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« J’AI TOUJOURS RÊVÉ DE JOUER POUR LE SÉNÉGAL »

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Il a 22 ans et il va découvrir son troisième pays. Dans le jargon du footballeur pro, ce n’est pas encore un globe-trotter mais il a déjà de quoi remplir les pages de ses deux ou trois passeports. Noah Fadiga, c’est le fils d’une légende du football sénégalais, qui a pris le pari de créer sa voie et d’exister à l’ombre du pater, Khalilou. Le nouveau joueur du Stade Brestois, qui a fait ses débuts en Ligue 1 française, face à Lens, avant d’être freiné par une entorse sévère, nous parle dans cet entretien exclusif, de ses rêves, de ses défis, de son parcours, un peu de son papa mais également de ses passeports. Un entretien à suivre sur iTv, ce vendredi à 16h30.

Noah, à 22 ans, vous engagez un tournant majeur dans votre carrière. Vous allez découvrir la Ligue 1 française. Qu’est-ce qui justifie ce choix ? Comment êtes-vous arrivé à Brest ?

J’ai eu une conversation avec le manager sportif, l’entraîneur et tous ceux qui gravitent autour. C’est la première chose qui est très importante, pour moi. Ça, c’est une chose. Puis, la deuxième chose, comme vous dites, la Ligue 1, c’est dans le top 5 des compétitions dans le monde.

Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés, sur un plan personnel d’abord et sur un plan collectif avec Brest ?

Personnellement, comme je suis appelé dans un championnat qui est dur et qui y a beaucoup de qualité, en tant que jeune joueur, ce n’est pas facile et ça demande d’avoir le niveau du championnat. Pour moi, c’est devenir un joueur plus complet, être titulaire chaque week-end et m’améliorer. C’est surtout ça et d’être bon sur le terrain week-end après week-end.

Vous arrivez dans un pays et un championnat où votre père, Khalilou Fadiga, a évolué avec brio. Cela ne risque pas de vous mettre un peu trop la pression ?

Non. Absolument pas. On n’a pas les mêmes pieds. On n’a pas le même poste, pas du tout la même morphologie. Tout est différent. Donc, c’est difficile à comparer. Pour moi, c’est un nom.

Ne craignez-vous pas d’être vu, scruté, observé comme un fils de ?

Les dernières années pas du tout. Comme je l’ai dit, il n’y a rien de similaire avec mon père. Ça, c’est une chose. Après, récemment, je suis devenu latéral droit avant j’étais ailier gauche, un poste que mon père a assez joué pendant sa carrière. Là, tu avais plus de pression puisque quand j’étais petit je jouais le même poste que mon père. Maintenant que je suis en train de franchir des étapes, ce n’est plus le cas.

Justement, votre papa a plutôt été connu comme un joueur offensif, gaucher, porté vers le but adverse, la création d’occasions… Vous, vous évoluez comme défenseur, droitier. Était-ce pour vous départir un peu de ce poids de la comparaison ?

Pour moi, droitier ou gaucher, c’est une chose qu’on ne peut pas changer. Après, pour la pression, je vais être honnête, c’était plus facile pour moi d’aller jouer au golf, au basket si j’avais peur de la pression que les gens me mettaient. Donc je n’ai sûrement pas peur de ça. Je suis quelqu’un qui est solide dans la tête. La pression ne m’atteint pas. Sinon, je n’aurai pas joué au foot.

Votre papa disait que son pied droit ne lui servait qu’à monter dans le bus. Rassurez-nous, vous votre pied gauche vous sert pour bien plus que ça sur un terrain ?

(Il rigole) Beaucoup plus oui. Sur ça, il y a une différence avec mon père. Moi, je ne dis pas que mon pied gauche ne me sert que pour monter dans le bus. J’arrive à jouer avec.

Qu’avez-vous pris de lui, en termes de qualités footballistiques ?

Ma technique de jeu, c’est surtout ça que j’ai appris de mon père. Après, il y a beaucoup de différences, c’est donc un peu difficile de toujours répondre à cette question.

Et quelles sont vos autres qualités principales, que le public de Ligue 1 devrait découvrir cette saison ?

Je suis un latéral qui aime jouer offensif. Très offensif même. Sans oublier que je suis défenseur, ma première tâche mais si tu peux apporter l’offensif aussi, en ce moment c’est très recherché. J’essaie de pouvoir faire les deux et je crois que je suis capable de faire les deux. Je suis rapide. Puis, j’aime aller vers l’avant, j’aime même aller en un contre un, ça ne me dérange pas du tout.

La qualité de centre ? Pour encore faire le rapprochement avec le pater, qui lui était incroyable sur ce plan…

Oui, la qualité de centre est aussi présente. C’est très important d’ailleurs pour un tel poste et surtout avec les latéraux modernes utilisés comme des éléments offensifs supplémentaires.

Quels sont les joueurs qui vous ont fait (qui vous font) rêver ?

C’est surtout les joueurs qui sont offensifs comme moi. Les latéraux offensifs comme Walter, Trent Alexander Arnold, Marcelo, que j’aime suivre et regarder dans les moindres détails.

En Ligue 1, vous affronterez l’équipe que supporte votre père : le PSG et toutes ses stars. Est-ce un match que vous avez déjà coché dans votre agenda ?

Le PSG surtout avec l’équipe qu’ils ont, c’est normal d’avoir hâte de jouer ce match, de jouer contre des joueurs d’un tel niveau. Après, je suis un joueur qui n’aime pas hâter les choses, voir trop loin, me projeter dans le futur. C’est important, pour moi, de préparer chaque match. Mais quand ce week-end va venir, j’aurai hâte de jouer ce match.

Vous présentez également la particularité de pouvoir évoluer pour au moins deux pays : la Belgique, votre pays de naissance, et le Sénégal, celui de votre père. A 22 ans, on imagine que le choix vous a causé plusieurs nuits blanches… Aujourd’hui, l’avez-vous acté, ce choix ?

Il y a eu beaucoup de nuits blanches oui, en effet. Pour la première fois en fait j’ose le dire. J’ai toujours rêvé de jouer pour le Sénégal. Tous mes proches le savent. J’ai toujours été réservé quand on me posait la question surtout quand ce sont des gens qui ne sont pas de ma famille ou mes proches. Mais dans mon cœur, je le savais déjà. C’est la première fois que j’ose dire que mon but, mon rêve, c’est de jouer pour mon pays. Et mon pays, c’est le Sénégal.

Si vous en parlez maintenant, c’est parce que vous vous sentez prêt à faire le grand saut ?

Je viens de franchir une étape, d’atteindre un certain niveau. Aussi, j’ai 22 ans maintenant. Je dis ce que je pense et ce que je ressens.

Est-ce que vous avez appris à connaître le Sénégal ?

Je viens régulièrement au pays, pendant chaque vacances d’été. Je joue au foot, je ne peux pas être là 12 mois sur 12 mais on a la maison au Sénégal. Il n’y a pas une année que j’ai ratée depuis ma naissance. Pour moi, il n’y a pas de différence entre la Belgique (son pays de naissance, ndlr) et le Sénégal. Le Sénégal, c’est la maison.

Avez-vous été contacté par les responsables du football sénégalais, pour vous inviter à jouer avec les équipes nationales de jeunes ou A du Sénégal ?

Non, pas encore.

Est-ce un sujet que vous évoquez avec votre papa ?

Ces derniers temps, oui. Ça nous arrive d’échanger sur ça.

Quel regard portez-vous sur le football sénégalais ?

On est les champions d’Afrique. Pour moi, c’est le pays où il y a plus de talents en Afrique, des joueurs comme Sadio Mané, Édouard Mendy, Kalidou Koulibaly... Dans le plus haut niveau, il y a beaucoup de Sénégalais.

Est-ce qu’en signant à Brest, vous vous êtes dit à un moment que cela pourrait vous donner plus de visibilité et donc l’opportunité de pouvoir accrocher le wagon pour la coupe du monde ?

Comme je le dis, si j’ai signé à Brest, c’est surtout pour franchir des paliers. J’ai fait mon parcours, en Belgique, puis en Hollande. Maintenant, je suis très bien à ce niveau de la Ligue 1. Comme vous dites, peut-être il y a un peu plus de visibilité. Ce qui est normal aussi parce que c’est dans le top 5 des championnats du monde.

Question piège : Si vous êtes sélectionné avec les Lions, vous allez floquer NOAH ou FADIGA, sur votre maillot ?

(Rires) Ah je vais sûrement mettre N. Fadiga puisque je suis Noah, pas Khalilou.

Entretien réalisé par Babacar Ndaw FAYE

12 août 2022


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