GORGUI FAYE, LA CONSÉCRATION D’UN « MANIAQUE »

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GRAND PRIX DU CHEF DE L’ETAT POUR L’ENSEIGNANT

Gorgui Faye est le vainqueur de l’édition 2018 du Grand prix du chef de l’Etat pour l’enseignant. Le directeur non déchargé succède à Assane Ndiaye, premier lauréat du prix initié en 2017 par le président Macky Sall. Il a reçu son prix doté d’une prime de vingt (20) millions FCFA des mains du chef de l’Etat, à la cérémonie effectuée ce vendredi, 28 décembre, au Grand-Théâtre. Avec 80,21 points/100, le seul homme sur la liste des trois nominés, a damé le pion aux dames, Assyatou Koité et Fatoumata Faty, deux institutrices classées respectivement 2ème et 3ème.

Très fier, le lauréat ne cache pas sa joie. « Ce prix qui entre dans le cadre de la politique de revalorisation de la fonction enseignante, a-t-il réagi, arrive à point nommé. Car étant introduit dans un contexte de crise des valeurs qui faisaient jadis de l’enseignant une référence dans la société. » Il ajoute : « Nous le dédions à tous les enseignants du Sénégal qui se battent chaque jour pour faire reculer les frontières de l’ignorance sans calcul aucun. Nous le recevons avec beaucoup d’humilité au nom de tous ceux qui, chaque jour, armés de leur craie, écrivent patiemment le socle qui bâtit la Nation sénégalaise, je veux nommer les ressources humaines si nécessaires à la construction nationale. »
Directeur d’école non déchargée, Gorgui Faye totalise aujourd’hui 26 ans d’expérience dans l’enseignement. Les témoignages recueillis auprès des autorités académiques, dont l’Inspecteur de l’éducation et de la formation (IEF) de Fatick, le créditent d’un « dévouement indéfectible à la cause de Kobongoye », un village situé dans la commune de Fimela, région de Fatick. Où il a eu à faire un taux de réussite de 100% au Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) pour les sessions de 2016 et 2017.

Un pacte moral avec Kobongoye

Ce pacte moral qui lie Gorgui Faye à son village Kobongoye, son ami d’enfance Ndack Sarr en sait quelque chose. « Je connais l’homme pour avoir grandi avec lui. C’est une amitié de 50 ans, narre ce dernier. Cette distinction qu’il a reçue ne m’a pas surprise du tout. Parce que l’homme s’est sacrifié. C’est un homme dévoué et engagé. Il avait plusieurs possibilités par exemple de venir à Dakar pour occuper des postes de responsabilités mais il a choisi ce métier. Moi qui suis son ami, je lui ai toujours suggéré de quitter son lopin de terre de Kobongoye pour aller dans une autre école. Il me dit toujours qu’il y a quelque chose qui le lie à ce village. Il a une certaine crainte de quitter cette population et de la sevrer des bienfaits car il se comporte comme son sauveur. »

Dans un reportage de la Division de la télévision scolaire et diffusé au cours de la cérémonie, les images montrent Gorgui Faye et ses élèves dans une opération de nettoyage. Ce « maniaque », comme il se décrit lui-même dans le film, ne badine pas avec la propreté. « Dans n’importe quel cadre, chez moi, à l’école ou dans le quartier, je veux voir un environnement propre », dit-il, évoquant en même temps une « éducation à la citoyenneté ».
Et, grâce à l’entregent de Gorgui Faye, l’école et le village dispose d’un bloc administratif fonctionnel, de cinq salles de classe construites en remplacement d’abris provisoires, d’un logement des enseignants, d’un mur de clôture, d’un jardin fruitier d’un hectare, d’une case des tout-petits, d’une case de santé, d’un moulin à mil, d’un stockage de céréales, de cinq puits et d’un atelier de maintenance des installations d’énergie solaire. Tout est parti d’un constat selon lequel, détaille-t-il, « quand je suis arrivé en 1992, j’ai eu faire la remarque que les enfants se collaient au mur les après-midi pour trouver l’ombre. C’est la première chose qui m’a marquée et qui m’a fait mal. C’est comme ça qu’est née l’idée de planter des arbres dans l’établissement. »

Egalement acteur de développement local, il a noué un partenariat « gagnant-gagnant » avec l’association française basée au Nord-Pas-de-Calais, « Jokko ak Saloum ». De 1996, date à laquelle il a été officiellement nommé directeur de l’école de Kobongoye, à 2001, les élèves n’ont pas acheté de cahiers ni de stylos, grâce à ce partenariat. « Impressionnant », s’écrie le public, tout en applaudissant.
Chérif pour les intimes, Gorgui Faye a joué au football avant de s’engager dans une brève carrière d’entraîneur de navétanes à Djoffior. « Côté travail, il est sévère mais côté social, il peut tout tolérer », confie le cercle familial du père de famille polygame.

Son seul défaut…

« Son seul défaut, c’est qu’il travaille trop, il ne sait pas déléguer et il veut tout faire tout seul », confie son ami. Qui ajoute : « Lors de notre dernière entrevue, je lui ai fait remarquer qu’il s’approche de la cinquantaine et qu’il y a des choses qu’il ne peut plus faire. Je lui ai donc dit qu’il n’est plus seulement le Gorgui de Kobongoye mais le Gorgui national. Maintenant, il doit viser haut pour honorer le Sénégal en dehors du Sénégal à l’image du premier lauréat, Assane Ndiaye, qui est sélectionné parmi les 50 nominés de l’édition 2019 du prix mondial de l’enseignant. »
Sur ses activités politiques, l’ami d’enfance de Gorgui Faye indique « qu’il a actuellement suspendu ses activités au sein d’AJ/PADS. Il dit qu’il ne se retrouve plus dans le marxisme. Il a reculé pour mieux sauter et on va le pousser. »


Le vibrant hommage de Macky Sall

Dans son discours, le chef de l’Etat a demandé à la délégation venue de Fatick d’applaudir « son champion ». Un « éducateur émérite, félicite-t-il, dont le dévouement dans sa mission doit être offert en exemple. Votre cursus bâtit dans la persévérance et l’abnégation force le respect. »
Institué par décret n°2017-601 du 24 avril 2017, le Grand prix du chef de l’Etat pour l’enseignant vise, entre autres, selon le président Macky Sall, à « apporter une réponse à la nécessité absolue de restaurer l’enseignant dans son rôle de vecteur de connaissances et de valeurs aptes à conduire notre pays vers le progrès. »
Le chef de l’Etat était entouré du ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam et du président du jury national dudit grand prix par ailleurs ancien ministre de l’Education nationale (sous Abdou Diouf), André Sonko. Qui indique : « Sorti de l’Ecole normale régionale de Bambey, Gorgui Faye a crée l’école du village grâce à ses qualités professionnelles, humaines, morales et managériales, adossées à une volonté de toujours parfaire et élargir ses connaissances. Il est surnommé leader incontesté et incontestable de Kobongoye. »
Accompagnée par la musique des forces armées, la chorale de la maison d’éducation Mariama BA, a joué sa partition en assurant l’animation.

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