LES DAKAROIS NE SAVENT PAS OÙ DONNER DE LA TÊTE !

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ÉTAT D’URGENCE ET COUVRE-FEU

Face au rebond de la Covid-19, au Sénégal, l’État d’urgence est réinstauré, à Dakar et à Thiès, par le chef de l’État, Macky Sall. La mesure assortie d’un couvre-feu entre 21 et 05 heures du matin, et décrétée hier, entre en vigueur à partir de ce mercredi, 6 janvier 2021. Au lendemain de l’annonce de la nouvelle, des Sénégalais ne l’ont pas encore digéré. Les réactions pleuvent sur une décision impopulaire.Face au rebond de la Covid-19, au Sénégal, l’État d’urgence est réinstauré, à Dakar et à Thiès, par le chef de l’État, Macky Sall. La mesure assortie d’un couvre-feu entre 21 et 05 heures du matin, et décrétée hier, entre en vigueur à partir de ce mercredi, 6 janvier 2021. Au lendemain de l’annonce de la nouvelle, des Sénégalais ne l’ont pas encore digéré. Les réactions pleuvent sur une décision impopulaire.

Le dilemme de Moïse dont l’épouse doit renter à 22 heures, ce soir

"On ne peut pas du jour au lendemain décréter l’État d’urgence avec toutes les conséquences que cela comporte. Il nous faut au moins du temps pour prendre des dispositions. Si, par exemple, le couvre-feu démarre à 21 heures, on doit se préparer en conséquence", se démarque un commerçant surnommé Moïse. Interrogé à l’intérieur de sa boutique située à Colobane, il nous explique que son épouse doit rentrer de voyage, et qu’il doit aller la chercher à 22 heures, ce soir. "Je ne sais vraiment pas quoi faire avec ça. Elle doit quitter Ziguinchor, (dans le Sud du pays), et doit arriver à 22 heures. Cela ne m’arrange vraiment pas. Comment je dois faire ?", s’interroge-t-il, dubitatif.

A l’instar du secteur des Transports, des acteurs exerçant dans la restauration réclament des mesures d’accompagnement pour éviter la catastrophe. Ainsi au restaurant Taïf, situé en face de la place de la Nation, ex-Obélisque, on capitule à contre-cœur. "Depuis que la Covid est là, on applique les gestes barrières avec le lavage des mains, le port du masque, entre autres. Pour ce soir, avec la réinstauration du couvre-feu, ce sera un peu compliqué mais on va essayer. A partir de 20 heures 30 minutes, on arrête, le temps de fermer et tout. Avec ce nouveau couvre-feu, nous espérons un soutien parce qu’il y a des pères de famille qui y travaillent. C’est un business qui marche plus la nuit. Cela veut dire qu’on aura vraiment besoin de l’apport de l’État."

Au restaurant Taïf, on croise les doigts pour que la mesure ne dure pas
D’autant plus que motive l’homme, égrenant son chapelet, les dégâts sont importants surtout après la première vague : "on est dans la restauration, et surtout que cela marche plus la nuit. Les gens n’ont plus l’habitude maintenant de manger chez eux mais plutôt au resto, le soir. Ce que nous souhaitons, c’est que cela ne dure pas. C’est tout ce que je souhaite. On ne peut même pas tenir une semaine ou deux. Mais on ne souhaite pas que ça dure, franchement." D’où son appel au respect des mesures barrières pour freiner la propagation du virus.

L’instauration de l’État d’urgence induit un changement de comportements. Qu’en sera-t-il dans les établissements scolaires ? Est-ce que des instructions ont été données ? A l’école Sakoura Badiane de Dakar-Plateau, le directeur Jean Baptiste Gomis, est formel : "on a reçu aucune instruction. J’ai appris ça dans la presse." "On continue à appliquer les mesures barrières et de tout faire pour éviter la maladie. On n’a pas enregistré de cas depuis le début de la pandémie. On rappelle toujours aux enfants le port du masque mais il y a des failles", reconnait-il. En effet, le constat a été déjà fait dans la cour de l’école que le relâchement est total chez les potaches. Rares sont ceux qui portent des masques.

Fatim Dieng attend à l’arrêt du bus. La dame, son bébé attaché au dos, et tendant le cou pour espérer apercevoir le bus de la ligne 6 qui doit la transporter vers Golf, en banlieue dakaroise, fait partie des rares personnes qui applaudissent. Pour justifier sa position, elle met en avant la santé publique. "C’est normal", juge la dame, appelant les citoyens au sens des responsabilités.


"Repousser l’heure du couvre-feu"

Omar Manga, ouvrier de son état, n’est pas du même avis : "On doit ramener l’heure à 23 heures pour permettre aux gens de regagner tranquillement leur domicile surtout ceux qui quittent leur boulot à 20 heures. Cela risque de causer une véritable ruée, comme c’était le cas lors du premier couvre-feu, aggravant les bouchons. Il faudra être très indulgent envers ceux qui seront encore agglutinés dans les transports publics à l’heure retenue".

Ibrahima Diallo, trouvé en pleine activité devant son chariot à café, fait face, de son côté aussi, à un dilemme, lui qui descend d’habitude à 21 heures. "J’habite Thiaroye, explique le gérant de nationalité guinéenne. Je dois prendre des dispositions. Le plus sûr serait de quitter à 15 heures avec les restrictions qui risquent d’accompagner la mesure surtout dans les transports publics. Ce sera la ruée générale et gare à ceux qui attendront. Quand ils prennent ce genre de décision, ils doivent prendre en compte nos réalités. Pour ma part, mon commerce marche à partir de 15 heures et si je dois rentrer à cette heure que vais-je faire ? C’est sûr que le manque à gagner sera important. Que dois-je faire ?".

En attendant 21 heures, les populations vaquent tranquillement à leurs occupations, dans les rues de la Médina. Certains portent des masques, d’autres pas du tout. Mais, les récalcitrants sont loin d’être inquiétés.

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