ÉTATS AFRICAINS OU CHÂTEAUX DE SABLE

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Le coup d’œil d’Adama

Vous devez sans doute vous souvenir de cet épisode culte de la saison 7 de la série 24h chrono lors duquel la garde présidentielle d’un dirigeant africain a pris d’assaut la Maison Blanche, déjoué le service de sécurité des lieux et même infligé quelques humiliations, dont une maîtresse gifle, à la locataire du palais. Magies et merveilles de la fiction hollywoodienne ! Dans la réalité, ces corps censés être d’élite résistent difficilement au premier coup d’assaut lancé par quelques soldats hardis et plus ou moins bien équipés. En Guinée dimanche dernier, la garde présidentielle du bientôt ci-devant Président Alpha Condé n’a tenu que….quatre heures devant le coup force mené par un commando d’officiers des forces spéciales. Scénario quasiment similaire à la chute et à l’arrestation au Mali, en août, du Président de transition, Bah Ndaw, et du Premier ministre, Moctar Ouane, ou encore à la déchéance express d’Ibrahim Boubacar Keita contraint, quelques mois auparavant, par les mêmes hommes menés par le Colonel, Assimi Goïta, à un exil sans gloire.

Au-delà des débats salutaires sur les conséquences fâcheuses du non respect des engagements pris et des tripatouillages de constitution, la viabilité de nos États africains mérite également une attention particulière. Une grande démocratie ne peut s’épanouir qu’à l’abri d’un état fort, disposant d’une armée bien équipée et loyale. Pour garantir sa souveraineté et sa pérennité, une nation doit en outre détenir un minimum de force de dissuasion. La formule de Nietzsche, « mon paradis se trouve à l’ombre de mon épée », est le principe qui doit guider tout dirigeant politique soucieux de la véritable indépendance de son pays et de la sécurité de ses administrés.

L’enjeu véritable n’est pas tant Condé, IBK, ou naguère Gbagbo, sur le sort desquels personne ne pleurera à part leurs partisans les plus acharnés mais l’aptitude des États de la sous-région et plus globalement du Sahel à faire face au péril de l’avancée inéluctable des groupes djihadistes. En janvier 2013, le Mali n’a dû son salut qu’à l’intervention militaire française décidée par François Hollande dans le cadre de l’opération Serval. Beaucoup d’observateurs s’accordent, en effet, à reconnaître que sans les frappes françaises, les djihadistes et leurs alliés touaregs auraient aisément poursuivi le percée, entamée au Nord Mali, jusqu’à Bamako.

Qu’à cela ne tienne, la situation sécuritaire au Mali demeure encore précaire, un peu plus de 6 ans après, nourrie par une instabilité institutionnelle chronique et l’incapacité des forces de défense malienne à contrôler toute l’étendue du territoire.

Pire le problème malien est devenu sous-régional. Le Burkina Faso est aux abois. Le Niger est fortement ébranlé. Le Tchad et le Nigeria résistent tant bien que mal aux assauts de Boko Haram, non sans subir des pertes considérables et régulières.

Désormais, tous les objectifs de ces groupes djihadistes sont tournés vers les États côtiers tels que le Sénégal, qui conscient de la menace, multiplie les initiatives pour se prémunir du fléau. Sera-ce suffisant ?

Une chose est certaine, le cas afghan avec le retrait précipité des Américains et le désengagement progressif des Français de l’opération Barkhane, montre que les États occidentaux ne vont pas continuellement jouer les gendarmes du monde, ce qui est légitime et tout à fait compréhensible.

Soixante ans après les indépendances, à nous de prendre nos destins en mains.

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