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GEOGRAPHIE ET DIPLOMATIE

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Au double plan symbolique et convivial, la diplomatie reprend ses droits. A la faveur du Forum « Paix et Sécurité », le Sénégal devient le lieu de convergence des « petits pas », feutrés de surcroît. Certes il y a un arc de crises qui persiste toujours dans la sous-région. Mais par réalisme, les pouvoirs en place, conscients de leurs limites objectives s’emploient à conjuguer leur efforts pour endiguer à plusieurs le mal pernicieux qui sévit.

Une nouvelle lecture de la géostratégie s’impose. Alpha Condé, mis hors d’état de nuire, la Guinée respire mieux. Les nouvelles autorités de Conakry lavent plus blanc et projettent de réorganiser le pays en fouettant l’imaginaire de la nation autour de valeurs de rédemption, d’angles fédérateurs pour tuer dans l’œuf la médiocrité affligeante qui prévaut. Les Guinéens sont les premiers à vouloir plus de mieux-être, une vie qualitative et des perspectives qui éclairent un lendemain encore enveloppé dans le flou.

Le Mali n’est guère mieux loti. L’enchevêtrement des visions, résultantes d’une perception différenciée des menaces, empêche ce grand pays de sortir du bourbier. Il s’ennuie. Les dissensions politiques le plombent, à quoi s’ajoutent les simagrées d’une armée en déficit de cohérence. Un comble pour la grande muette malienne réputée bavarde. Pensant sortir de ce guêpier, les dirigeants de Bamako voient le piège se refermer sur eux au moment où l’opinion, à force d’agiter le chiffon rouge, constate médusée, la France qui organise le départ de ses troupes de la Force Barcane du Mali dans de très fortes proportions.

Au Burkina et au Niger, de frappantes similitudes risquent de prolonger les facteurs d’instabilité. Manques de moyens, manque de nourriture, inadmissible dans les rangs kaki déployés sur des théâtres d’opération presque pieds et mains liés et jetés en pâture à des terroristes sans foi ni loi. Les tueries à répétition choquent par leur cruauté, leur aveuglement et leur indifférence au sort des populations civiles qui n’ont que leurs maigres jambes pour fuir. Et encore…

Face à ce sort peu enviable, le président nigérien était sorti de sa réserve pour fustiger ceux qui prônent le retrait de la France. Mouhamed Bazoum n’y va par quatre chemins. Face à un public très peu conquis, il y a deux semaines, il ramait à contre courant pour s’exprimer sur un sujet qui fâche : en exigeant le départ des militaires français, qui les remplacerait ? Personne, selon lui, affectant de croire que les pays font appel à la France parce qu’ils ne possèdent pas de puissance de feu. Manifestant un peu de condescendance, le philosophe président estime que la mort de jeunes militaires français devrait susciter plus de compassion et moins de dénigrement.

Pour lui, l’issue est connue d’avance : aucun pays n’est outillé pour riposter aux attaques des bandes organisées. Sans autre forme de procès et en homme expérimenté, il récuse les extrêmes et s’accommode d’une présence militaire française sur le sol ouest-africain. En revanche, son propos de mardi dissèque la genèse de la violence et décortique les ressorts de ce phénomène indescriptible. En comparant des époques, le Président Bazoum relève pour s’en étonner que le modèle de guerre soit le même malgré 50 années de décalage.

Les technologies d’aujourd’hui masquent les carences d’organisation des groupes terroristes alors que les mouvements révolutionnaires brillaient par la qualité des analyses de leurs dirigeants. Le Chef de l’Etat du Niger observe la déconcertante facilité d’accès à des « armements de base » aux groupes criminels. Pour lui, l’épicentre de cette profusion d’armes n’est autre que la Libye qui déverse le trop-plein d’armes vers le Sahel.

L’autre paradoxe incongru à ses yeux est que les armées régulières empruntent souvent les mêmes filières d’acquisition d’armes. Il n’est un secret pour personne que la région souffre. Souvent réduit à sa caricature, le Sahel décline au fil du temps des fragilités qui le transforment en ventre mou d’une zone convoitée pour ses richesses et sa position géostratégique.

Une politique consensuelle ne se dégage pas. Approximations d’un côté, désintérêt de l’autre et une kyrielle de réserves qu’aucune intuition visionnaire ne vient dissiper. Les faiblesses du G5 duquel était exclu le Sénégal (sur une maladroite initiative mauritanienne) ont fini par accoucher d’une gestion prudente de la sécurité. Cette option récusait le sectarisme de Nouakchott vis-à-vis de Dakar. Elle plaidait plutôt le retour dans le giron régional du Sénégal dont le capital d’expérience dans les crises internationale est reconnu et sollicité.

Ecarter le Sénégal était contreproductif et portait même les germes d’affaiblissement d’un G5 en mauvaise posture. D’autant que le Tchad, principal fournisseur de troupes aguerries au combat fait désormais pâle figure depuis la mort tragique de son défunt président Idriss Déby Itno, illico presto remplacé par un fils sans épaisseur ni envergure politiques. Le destin singulier de Ndjaména, bourré de pétrole, se craquelle et avec l’effondrement des cours du baril, la manne se transforme en cauchemar.

Loin de se sentir blessé, le Sénégal joue la carte du temps et se retrouve en bonne posture pour intégrer le commandement du G5. Le changement de démarche avantage Dakar qui marque des points notamment sur les sujets de première importance. Les turbulences, qui font partie de ces préoccupations justement, sont exacerbées par des antagonismes que notre pays tente d’atténuer à l’abri des projecteurs pour plus d’efficience.

De Nouakchott à Bissau en passant par Ouagadougou, Bamako et Niamey une vision partagée commence à éclore en vue de pacifier la sous-région. Le dialogue y prévaut. L’affrontement paraît résiduel. Il faut être deux pour dialoguer quand même. De grandes figures de la paix dans les pays susnommées sont de plus en plus favorables au silence des armes et à l’étouffement de toutes les velléités de violence.

La démocratie gambienne, sur les flancs sud du Sénégal, rassure sur sa maturation et le sens civique des citoyens au lendemain d’un vote à très fort taux de participation, indice d’un emballement démocratique à Banjul. Ce progrès qualitatif enchante le Sénégal qui voit la Gambie comme un partenaire naturel. Entre les deux pays, rien de ce qui se passe dans l’un n’indiffère l’autre. La diplomatie est avant tout une affaire de géographie d’abord…

7 décembre 2021

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