FÊTE DES MÈRES : PROFESSION, CHERCHEUSES DE PIERRES

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REPORTAGE

Contrairement aux années précédentes, la date de la fête des mères 2020 ne correspond pas au dernier dimanche de mai, mais est carrément décalée d’une semaine, au premier dimanche de juin. La faute au dimanche de Pentecôte, une date religieuse mobile mais ayant toujours lieu un dimanche, plus précisément le 7e après celui de Pâques. Cette année, ce dimanche-là est tombé à la fin du mois de mai. Ce qui reporte la fête des mères au dimanche 7 juin (les deux célébrations ne peuvent avoir lieu le même jour du calendrier, c’est prévu dans la loi). Pour cette édition célébrée en pleine pandémie du coronavirus, Emedia.sn est allé à la rencontre d’un petit groupe de femmes, qui comptent sur des granulats qu’elles récupèrent sous la bande de sable sous le pont de l’émergence qu’elles revendent à des maçons. Un matériau, entrant dans l’assemblage du béton, qui assure leur survie dans ce marasme économique dicté par la crise sanitaire.

Elles attirent le regard. On ne peut pas passer près du pont de l’émergence, en face du stade Léopold Sédar Senghor, sans les apercevoir. C’est impossible ! De plus près, on voit un petit groupe de femmes, qui s’active. A l’aide d’outils rudimentaires, elles creusent et bêchent comme à la recherche d’un trésor. Après avoir creusé, elles tamisent et récupèrent des pierres qu’elles entassent d’abord dans la carcasse d’un ventilo, avant de les mettre dans des sacs, qu’elles exposent à côté, dans l’attente de clients très souvent des maçons. Le prix du sac peut varier, nous disent-elles, entre 400 et 600 F CFA, selon que la chance tourne en leur faveur ou pas.

« Un jour, on peut rentrer avec 3 000 F CFA de recettes, un autre avec beaucoup moins d’argent, 500 F CFA seulement », nous confie l’une d’elles, Amy Faye, qui donne des coups de pierre à son matériel pour remettre le bois, qui tient le dispositif, en place.


NOUS NE VIVONS QUE DE BEIGNETS

Venues de Gossas, l’un des trois départements de la région de Fatick, il y a à peu près quatre mois, elles ont laissé mari et enfants au village à la recherche d’un mieux-être dans la capitale sénégalaise. Leur déception a été grande de ne pas pouvoir rien trouver. Logeant dans une chambre à la zone de captage, elles quittent leur lieu d’habitation tôt le matin, avant 08 heures pour se mettre à la tâche, jusqu’à 17 heures.

« Cela ne nous fait pas plaisir d’être ainsi exposées à la vue de tous mais on n’a pas le choix. Si on le fait, c’est pour nourrir la famille. Et puis, sans cela, on ne pourra pas payer la location. On vit une période vraiment difficile avec la Covid-19. Nous travaillons de 08 heures à 17 heures. On ne mange que des beignets. Je n’ai trouvé que ce travail. J’ai trouvé d’autres femmes, ici. Depuis lors, je creuse avec elles », lâche d’une petite voix, Astou Faye, sourcils et cils blanchis par la poussière dégagée par le tamisage du sol.

« Cela aurait pu être bien pire. C’est pourquoi on rend grâce à Dieu. A mon arrivée à Dakar, je cherchais une place de lingère mais je n’ai pas pu trouver. C’est alors que j’ai rejoint ma cousine Astou, sur cette place. Depuis, je creuse. Je suis venue avec deux de mes enfants, les trois autres sont restés à Gossas, avec leur père, qui est paysan », nous répond Fatou Ndiaye, d’un ton plus optimiste que sa cousine.

Heureusement pour elles, les bonnes volontés ne manquent pas. La preuve : ému par le sort de ces dames, un monsieur, en tenue wolof, a fait le détour pour venir remettre un billet bleu à Astou Faye et ses collègues. Notre photographe a également mis la main à la poche pour leur faire retrouver le sourire. C’est toujours ça de pris !

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