Harcèlements et agressions sexuelles : Le Cinéma africain rattrapé par "#MeToo"

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FESPACO

Victime de harcèlements et d’agressions sexuelles lors de tournages en Afrique, l’actrice française Nadège Beausson-Diagne a lancé le mouvement #memepaspeur.

Inspirées par le mouvement #metoo, deux actrices, la Française Nadège Beausson-Diagne et la Burkinabée Azata Soro, présentes au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso, ont accusé jeudi 28 février des cinéastes africains de harcèlement sexuel et d’agressions contre elles. « Il est temps de parler. La peur doit changer de camp », a déclaré Nadège Beausson-Diagne, populaire pour ses rôles dans la série Plus belle la vie et le film Bienvenue chez les Ch’tis, lors d’un entretien avec l’AFP pendant la 26e édition du Fespaco.

« Il y a eu #metoo en Amérique, #balancetonporc en France. En Afrique, personne n’en a encore parlé, mais ce n’est pas parce que ça n’existe pas. C’est là partout, pas que contre les actrices, mais aussi les réalisatrices, les scénaristes, les techniciennes, qui vivent le harcèlement, des agressions sexuelles, des viols », affirme la comédienne de 46 ans. En lançant le mouvement #memepaspeur, elle veut « libérer la parole des femmes » en Afrique.

Harcelée pendant six ans

Comédienne et réalisatrice de 32 ans, Azata Soro dit avoir été agressée et défigurée en 2017 par le réalisateur burkinabé Tahirou Tasséré Ouédraogo lors du tournage d’une série, Le Trône, produite par Orange Studio, en compétition au Fespaco. A la suite d’un incident sur le tournage, « il m’a agressé avec un tesson de bouteille. Il m’a déchiré le visage », raconte-t-elle en larmes. Elle affirme qu’auparavant il l’avait harcelée sexuellement pendant six ans lors de plusieurs productions, lui demandant de le « masser », insistant pour coucher avec elle.

Au procès pour l’agression avec le tesson de bouteille, M. Ouédraogo avait reconnu les faits, demandé pardon, et a été condamné à une peine de prison avec sursis, selon un journaliste de l’AFP présent à l’audience. Il n’a jamais versé de dommages et intérêts à Mme Soro, selon elle. « Tahirou est un monstre », dit-elle. Joint au téléphone par l’AFP, M. Ouédraogo s’est refusé à tout commentaire.

Sans vouloir donner de nom, Nadège Beausson-Diagne explique avoir été victime de harcèlements et d’agressions lors de deux tournages en Afrique, après s’être fait connaître dans un film sélectionné au Fespaco en 2001. Dans la première production, au Burkina Faso, « le producteur a fait venir plusieurs grands réalisateurs qui m’ont draguée lourdement ». « Ils m’ont dit qu’ils avaient la clé de ma chambre d’hôtel. Je ne dormais plus », raconte la comédienne, étouffant des sanglots.

Puis l’agression sexuelle est arrivée

Lors du tournage d’un autre film, qui sera sélectionné au prochain Festival de Cannes, le réalisateur a demandé à la maquilleuse : « Fais en sorte que Nadège couche avec moi, sinon je te vire. » « Avant chaque action, il venait me dire “je t’aime” à l’oreille. Il m’a proposé de l’argent, de m’installer dans une maison, de me faire des enfants, de faire venir ma mère. Sa maîtresse enceinte était présente sur le tournage », précise Mme Beausson-Diagne.

Puis l’agression sexuelle est arrivée. « Pour aller à une réception, je me suis retrouvée seule en voiture avec lui. A un moment, il a tourné pour s’engager dans une forêt, et il a commencé à me toucher. J’ai hurlé, il a arrêté. C’était il y a longtemps, mais la douleur est toujours là. J’invite les jeunes femmes à parler pour se reconstruire. J’invite aussi les institutions à ne plus donner des subventions à ces prédateurs sexuels, qui ne font des films que pour coucher avec des jeunes femmes », explique Nadège Beausson-Diagne.
Lancés fin 2017, le mouvement de libération de la parole des femmes #metoo en Amérique et son équivalent #balancetonporc en France ont éclaboussé les mondes du cinéma, de la mode, des médias et de la politique, conduisant à la chute de nombreuses personnalités.

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