INCENDIE D’UNE MATERNITÉ À LINGUÈRE, À QUI FAUTE ?

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CONTRIBUTION

Ce texte n’est pas fait pour pointer le doigt sur une personne fautive mais sur un système défaillant.

A chaque drame au Sénégal lié à ce qui tourne autour de l’habitat, de l’aménagement ou des infrastructures, un pincement au cœur m’assaille.
Les drames humains peuvent être fortement réduits si nos ministères prenaient à bras le corps certains problématiques de règlementations et de normalisations dans notre cher pays.

A chaque drame, après l’émotion et la tristesse, tous les débats ne tournent qu’autour de l’aspect « faits divers » et politique.
Rarement je vois de débats de fonds où les journalistes se tournent vers des techniciens, des scientifiques pour parler de l’aspect le plus important : LA CURE.

La première véritable question que l’on doit se poser est : comment faire pour que cela ne se reproduise pas ?
Je vais parler un peu technique.
Les établissements de santé font partie des ERP (Etablissement Recevant du Public) de type U.

Dans le cas de la maternité de Linguère, je pense que c’est une 5e catégorie.
Cela signifie :
⇒ ERP : Etablissement recevant du public
⇒ Type U : Etablissement de soins (d’autres établissements en font partie mais ce n’est pas le sujet)
⇒ 5e catégorie : Moins de 100 personnes (consultants, lits de jour et visiteurs) et moins de 20 lits d’hospitalisation
A partir de là, chaque détail de la construction du bâtiment est normalisé.
-  La structure qui doit respecter une stabilité au feu d’1h aux planchers de coupe-feu 1h,
-  Des accès de secours avec des codes respectant une accessibilité facile de l’extérieur aux secours et aux pompiers,
-  Des dégagements avec un nombre et une largeur mini selon le nombre de personnes pouvant les prendre en cas d’urgence et de danger,
-  Des conduits et des gaines avec un degré de coupe-feu bien établi surtout quand ils relient plusieurs étages,
-  Le nombre d’extincteurs suivant l’architecture du bâtiment, le désenfumage et beaucoup d’autres éléments à prendre en compte.
-  Sans compter les normes qui doivent régir le matériel utilisé dans les locaux après construction.

Je ne suis pas entrain de donner un cours mais juste de faire comprendre que la construction d’un établissement de soin est régie par des règles extrêmement strictes.

Et c’est là que je vais parler du système défaillant.
Dans le cas qui nous intéresse, et je demande aux journalistes de poser les questions suivantes :

Qui a fait les plans du bâtiment ? quel bureau de contrôle l’a validé ? quel ministère est chargé du suivi du respect des normes régissant les ERP ? le Maître d’œuvre avait-il connaissance de tout cela ? y a-t-il eu une collaboration avec les pompiers pour s’assurer d’une rapidité de prise en charge en cas d’incendie ?

Et même si tout cela a été bien fait, y a-t-il eu un suivi dans le temps pour s’assurer de la bonne maintenance du bâtiment et du matériel utilisé dans les locaux ?

Si vous avez lu jusque-là, vous vous rendrez compte qu’il y a tout un processus défaillant, tout un système à revoir.
Il ne s’agit pas seulement de l’indiscipline d’une personne, c’est beaucoup plus complexe.

Plusieurs ministères sont en cause dans cette affaire dont ceux des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, de la Santé et de l’action Sociale, des Collectivités Territoriales, du Développement et de l’Aménagement des Territoires, de l’Équité sociale et territoriale, de l’Emploi, de la formation professionnelle de l’Apprentissage et de l’Insertion.
Quand je vous disais que c’est tout un système défaillant.

Il nous faut des ministères qui collaborent étroitement dans certaines situations comme la construction des établissements de santé, des aéroports, des gares, bref des bâtiments stratégiques qui doivent coûte que coûte rester debout même en cas de guerre.
Il faut un réveil citoyen collectif au Sénégal, sans pour autant mêler la politique dedans.

Des conseillers scientifiques respectés et écoutés au sein d’un gouvernement sont indispensables. Une continuité scientifique de l’état est primordiale car un pays ne se construit pas en 1 ou 2 mandats.
Une vision du développement des sciences sur une cinquantaine d’années (sans exagérer) pour rattraper un peu les pays riches n’est pas un rêve mais une nécessité vu la démographie de nos pays.
Assalam

Mandiaye Diallo
Ingénieur structures
Expert Building Information Modeling

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