INVESTITURE : JOE BIDEN, L’HOMME QUI NOURRIT L’ESPOIR

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USA

Exit Trump. Élu 46e président des États-Unis, Joseph Robinette Biden Jr., de son vrai nom, prend fonction aujourd’hui. Il prêtera serment, sur la Bible familiale, ce mercredi, 20 janvier, auprès de sa numéro 2 Kamala Harris. Mais sans Donald Trump, qui quittera Washington à l’aube. L’ex-vice-président (de Barack Obama) de 2008 à 2016 n’aura patienté que quatre ans le temps d’un mandat de son prédécesseur et ex-challenger pour marquer le retour des Démocrates à la Maison Blanche. L’entrant est le président le plus plébiscité, battant le record détenu en 2008 par un certain Barack Obama. Avec un taux de participation record, Joe Biden a recueilli plus de 80 millions de voix contre 74 millions pour Trump, à la présidentielle américaine 2020. Barack Obama avait quant à lui obtenu 69 millions de votes, en 2008. Biden est le président élu le plus âgé, il avait 77 ans et 352 jours lors de son élection, en novembre 2020. Ce, alors que l’âge moyen d’accession au pouvoir, aux USA, est de 54 ans et 11 mois. Mais il nourrit l’espoir. Emedia revient sur l’itinéraire d’un miraculé.

Ses dates-clés

1942. Naissance, le 20 novembre, à Scranton (Pennsylvanie). Sa grand-mère paternelle, Mary Elizabeth Biden (née Robinette), descend de huguenots français ayant émigré en Angleterre puis en Pennsylvanie.

1968. Diplômé en histoire, en science politique et en droit, il commence une carrière juridique à Wilmington (Delaware).

1972. Son épouse Neilia, et sa fille Naomi Christina, âgée de treize mois, sont tuées dans un accident de voiture.

1973. Élu au Sénat sous l’étiquette du parti démocrate pour l’État du Delaware jusqu’en 2009.

1987. Préside le comité judiciaire et criminel du Sénat, jusqu’en 1995.

2001. Préside le comité des affaires étrangères du Sénat, réélu en 2009.

2008. Vice-président des États-Unis, jusqu’en 2016.

2015. Son fils aîné, Beau Biden, meurt d’un cancer du cerveau.

2020. Il est élu 46e président des États-Unis.

Dans les détails de son parcours se cache des histoires poignantes d’un miraculé qui aurait pu tout lâcher surtout après les drames qui l’ont frappé. Marié depuis 1966 et déjà père de trois enfants, il apprend, au téléphone, que sa femme et sa fille viennent de mourir dans un accident de voiture. Ses deux fils, Beau et Hunter, ont survécu mais sont grièvement blessés.
Un choc qui survient alors que le successeur de Trump était déjà en plein succès. En effet, il est élu sénateur, à 29 ans, détrônant à la surprise générale le vétéran J. Caleb Boggs. Avant de s’installer au Congrès, avec sa sœur venue lui prêter main-forte.

Soutenu par ses amis, il tient, faisant preuve d’une incroyable capacité de rebond. "L’échec est inévitable dans la vie, mais abandonner, c’est impardonnable", relèvera-t-il, d’ailleurs, en 2008, dans son discours à la Convention démocrate, à la veille du sacre de Barack Obama.

Cinq années après l’accident tragique, Joe Biden se remarie avec Jill Tracy Jacobs avec qui il a une fille, Ashley. Joe Biden écrit dans ses mémoires que Jill Tracy Jacobs "lui a redonné la vie". Mais en 2015, Joe Biden perd un second enfant : son fils Beau est emporté, à 46 ans, d’un cancer au cerveau. Cet évènement dramatique le poussera à soutenir l’Obamacare, la loi sur la couverture médicale aux États-Unis.

Première épreuve à surmonter, son bégaiement

Tout petit déjà, il a dû mener un premier combat certes de moindre envergure mais qui constituait un handicap : son bégaiement qui lui a mené la vie dure durant toute sa scolarité, attisant brimades et critiques et provoquant sa ’’rage’’ et sa ’’honte’’.

Sa sœur, Valérie, a toujours été persuadée du caractère « formateur » de ce handicap. « Joe savait ce que c’était d’être différent et cible de moqueries », explique-t-elle. Une lutte que le Démocrate a évoqué à plusieurs reprises lors de sa course à la présidentielle. « J’ai travaillé toute ma vie pour vaincre le bégaiement et je suis fier d’inspirer des enfants qui passent également par là. Cela s’appelle l’empathie », avait-il rétorqué à Sarah Sanders, lorsque l’ex-porte-parole de la Maison Blanche s’était moquée de sa diction parfois ’’hésitante’’ et ’’saccadée’’.

Un vécu douloureux qui inspire sans doute confiance et qui nourrit l’espoir. « C’est le gars avec qui tu irais prendre une bière, tu te sens écouté, il transmet une incroyable empathie », raconte Charles-Philippe David, professeur en relations internationales à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Pour Evan Osmos, auteur d’une biographie de Biden, « il apporte une touche d’authenticité qui est rare dans la profession ».

« Au fil des ans, sachant ce que j’ai dû affronter, j’ai constaté que des dizaines, sinon des centaines de personnes sont venues vers moi pour chercher du réconfort », dit-il avec le recul.

Avec ses airs de papy sortant de sa gym, et son sourire irrésistible, Joe Biden est capable aussi de boulettes : comme lorsqu’en 2012, oubliant qu’il était aux affaires depuis 2008, il lâcha : « La classe moyenne a été lessivée ces quatre dernières années. » A Vladimir Poutine, en 2011, ne s’est-il pas permis de dire en face : « Monsieur le Premier ministre, j’ai beau scruter votre regard, je ne pense pas que vous ayez une âme » ? « Nous nous comprenons tous les deux », lui aurait répondu le maître du Kremlin. D’où son surnom, « Joe Bombs », au sein de l’équipe d’Obama.

Quelle place pour l’Afrique ?

Aujourd’hui, dans ses bagages, il apporte un carnet d’adresses international impressionnant qu’il s’est fait durant ses 36 ans au Sénat, où il a dirigé la Commission des Affaires étrangères, et en visitant l’Europe de l’Est, dès les années 1970, et cultivant un réseau et une connaissance des dossiers qui furent très utiles au jeune Obama à peine élu.

Par ailleurs, à l’opposé de son prédécesseur qui en, quatre ans, de mandat n’avait fait aucun déplacement en Afrique, l’élu veut renouer les liens avec ses homologues africains. D’ailleurs, il a promis d’organiser un sommet de chefs d’État africains, comme l’avait fait Barack Obama en 2014.

"Reconstruire l’Amérique"

Élu président américain, de nombreux défis l’attendent. Concernant la crise sanitaire, il a déjà dévoilé, jeudi 14 janvier, un projet de plan de relance de 1 900 milliards de dollars pour compenser les dégâts économiques, et accélérer la lutte contre l’épidémie aux États-Unis, pays le plus touché au monde, avec plus de 400 mille décès. Le plan est censé sortir les États-Unis de leur pire crise depuis les années 30.

Face à l’ampleur de la crise économique, « on ne peut pas se permettre de rester les bras croisés », a-t-il défendu, en présentant, depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware, ce paquet d’aides, baptisé « plan de sauvegarde ».

Par ailleurs, il s’est fixé 100 jours pour que la majorité des écoliers reprenne le chemin de l’école, permettant à leurs parents de retourner au travail.

Au passage, il reprend à son compte le « Made in America » cher à Donald Trump.

Joe Biden sera investi au lendemain des violences au Capitole. D’ailleurs, des milliers de soldats de la Garde nationale ont déjà été déployés, et ils seront jusqu’à 25 000 mercredi, dans la capitale, pour protéger une large « zone rouge » allant du Capitole, où Kamala Harris et lui prêteront serment, à la Maison-Blanche. Le thème retenu est : « L’Amérique unie ». Il s’agit, tout en œuvrant à freiner le coronavirus, de réconcilier l’Amérique avec elle-même après les profondes déchirures aggravées par les années Trump dont les tensions raciales. "I can’t breathe", agonisait Georges Floyd.

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