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« J’AI DÉPENSÉ PLUS DE 7 MILLIONS FCFA SUR FONDS PROPRES »

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Ayant grandi au Sénégal son pays de naissance, Oumar Diaw Seck a commencé son art à Sorano avant de rallier le pays de l’oncle Sam en 1996, où il a vécu plus de 25 ans. De retour au Sénégal, il a initié un concept « Sargal Ndananou Sénégal », un hommage à deux illustres icônes du monde de l’Art et de la Culture, à savoir Adja Khar Mbaye et El Hadji Mansour Mbaye. Il a organisé une soirée d’hommage le samedi le 2 juillet. Ce fut une occasion pour faire le bilan de l’activité.

Pourquoi avez-vous initié un tel concept ?
Nous avons beaucoup de références dans ce pays qu’on doit montrer en exemple. El Hadj Mansour Mbaye et Adja Khar Mbaye font partie de ces dernières. C’est normal qu’on les hisse au plus haut niveau pour montrer à la jeune génération que ces deux icônes sont des modèles. C’est une manière de les conscientiser.

Quel bilan tirez-vous de cette première édition ?
Je peux dire que dans l’ensemble, c’est un bilan positif. Au niveau de l’organisation de mon côté, il n’y a aucune faille. Je suis un artiste compositeur, un metteur en scène, chorégraphe, promoteur culturel et historien. Je maîtrise bien mon domaine. J’ai proposé un spectacle de très haute facture qu’on peut présenter dans n’importe quelle scène dans le monde, car c’était riche en contenu. J’ai regroupé l’ensemble des divas de la musique sénégalaise de toutes les générations, Kiné Lam, Fatou Gueweul, Fatou Laobé, Khady, Mboup, Boussou Seck, Dior Mbaye. Les doyennes de l’ensemble lyrique traditionnel, le ballet national etc. Durant cette nuit, j’ai fait ramener l’authenticité dans les tenues, puisque depuis 1989, l’ensemble lyrique n’a pas porté de tissus en wax. C’était un « wonderful » show comme disent les américains.

Le spectacle était certes grandiose, mais le public n’était pas au rendez-vous. Qu’est-ce qui explique cela ?
De mon côté, j’ai fait tout ce je devais faire. Maintenant, je ne maîtrise pas les raisons pour lesquelles le public ne s’est pas déplacé en masse. Je peux dire que c’est à cause des préparatifs de la fête de la tabaski. J’étais quand même déçu au regard des conditions dans lesquelles j’ai organisé cet évènement. Mais après, je me suis dit que ce n’était pas évident. Ce n’était pas possible de le faire après la fête. Parce qu’il y a les élections législatives qui se profilent à l’horizon. Comme c’est une première édition, je ne peux que rendre grâce à Dieu. C’est une réussite pour moi parce que j’en ai beaucoup appris. À travers cette manifestation, je sais qui et qui et qui fait quoi.

Vous n’êtes pas un peu déçu de l’absence des membres du gouvernement alors que vous vous réclamez de la mouvance présidentielle ?
À vrai dire, je le suis. Je suis le président de la commission du média fédéral de l’Apr aux Usa. J’ai une radio qui s’appelle « Pencum rewmi ». Je parle des réalisations du chef de l’État, Macky Sall. Je ne suis pas content de l’absence des membres du gouvernement. Je les avais invités. Donc, ne serait-ce qu’en guise de reconnaissance, pas pour de l’argent, certains parmi eux devraient honorer de leur présence à cet évènement. Je ne parle pas de moi mais, pour les deux icônes qu’on fêtait. En réalité, ce sont les autorités qui devaient même les célébrer, les honorer.

Donc vous n’avez reçu aucun appui financier ?
Le ministre de la jeunesse, Néné Fatoumata Tall m’a remis un montant d’un million de Fcfa. Elle est d’ailleurs la seule, dans le gouvernement, à m’avoir appuyé financièrement. Je n’ai reçu aucun centime émanant du ministère de la culture. J’ai organisé cet évènement sur fonds propres. J’ai eu quelques difficultés pour obtenir la salle parce que certaines ont voulu me mettre les bâtons dans les roues. Alors que moi je ne demandais aucune faveur. J’ai payé la salle, j’ai même payé certains artistes. Fatou Gueweul, Khady Mboup, Fatou Laobé, ont joué gratuitement. Kiné Lam m’avait réclamé un cachet de 500 mille francs Cfa. Mais on était finalement d’accord sur 400 mille francs Cfa et elle devait chanter deux titres. Je lui ai fait une avance de 200 000. Elle n’a chanté qu’un seul titre donc, je pense qu’on est à quitte.

Qu’est ce qui explique l’absence de Khar Mbaye et de Mansour Mbaye à la soirée ?
Mère Khar Mbaye avait piqué une crise le samedi après-midi. Je l’ai eu au téléphone, elle a pleuré de tout son corps. Tonton Mansour a tout fait pour la réussite de cette nuit, mais Dieu en a décidé autrement. Je ne peux que les remercier, le fait qu’ils acceptent que j’organise cet évènement à leur honneur me suffit largement. Leurs familles respectives se sont fortement mobilisées pour rehausser l’événement.

Combien avez-vous dépensé pour l’organisation de l’évènement ?
J’ai dépensé plus de 7 millions FCFA pour le spectacle. C’est sur fonds propre. Je vous le répète, seul le ministre Nené Fatoumata Tall m’a remis 1 million FCFA. Je n’ai rien reçu du couple présidentiel. Je ne les avais pas choisis comme parrain pour de l’argent. Je les ai choisis parce que je fais partie de l’Apr.

On dirait que vous faites partie des frustrés de l’Apr ?
Of course ! Je suis frustré et déçu. Je ne suis pas le seul. Je n’attends rien d’eux. Je suis un artiste et je vis bien de mon art. Je suis un fils de millionnaire. Mon père faisait partie des premiers transporteurs du Sénégal. Donc, je ne suis pas un arriviste.

J’espère que vous n’êtes pas découragé et que vous allez organiser la deuxième édition ?
Je ne suis pas découragé. Je suis dans les perspectives. L’année prochaine, je compte rendre hommage à El Boucounta Ndiaye et à Mère Khady Diouf. Cette dernière fait partie des doyennes de Sorano. Le parrain et la marraine ne changeront pas. Je vais encore porter le choix sur le couple présidentiel. Parce que moi, l’argent ne m’intéresse pas : j’ai mon travail. Je suis un passionné et un amoureux de l’art. Et des personnalités culturelles qui ont servi leur pays méritent d’être honorées, surtout de leur vivant. Tant que le bon Dieu m’accorde la vie je vais organiser ce « Sargal », que les gens me soutiennent ou pas. Car c’est une manière pour moi aussi de marquer ma partition au rayonnement de la culture sénégalaise.

Adama Aïdara KANDÉ

6 juillet 2022


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