FOOTBALL PRO AU SÉNÉGAL, 10 ANS D’AMATEURISME

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REPORTAGE AUDIO

Le Sénégal, un pays de football ? L’on serait tenté de répondre par l’affirmative, en traversant quelques rues de sa capitale. Dans chaque coin de Dakar, il est facile de trouver un espace aménagé - ou pas - permettant aux jeunes de pratiquer le sport le plus populaire au monde : le football.

Nous sommes à Mankoo, quartier traditionnel niché dans la vieille de Rufisque. C’est ici que vit Mame Moussa NDOYE. Âgé de 28 ans*, ce jeune footballeur a fait ses gammes dans des clubs comme l’AS Douanes, le JARAAF ou l’US Gorée. Depuis quelques temps, il a rangé ses crampons et mis sa carrière entre parenthèses. Pour Mame Moussa Ndoye, le cauchemar a débuté à l’AS Douanes. Comme si c’était son dernier tourment, Mame Moussa bute sur le Jaraaf de Dakar. Puis sur le Teungueth FC, actuel club phare de sa ville, Rufisque.

A l’instar de Mame Moussa Ndoye, ils sont nombreux à vivre une situation cauchemardesque en voulant caresser le rêve de devenir footballeur. Combien sont-ils ? Dans quelles conditions les jeunes footballeurs sont mis dans les différents clubs de notre championnat ? Comment sont rédigés les contrats de joueurs au Sénégal ? Y a t-il un contrôle ? Plusieurs interrogations qui nous ont poussé à mener une enquête.

À la Ligue sénégalaise de football professionnelle, instance chargée de mener le football professionnel à bon port et donc de veiller aux conditions de ses principaux acteurs, le discours est souvent enjolivé. Notre interlocuteur, Lamine Diop, est membre de la commission juridique de la ligue.

Dans le cahier de charges de ladite ligue, il était dit que le club devait avoir un effectif de 30 joueurs. 25 contractuels et 5 stagiaires ayant signés des contrats obéissant aux normes du droit du travail. Il était également mentionné que les clubs pro devaient disposer d’un stade gazonné, mais aussi se constituer en société anonyme. Ce cahier de charges est-il respecté ? Le journaliste Papa Lamine Ndour reste sur sa faim.

Du côté des présidents de clubs, l’alibi des difficultés financières revient telle une rengaine. Le contenu des contrats, conformément aux exigences du code du travail, passe au second plan. Djibril Wade est président de club. Il dirige NGB - Niarry Tally. L’un des clubs les plus populaires de la capitale.

Quand les joueurs apposent leur signature sur le papier qui leur est présenté, ils ne sont pas forcément conscients des enjeux et de la portée de leur engagement. Ce qu’ils regardent généralement, c’est le montant de la paie. Pour les plus expérimentés, elle aura peut-être été discutée en amont. Pour les autres, il faudra se contenter, souvent avec déception, de ce qui est proposé, en espérant que le salaire tombe régulièrement et à date échue. Le paradoxe, c’est que l’argent revêt à la fois un aspect très important chez les footballeurs au Sénégal qu’il est enveloppé d’un tabou. Ils sont peu nombreux à accepter de dire un mot sur le sujet. Sidy Bara Diop a rompu la chaine. Après 17 ans passés à Génération Foot où il a fait toutes ses classes, il a décidé de résilier le contrat qui le liait aux grenats pour rejoindre, en 2018, le rival et voisin TEUNGUETH FC.

Mais qui contrôle donc tout ça ? La commission de contrôle des clubs. Mais, elle n’a pas été pourvue depuis le départ de Louis Lamotte à la tête de la Ligue en 2013, pour des raisons inconnues. Après des années de vide, cet organisme de contrôle et d’audit financier des bilans des clubs professionnels, qui devait protéger un tant soit peu les acteurs, pourrait renaître de ses cendres.

Le temps que cette commission soit remise sur pied, le football ne va pas s’arrêter. Les joueurs vont continuer à être exposés et les dirigeants accusés de tous bords, à tord ou à raison. Et le droit, dans tout ça ? Nous avons rencontré Me Cheikh Ahmadou Ndiaye, avocat à la cour.

Les clubs sont des entreprises et doivent répondre aux normes établies. Payer des salaires, déclarer ses employés à l’inspection du travail… Ce sont le cadet des soucis de la plupart des clubs sénégalais qui continuent à naviguer dans l’informel et à survivre dans l’amateurisme.

Alioune Fall, inspecteur du Travail, a fait, en 2015, son mémoire sur le football local, intitulée : « Droit Social et Football Professionnel au Sénégal ». Sa vision sur les pratiques dans le milieu reste pertinente. Pour lui, il faut des sanctions, pour mettre un peu d’ordre dans le football sénégalais.

En attendant, une centaine de jeunes évoluent dans le championnat national sénégalais. Championnat devenu professionnel depuis 2009, il y a maintenant une décennie. Devenu aussi une vitrine qui permet à ses pensionnaires de rejoindre les championnats les plus huppés.

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