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IMPASSES

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Sous nos yeux la politique se dissout. Les dissensions apparaissent au grand jour au sein d’alliances de circonstances. Le naturel revient au galop sur un pauvre échiquier politique truffé de faussaires au jeu sombre. La politique s’épuise. Mais les calculs surgissent des doudounes quand fleurissent les discours aux relents discourtois. Au lendemain des législatives, les résultats une fois connus délimitaient, semble-t-il, des périmètres qui prenaient forme.

Ceux, rares parmi les analystes férus, qui projetaient une rénovation politique, en seront pour leur frais. Une minuscule majorité se dégage. Tout comme une opposition brouillonne tente d’exister. Les incertitudes, aggravées par des vécus calamiteux, préfigurent les petits équilibres qui vont hanter les travées de l’Assemblée nationale dès son installation le 12 septembre.

Certes, l’auguste Chambre recycle des défaites, des colères voire des révoltes sourdes et surtout des frustrations. Elle va surtout cristalliser des signaux faibles et forts à la fois d’une exaspération grosse de risques encourus par notre pays avec l’offre politique actuelle. Existe-elle d’ailleurs ? Ne perdons pas de vue la défiance de l’électeur. En renvoyant presque « dos-à-dos » les grandes familles politiques, les Sénégalais ont voulu traduire le manque de clarté des choix à opérer. La faute à une classe politique toujours pressée d’en découdre, peut-être même empressée avec la prévenance en moins.

Qu’elle que soit son identité, le prochain Premier ministre ne sera ni une surprise ni une curiosité. À moins que… Car le cumul de retard dans sa nomination lui ôte tout effet d’impacter les opinions. Près de huit mois après le vote du Parlement rétablissant le poste de Premier ministre, la vacance est toujours de mise. Quid du crédit ou de la faveur de cette même opinion ! Néanmoins, des chantiers l’attendent. Et les urgences s’accumulent au point de brouiller l’ordonnancement de priorités. De ce seul fait, peu importe les pronostics.

Une immense bataille de rigueur assaisonnée d’habileté politique avantage les prétendants à la solidité éprouvée, dotés de forte personnalité pour résister aux broncas et moins ambitieux pour ne pas faire de l’ombre au… patron. Lequel, pour ce qui le concerne, n’édifie pas encore les Sénégalais sur sa politique d’ensemble. Il reste vrai que le silence est un atout. Mais un silence prolongé s’assimile à un inconvénient dans la mesure où la conjoncture politique actuelle se moque des intentions et des humeurs.

Des paroles pour apaiser, sans doute. Des actes pour rassurer, certainement. Les échéances et les grands rendez-vous politiques passés peuvent éclairer sur la conduite à tenir face aux enjeux à venir. Il n’en reste qu’un en vérité, celui de la présidentielle de février 2024. Comme disait l’autre, « le président aussi doit se remanier… » pour sortir de l’équivoque, agir et non réagir. Car les leviers d’action les plus puissants, c’est lui qui les détient.
Il doit, par ailleurs, combiner hardiesse et panache dans une situation de relative faiblesse. Il a assez ménagé des susceptibilités dont l’importance est somme toute relative.

Des figures de proue ont pâli en cours de chemin, ce qui s’est traduit par une baisse de popularité que reflètent les scores électoraux dans des fiefs connus pour « être des bastions imprenables ». Ils ont été pris, justement… Un vrai coup de poker n’est pas à exclure dans les prochains jours. Sinon la défiance à l’égard de la classe politique risque de s’amplifier en fragilisant davantage la démocratie sénégalaise.

Après avoir bruyamment glosé sur les desseins que les uns et les autres poursuivent, cette même classe politique adopte de façon inattendue un silence abrupt devant des drames qui se déroulent en direct, sous nos yeux. L’Anacim (météo) avait prévenu tout le monde que l’hivernage allait connaître une saison exceptionnelle.

Qu’a-t-on fait ? Pas grand-chose. Le petit doigt, puis l’omerta en priant pour que ces prévisions ne soient un chaos à l’arrivée. Nous y sommes avec une cohorte de malheurs pourtant prévisibles. C’est révoltant, parce qu’il y a eu mort d’homme et de femme. C’est rageant parce que ces catastrophes se répètent autant que se succèdent les plans Orsec.

Or dans cette torpeur, les clivages politiques devraient s’estomper pour ne laisser prospérer que les solutions consensuelles basées sur de solides études menées par l’expertise sénégalaise. Celle-ci est très peu écoutée malgré la récurrence des phénomènes d’inondation. En tous cas elle n’est pas entendue, donc suivie dans les recommandations qu’elle préconise pour vivre les pluies sans crainte ni hantise, encore moins souffrance.

Mieux, cette même expertise sénégalaise qui fait autorité, de surcroît pluridisciplinaire, inclut des mécanismes pour capter ces eaux abondantes, les retraiter, les stocker pour en définitive les réutiliser ultérieurement. Le principe de Lavoisier ne rôde pas dans les couloirs du pouvoir ou des instances de décision. Parce que le compte n’y est pas, le Plan Orsec constitue plus un catalogue de généralités qu’un bréviaire de mesures concrètes, « détaillées et chiffrées ».

Un épais mystère plane sur l’efficacité de l’organisation des secours. Elle pâlit des bruits qui l’environnent chaque saison. Le trop-plein d’intervenants entretient un flou qui se double de douteuses acrobaties financières. Bien malin qui peut dire où passent les milliards injectés dans l’Orsec et le Plan décennal. Avec le recul était-il utile de les créer ou de les maintenir ? Chacune de leurs opérations reprend en les édulcorant de précédentes mesures là où étaient attendues des vraies initiatives à développer dans le « temps et dans l’espace » avec la durée comme horizon.

En attendant cette synthèse salutaire, les populations végètent, errent et pataugent dans des eaux dont le danger s’accroît à mesure qu’elles stagnent. Il y a péril en la demeure. Autrement dit, l’urgence commande de vaincre l’impéritie, ce manque d’aptitude ou de courage à « affronter la réalité » plutôt que de l’édulcorer. Tout aurait été plus simple si la vérité avait été dite sans choquer, sans heurter. Les bas-fonds, les cuvettes, les vallées et les zones de captage sont inaptes à l’habitat. Le tout béton a désorienté les pistes de ruissellement des eaux de pluie.
Quel outrage à la Nature ! Les politiques, avec la complaisance de certains segments techniques, ont compliqué la tâche. Il y a mieux à faire.

Par Mamadou NDIAYE

6 septembre 2022


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