« IN MEDIO STAT VIRTUS » (Par DR Khadim NGOM)

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CONTRIBUTION

Le Sénégal comme le reste du monde est à l’épreuve du SARS COV2 depuis le 02 mars 2020.Actuellement le nombre de cas confirmés, et surtout le nombre de décès, augmentent de manière significative et exponentielle.
Cependant, il ne faudrait surtout pas céder à la panique ou totalement remettre en cause tout ce qu’on avait fait de bon depuis le début.
La peur est causée par notre imaginaire, le réel est son antidote. La panique est comme une loupe, elle a la détestable habitude de tout grossir.

Si nous faisons le comparatif avec le reste de l’Afrique, le Sénégal n’est pas mal loti avec à la date du 10 mai 2020 : 1709 cas confirmés, 18 décès, 7 cas graves, comparativement aux autres pays du continent :
- Nigéria : 4151 cas confirmés, 128 décès ;
- Côte d’Ivoire : 1667 cas confirmés, 21 décès ;
- Maroc : 5910 cas confirmés, 186 décès ;
- Burkina Faso : 748 cas confirmés, 48 décès ;
- Cameroun : 2274 cas confirmés, 108 décès ;
- Afrique du Sud : 9420 cas confirmés, 186 décès.

J’entends çà et là des voix discordantes tendant à banaliser l’impact que l’épidémie peut avoir dans nos pays, mais il serait suicidaire d’adopter cette posture. L’habitude n’est pas la seconde, mais la seule nature du plus grand nombre des hommes.

Il faut corriger le moins bon et éviter de verser dans l’émotionnel au risque de tomber dans une désobéissance civile dangereuse pour nos systèmes politiques, économiques et surtout sanitaires.

Les prévisions sur nos attitudes respectives et sur ce que vont faire les autres sont des éléments essentiels, constituant la force et en même temps le point faible de l’équilibre de Nash. Je plaide pour une réflexion et une position d’équilibre sur les différents facteurs entrant en jeu dans la gestion de cette épidémie avec la prise en compte de son impact désastreux sur les plans socio-économiques, tout en veillant à ne pas tomber dans des conclusions hâtives et réductrices sur le plan sanitaire.

L’heure est plus que jamais venue de se retrousser les manches pour continuer à se tenir debout.

Je pense qu’il faut apporter des critiques constructives sur le plan de riposte, en évitant de fragiliser les structures en place car cela pourrait nous coûter à tous, très cher.

Je propose :

- La généralisation effective du port de masques partout et tout le temps en s’appuyant sur les collectivités locales pour la fourniture de tissus, d’espaces de travail, et en mettant à contribution les tailleurs et couturiers disséminés à travers le pays.
- L’augmentation du nombre de tests dans la mesure de nos possibilités, dans l’entourage des cas positifs qu’il faut continuer à isoler et à traiter.
- La prospection d’autres sites extra hospitaliers pour la surveillance des cas asymptomatiques et paucisymptomatiques.
- La mise à contribution de la médecine privée avec un « upgrading » des lits d’usc et d’usic pour la gestion des cas intermédiaires, ou la constitution d’un circuit propre pour la prise en charge des patients non COVID.
- Accentuer la protection de nos soignants : nos systèmes de santé fragiles ne peuvent se permettre de perdre des soignants (surtout dans les centres non covid et les services des urgences car le risque de contamination y est plus élevé).
- Mettre à contribution tous les relais potentiels et tous les leaders d’opinion : chefs religieux, chefs coutumiers, imams, chefs de quartiers, badienou gokh, Mbotaay, asc, dahira etc.... pour relayer les informations sur la sensibilisation et la mise en œuvre des directives du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale.
- Amorcer un processus d’allégement des mesures coercitives en faisant appel au sens patriotique et à la responsabilité de nos concitoyens.
- Autoriser et encadrer le rapatriement des dépouilles de nos vaillants soldats tombés à l’étranger par devoir de reconnaissance de l’État vis-à-vis d’un pan important de notre société qui n’a jamais ménagé aucun effort pour participer à la vie de la nation.
- Présenter un plan de reprise de l’activité scolaire avec le respect de la distanciation sociale, avec par exemple un système de double flux au début.
- Ouvrir progressivement des mosquées, des églises et des autres lieux de culte sur présentation d’un cahier des charges à respecter garanti par l’imam et l’autorité locale sur la distanciation physique, les règles d’hygiène et le port de masques, en commençant avec les prières du vendredi ainsi qu’encourager les khutba orientées vers la pandémie.
- Permettre la reprise d’une activité économique en allongeant le temps de travail et la réduction du couvre-feu de 22 h à 5 h. Demander aux entreprises de faire des protocoles internes pour le respect des mesures barrières.
- Pour l’économie informelle, jeter les bases d’une formalisation effective. En effet, cette pratique illégale constitue le cœur du mal de notre économie mais peut constituer un atout majeur moyennant une bonne structuration.

Profiter de la crise pour une immatriculation gratuite sous forme de sociétés unipersonnelles accompagnée d’une aide financière ; ou à contrario une répression délictuelle pour les récalcitrants. Il faudrait mettre à contribution la Direction de l’entrepreneuriat rapide et le Secrétariat d’Etat à la microfinance.

Dans cette épreuve, la remise en cause perpétuelle et la flexibilité doivent nous guider. L’humilité pour nos dirigeants d’écouter le peuple et la tenue d’un langage de vérité par la transparence de la communication sont plus que jamais nécessaires.

Le devoir et l’obligation de jouer pleinement notre partition dans la citoyenneté, la responsabilité individuelle et collective sont la clef de la réussite de notre plan de résilience. « Le but d’une vie ne peut être que d’accroître la somme de liberté et de responsabilité qui est dans chaque homme et dans le monde » (Albert Camus, Le pari de notre génération, 1957).

Avec ce virus il faut prévoir le pire, espérer le meilleur et prendre ce qui vient.

Ce grand peuple du SÉNÉGAL, par son abnégation et sa capacité de résilience et de résistance va sûrement s’en sortir encore plus fort par la Grâce du tout PUISSANT ainsi que la BARAKA et l’inspiration de nos pères fondateurs.

Bordeaux le 10 mai 2020
Dr Khadim Ngom

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