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« IL EST POSSIBLE DE CULTIVER DU BLÉ AU SÉNÉGAL »

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L’actualité économique est fortement dominée par l’augmentation du prix de la baguette du pain qui est passée de 150 à 175 F CFA. Les boulangers, qui viennent d’obtenir gain de cause, justifient cette augmentation par le prix du blé qui ne cesse de grimper sur le marché international. En effet, la quasi-totalité du blé qui entre dans la production de la farine et, partant, du pain, est importée. Pourtant, d’après le Directeur du Centre régional agricole CRA) de l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra) à Saint-Louis, la culture du blé est bien possible au Sénégal. Selon lui, l’Isra a fait des études sur cette production. Pour lui, ce qu’il faut c’est juste de définir un programme cohérent et d’accompagner les producteurs qui acceptent d’ s’y lancer.

Emedia : Est-ce qu’il est possible de cultiver le blé au Sénégal ?
Madiama Cissé : Oui ! C’est tout à fait possible. Nous avons, depuis une dizaine d’années, travaillé à introduire la culture du blé au Sénégal. Cela a abouti à l’homologation de près de 8 variétés de blé. Quatre (04) variétés de blé tendre, c’est-à-dire, celui qui est destiné à la boulangerie pour le pain, et 4 autres variétés de blé dur, destiné à faire tout ce qui est biscuits, couscous marocain, entre autres. C’est effectif. Il y a des variétés qui ont été homologuées. L’Isra a travaillé sur ces variétés et a sorti ses résultats. La culture du blé est parfaitement possible au Sénégal. Il nous faut essayer de faire parti des pays producteurs de blé. Ça traîne. Mais les résultats scientifiques sont là.

EM :Quelles sont les zones où c’est possible de cultiver le blé au Sénégal ?
M.C : Au niveau du centre de recherche agricole de Saint-Louis, la culture du blé est possible durant la saison sèche froide. On a besoin d’un peu de fraîcheur. C’est-à-dire, vers le mois de novembre, décembre voire janvier. C’est dans cette période que l’on a un peu de fraîcheur au niveau du pays. Donc ça peut se faire. L’autre condition, c’est la disponibilité de l’eau. Comme on est en saison sèche, la culture ne peut pas être assujettie à la pluie. Donc, il nous faut la disponibilité de l’eau, ce qui est disponible au niveau de la vallée du fleuve du Sénégal et dans, pratiquement, toute autre zone où il est possible d’avoir la saison que je viens d’évoquer. Il y a également quelques autres conditions relatives au sol que l’on peut toujours étudier. Que ça soient des saisons sèches avec, bien sûr, des températures relativement basses.

EM : Quelle est la suite qui a été donnée aux résultats de recherches effectuées par le CRA de Saint-Louis ?
M.C : On essaie de faire ce que l’on peut. Les résultats sont là. Maintenant, petit à petit, on est en train de passer en milieu paysan en travaillant avec un certain nombre de producteurs. Actuellement, il y a au niveau de la zone de la Vallée du fleuve Sénégal des producteurs avec qui on a travaillé et qu’on a initié à la culture du blé. Mais cela demande beaucoup plus de présence, de soutiens. Il nous faut un très bon programme sur plusieurs années qui va nous permettre d’augmenter le nombre de producteurs qui font la culture du blé. Pratiquement, on importe la totalité de notre consommation de ce produit. Ce qui est cher pour notre balance commerciale. Et selon les risques du marché, parfois, on peut même avoir de l’argent disponible sans pour autant voir du blé à acheter. Le premier réflexe des pays, en cas de tension sur le marché, c’est de faire la rétention de stocks pour leur population. Donc, véritablement, on doit commencer à s’intéresser davantage à la culture du blé. On doit aller vers un programme solide pluriannuel qui doit nous permettre d’avancer dans cette production.

Propos recueillis par Alassane Samba DIOP et
Babacar FALL

14 décembre 2021


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