IL Y A 3 ANS DISPARAISSAIT LE LÉGENDAIRE DIOP LE MAIRE

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RÉTROSPECTIVE

Il y a 3 ans, le 26 mars 2018, disparaissait Mamadou Diop, maire légendaire de la ville de Dakar et pilier de l’histoire politique du Sénégal. Retour sur un parcours hors norme.

Diop-le-maire a marqué la vie politique sénégalaise. Il fut magistrat, avocat général à la Cour suprême, secrétaire général de la Présidence, ministre et maire. Plus d’un demi-siècle d’action au cœur de l’appareil d’Etat et de ses institutions.

Mamadou Diop, c’est aussi une personnalité forte. Un engagement sans faille pour les collectivités locales et les figures qui l’incarnent. À preuve, il n’a pas hésité à sortir de sa retraite pour venir témoigner, à décharge, au procès de Khalifa Sall, qui est son ancien jeune camarade socialiste, un de ses successeurs à la mairie et ex-beau-fils.


UN DEMI SIÈCLE D’ACTION AU CŒUR DE L’ÉTAT

Le colonel Mamadou Diop fait partie de la génération silencieuse. Né entre la grande dépression de 1930 et la seconde guerre mondiale. Le 9 mai 1936. Officier supérieur, il obtint son brevet à l’Ecole nationale des sous-officiers d’active à Saint-Maixent dans la région Poitou-Charentes en France. En 1964, il décroche le diplôme d’état-major. Et passe en même temps son doctorat en droit et en philosophie.

Son arrivée dans les services date de 1956. Il incorpore l’Armée française, détaché au Niger avant de rejoindre l’Algérie. En 1960, il est promu lieutenant. Au mois de novembre de la même année, il rentre au Sénégal, intègre la gendarmerie et est bombardé à la tête de la compagnie du Sine-Saloum. Très vite, il gravit les échelons. Commandant, ensuite colonel. Il abandonne, malgré tout, la tenue.


LÉGENDAIRE MAIRE DE DAKAR

En 1971, il accède aux fonctions de magistrat et occupe le poste d’avocat général à la Cour suprême. Un peu plus tard, les portes du Palais s’ouvrent à lui. En reconnaissance à l’appui de son père, Ousmane Diop Coumba Pathé, farouche lieutenant et homme d’appui de Senghor, il est nommé secrétaire général de la Présidence. Diop sera ensuite tour à tour, ministre aux départements des Travaux publics, du Transport et de l’Urbanisme.
En 1981, au départ de Senghor de la présidence de la République, il intègre le gouvernement de Habib Thiam. Janvier 1984, il est nommé ministre de la Santé publique.

En 1984. Un tournant. Mamadou Diop se lance dans la course aux locales et devient maire de Dakar. Ses amis se souviendront de lui pour son intelligence, sa rigueur et surtout son sens de la dévotion.
"Mamadou Diop était une forte personnalité qui savait être redoutable pour ses adversaires. Il a donné à Dakar un rayonnement international. Il a donné aux fonctions municipales ses lettres de noblesses", témoignait à sa disparition son ancien camarade au Ps Souty Touré, ancien ministre et leader du Parti socialiste authentique.

Pendant 17 ans (1984-2002), Mamadou Diop a fait de la ville de Dakar sa forteresse. Il forme des hommes, et finance des projets. Dans une ville de très grande ampleur où les problèmes sont bien particuliers, il réussit à asseoir une popularité, à nul autre pareil. Ses réalisations, font les gros titres et, même des tubes ("Diop le maire", Afrique Sunu, d’Ismaël Lô)

Il fut pour Dakar ce que Haussmann fut pour Paris. « Ministre des Transports et de l’Équipement, il mène des chantiers à travers le pays. A titre d’exemple, la route Mbacké-Touba, le marché Ocas », déclarait Abdoulaye Wilane, à sa mort. La capitale lui doit aussi l’hôpital Gaspard Camara, les centres de santé Abdoul Aziz Sy des Parcelles Assainies, de Ouakam, de Yoff, des Hlm, de Grand Dakar, l’aménagement des allées Cheikh Sidati Aïdara et Seydou Nourou Tall. Mais aussi, les Parcelles Assainies de Dakar. En reconnaissance, le centre de santé de Liberté 6 extension porte son nom, « Mamadou Diop »

2002, une page se tourne. Mamadou Diop est remplacé par Pape Diop à la Ville de Dakar. Sa dernière mission publique, il la mènera au Conseil économique social et environnement (Cese). Février 2018, une de ses dernières apparitions en public. Diop le maire accepte de témoigner à la barre du tribunal de Dakar. « Khalifa Sall est comme mon fils », disait-il. Un mois plus tard, il disparaissait à l’âge de 82 ans, laissant sa Ville orpheline.

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