN ont fait marquer des points et des buts pour certains, le contenu risque de conforter Cissé dans un certain refus du chamboulement. Pour le prochain rassemblement en vue de matchs officiels, rendez-vous entre le 31 août et le 8 septembre 2020, pour une double confrontation face au voisin Bissau-guinéen qui vaudra son pesant d’or. D’ici là, il peut se passer toute une saison de football !

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