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« JE NE SUIS PAS FIER DU TRAITEMENT MÉDIATIQUE VIS-À-VIS DES ENFANTS »

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Directeur de la communication et non moins chargé de la protection des enfants de la Commission de protection des données personnelles (Cdp), Adama Sow a lancé un cri du cœur, lundi, à Mbour, lors de l’atelier de mise à niveau sur le respect de la réglementation des données à caractère personnel, notamment celles des enfants. Estimant qu’il n’est pas fier du traitement médiatique vis-à-vis des enfants, il pense qu’il faut régler la question de la protection des données des enfants qui est un « vrai problème » au Sénégal.

Que pouvez-vous nous dire sur la problématique de la réglementation des données à caractère personnel des enfants ?
En tant que journaliste, je ne suis pas très fier de ce que nous faisons vis-à-vis des enfants, parce que le traitement médiatique de tout ce qui concerne les enfants est un vrai problème au Sénégal. Un ami me parlait du dernier cas, notamment cette fille mineure violée et maltraitée à Diya dont on a montré le visage et les habits ensanglantés. L’exemple le plus récent aussi, c’est la fille de Fatou Tampi, qui a été jetée en pâture. Il y a une ligne jaune ou rouge que la presse sénégalaise ne doit plus franchir en matière de traitement de tout ce qui touche les enfants. Que chacun regarde ça comme sa fille, sa nièce, sa sœur…. D’abord, sur le plan de l’éthique, on a un vrai problème.

Quelle est la position du Cored par rapport à ces manquements ?
Sur le plan de la déontologie, le Cored fait de son mieux. Chaque semaine, au niveau de la Cdp, on reçoit des plaintes contre des confrères et des organes, mais notre principe, c’est qu’on n’amène pas un journaliste au tribunal. Cela est une honte pour la corporation et sa place n’est pas au tribunal, ni en prison. Donc, c’est à nous de régler cela en amont. Evitons de diffuser et de divulguer les données des enfants, d’exposer leurs photos, vidéos ou images, ou même carrément en mettant leurs noms ou leur adresse exacte. On n’a pas de filtre. La loi interdit cela, mais nous en faisons fi. Il y a des articles de presse écrite où on décrit par exemple le viol d’une enfant, c’est comme si le journaliste était en train de revioler un peu la victime. Nous avons eu connaissance de cela, avec le psychiatre de Fann, Dr Omar Ndoye, il y a quelques années. Quelqu’un qui a lu un article dans la presse écrite, le compte rendu d’un viol et il a vu ses pulsions ressortir. Heureusement qu’il n’est pas allé violer. Il est allé à Fann, pour aller voir le Docteur Ndoye, lui expliquer que lorsqu’il a lu cet article ; il y a eu une sorte de réveil de ses pulsions à son niveau. Vous voyez ce que le travail du journaliste peut être faire pour ces cas-là.

Et quel appel lancez-vous à la jeune génération de journalistes qui, à la limite, publie tout ce qui lui passe par la main ?
Je pense que nous journaliste, nous devons plus faire attention par rapport à ce que nous publions. Donc, mon appel, c’est vraiment de régler d’abord la question de la protection des données de nos enfants sur le plan éthique et sur le plan de la déontologie. Il y a un travail que le Cored aussi doit faire pour sensibiliser davantage les rédaction,* et surtout cette jeune génération très fougueuse qui publie tout, sans se rendre compte qu’elle fait des dégâts.

Ndèye Anna NDIAYE (Envoyée spéciale à Mbour)

18 octobre 2022


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