HERMAN COHEN : « IL FAUT QUE LES AFRICAINS GÈRENT LA PRÉSENCE CHINOISE EN AFRIQUE »

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L’INVITÉ DU JOUR

Ancien Secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines pour les Etats-Unis d’Amérique de 1989 à 1993, Herman Jay Cohen, célèbre pour avoir joué un rôle prépondérant dans l’arrêt de la guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie, était l’invité de la rédaction d’iRadio (90.3 FM) ce lundi 7 janvier 2019. Il est notamment revenu sur la rivalité sino-américaine en affaires, sur l’enjeu que constitue le continent africain à l’heure actuelle et sur la présidentielle en République démocratique du Congo. Ecoutez (ou lisez) "Hank" Cohen, au micro d’Alassane Samba Diop.

Présence accrue de la Chine dans les BTP en Afrique

PRÉSENCE ACCRUE DE LA CHINE EN AFRIQUE

« Quand la Chine a commencé sa grande expansion économique il y a trente ans, elle avait besoin de matières premières et l’Afrique en avait beaucoup à vendre. Ils ont ainsi signé plusieurs accords pour des échanges (matières premières - infrastructures)... »

DANGER POUR LES ÉCONOMIES AFRICAINES

« Ce n’est pas dangereux pour les économies africaines parce que les Africains y gagnent de l’argent et les infrastructures, c’est bien pour l’économie. Le seul danger, c’est qu’au lieu de faire des dons, la Chine fait des prêts. Du coup, il y a un certain nombre de pays africains qui sont très endettés avec la Chine qui refuse d’oublier les dettes. Et ça, c’est très mauvais. La Banque mondiale et le FMI disent : "Nous n’allons pas vous donner de l’argent pour rembourser les Chinois". Dans des pays comme le Gabon ou la République du Congo, la dette envers les Chinois est très élevée. »

L’AFRIQUE, THÉÂTRE DE RIVALITÉ ENTRE CHINE ET USA

D. Trump et J. Bolton, au sommet de l’OTAN à Bruxelles, le 12 juillet 2018.

« Je ne crois pas. Parce que l’Amérique n’a jamais vu la présence chinoise comme une menace pour ses intérêts. Mais je dois dire que récemment le Conseiller auprès du président (Donald) Trump (Président des USA, ndlr), pour des questions de Sécurité, M. (John) Bolton, a dit que nous voyons la Chine en Afrique comme un concurrent et nous allons essayer de leur infliger une défaite. Donc ça veut dire que le président Trump a changé la politique. Avant, nous ne voyions pas la Chine comme un concurrent mais maintenant, oui. »

BENEFIQUE POUR LES PAYS AFRICAINS

« Je ne sais pas. C’est difficile à dire. Pour moi, le problème des Africains, ce n’est pas cette concurrence des grandes puissances mais il faut qu’ils gèrent la présence chinoise. Il faut qu’ils arrêtent certaines pratiques avec la Chine. Par exemple, dans les entreprises, ils refusent de mettre les Africains dans des positions de cadres. Quand les entreprises chinoises terminent les constructions, il y a des ouvriers chinois qui restent en Afrique au lieu de rentrer en Chine. Ils ouvrent des boutiques, importent des produits chinois, et ça, c’est mauvais pour les pays africains parce que leurs produits sont très bon marché et ça empêche de monter des entreprises africaines. Mais ça, ce n’est pas un problème pour les Américains. C’est un problème pour les Africains. C’est à eux de le gérer. »

ELECTION PRÉSIDENTIELLE EN RDC

Mgr Marcel Utembi (pdt Cenco) et ses proches, le 1er janvier à Kinshasa.

« Il parait que le dauphin de Joseph Kabila (candidat sortant) n’a pas gagné. L’église catholique qui a suivi les résultats des élections a déterminé que le candidat du président Kabila est en troisième position mais n’a pas encore dit qui a gagné. C’est clair que si le président Kabila essaie d’imposer son dauphin comme gagnant, il y aura des difficultés. L’Union africaine, les Etats-Unis, l’Union européenne... ont dit au président Kabila d’accepter les vrais résultats des élections et j’espère qu’il va le faire. »

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