Gilles Yabi : « On ne peut pas balayer la question de l’endettement à l’égard de la Chine »

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LA VALISE DIPLOMATIQUE

La question de la dette en Afrique à l’égard de la Chine passée au peigne fin dans « La Valise diplomatique », émission présentée par Bocar Alpha Kane sur iRadio. Invité du deuxième numéro, Gilles Yabi, analyste politique et fondateur du think tank ’’Wathi’’ a réagi suite à la déclaration du ministre chinois des Affaires étrangères lors de sa tournée en début janvier dans quatre (4) pays africains dont le Sénégal, affirmant que « de manière générale, la dette en Afrique est une problématique qui dure depuis longtemps et c’est un produit de l’histoire, elle n’est pas apparue aujourd’hui et encore moins provoquée par la Chine. »

En face, Gilles Yabi invite les Africains à « être extrêmement réalistes, distants des positions des uns et des autres. » Il explique : « La dette en Afrique a une histoire. Dans cette histoire, il y a une réalité importante, disons de ceux qui dominaient la petite communauté internationale sur le plan financier. Et, on sait qu’une grande partie de l’endettement du continent était lié carrément à l’irresponsabilité de beaucoup de ses dirigeants mais aussi à des politiques qui ont été longtemps soutenus par des organisations portées par les Etats-Unis, par l’Occident de manière générale. Donc, avec une responsabilité assez limitée de la Chine. »

Le problème avec la Chine

Cependant, poursuit-il, « on est dans une autre phase depuis deux ou trois décennies avec une économie chinoise qui s’est énormément développée et qui a accru sa présence en Afrique. Et là encore, on ne peut pas balayer du revers de la main la question de l’endettement ou du ré-endettement précisément de certains pays africains à l’égard de la Chine. Pas seulement à l’égard de la Chine parce que la question du ré-endettement, c’est une question qui concerne les Africains d’abord. Et, après que les Etats-Unis ou d’autres s’en servent, c’est une autre question mais on doit s’interroger sur les limites à fixer pour l’endettement et la nécessité de faire très attention aux conditions de cet endettement. »

« Le problème avec la Chine, note-t-il par ailleurs, c’est plutôt le sentiment d’opacité. (Le fait) de ne pas savoir dans beaucoup de pays quel est véritablement le niveau d’endettement à l’égard de la Chine. » Sur ce point, l’analyste fait référence à « l’absence de précisions ». Dans la mesure où, déplore-t-il, « on ne connait pas la contrepartie » des réalisations de la Chine sur le continent. Gilles Yabi qui interpelle les concernés, martèle qu’« au fond, c’est aux Africains de prendre leurs responsabilités, de faire en sorte qu’il y ait la transparence, définir des conditions pour, par exemple, des investissements chinois dans les infrastructures, de s’assurer qu’il y a des contenus en emplois, qu’il y ait du transfert de technologies. » Ce, comme l’a fait la Chine en « développant ses industries et ses compétences à travers le contact avec beaucoup d’entreprises occidentales. »

« Le très grand barrage qui a été construit en Chine par exemple, cite-t-il, il y a de très grandes entreprises européennes notamment suisses, qui étaient très impliquées. Mais lorsque vous discutez avec ceux qui ont travaillé pour ces entreprises, ils vous expliquent comment les Chinois sont extrêmement méticuleux dans leurs négociations dans ce qu’on apporte en termes de savoir faire, etc. Comme ça, (les Chinois) s’assurent que la prochaine fois qu’il y aura un barrage, il y aura beaucoup plus de contenus chinois. Ils n’auront plus besoin d’avoir des partenaires. On doit adopter exactement la même approche. »
Dans ce domaine, décrypte-t-il, « les Africains ont un choix beaucoup plus vaste qu’il ne l’était il y a deux ou trois décennies. On parle aujourd’hui de la Chine, les Américains, la Russie (même si) c’est une relation assez différente (d’autant plus que) la ré-implication de la Russie en Afrique serait beaucoup plus en République centrafricaine pour le moment mais sur des aspects militaires et de ressources stratégiques qui sont importantes mais cela ne se joue pas au même niveau que la relation chinoise avec l’Afrique. » Aussi, renchérit-il, « il ne faut pas oublier qu’il y a, aujourd’hui, la Turquie et d’autres acteurs. On est dans un monde qui est beaucoup plus multipolaire, on a des économies qui émergent et dès que vous avez des économies nationales qui émergent, vous avez aussi des sortes de champions nationaux, qui essaient d’accroître leur présence à l’international. »

Fort de ce fait, Gilles Yabi souligne « qu’il y a un choix plus large de partenaires pour les pays africains. » La question étant, soutient-il, que les Africains aient « une vision très claire de ce qu’ils veulent, en plus d’une stratégie de mise en œuvre » pour que « cela change énormément dans le résultat qui doit être poursuivi par les Africains c’est-à-dire l’amélioration du bien-être collectif des populations. »

Et pour cela, tranche-t-il, « il faut de la recherche. Et pour beaucoup plus de recherche, il faut investir énormément dans l’éducation. Et il faut bien entendu comprendre que des pays africains ne pourront jamais avoir un rapport de force acceptable avec les Etats-Unis ou même un pays comme la Turquie parce qu’on ne joue pas dans la même catégorie. Cela veut dire qu’il faut là encore mettre très clairement dans l’agenda l’intégration. »

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