JEAN-LUC HEBERLOT, RÉALISATEUR DE "SAKHO ET MANGANE" : « DAKAR EST UNE VILLE CINÉMATOGRAPHIQUEMENT INTÉRESSANTE »

news-details
Culture

Jean-Luc Heberlot, réalisateur, et Yann Gael, acteur, de « Sakho et Mangane », la série des deux (2) flics à Dakar produite par Canal +, étaient dans les locaux du Groupe Emedia INVEST. La projection du premier épisode est prévue demain, jeudi 14 mars 2019. Expliquant le choix de la capitale sénégalaise, ils décrivent les caractéristiques de Dakar ville cinématographique. Entretien.

Que vous inspire la ville de Dakar, sur le plan cinématographique ?

Jean-Luc Heberlot
 : « Dakar est une ville cinématographique de part son histoire. C’est une ville mixte. Les ’’lébous’’ (une communauté au Sénégal, traditionnellement pêcheurs mais aussi agriculteurs, concentrée dans la presqu’île du Cap-Vert), qui sont dans les premiers épisodes de la série, qui ont leur cosmogonie à eux. C’est quelque chose qu’on a essayé de raconter un minimum dans ’’Sakho et Mangane’’ tout en le fictionnalisant un peu. Dakar, c’est juste une ville tellement métissée culturellement que forcément cinématographiquement, cela va devenir intéressant. Et, après le peuple sénégalais étant très accueillant et très travailleur, la série est devenue ce qu’elle est, visuellement, grâce aux équipes qui ont travaillé avec nous depuis le début. »

Quelles sont les caractéristiques d’une ville cinématographique ?

Jean-Luc Heberlot : « C’est les gens. Vous pourrez avoir la ville la plus moche du monde à partir du moment où les gens sont intéressés et que les problématiques de ces gens sont intéressants, vous pouvez faire un film. Moi, c’est les gens, d’abord, qui m’intéressent. Puisque ce sont les gens qui font les décors, qui (les) construisent et qui les font vivre. Dakar, c’est toujours les gens qui en font une ville qu’on peut raconter. »

Yann Gael  : « Je le rejoins sur les gens. Ils vivent tellement de choses parce que tout le monde à plusieurs vies. Tout le monde a plusieurs métiers, plein de compétences, je pense que c’est cela qui participe à en faire une ville de cinéma. C’est-à-dire que les gens sont multiples et ont beaucoup de désirs et de volonté. Dakar, c’est ça, c’est une ville de désir. C’est un fourmillement. Après avoir tourné, je me souviens, je suis rentré à Paris et, je me suis rendu compte à quel point Paris était mort. A quel point, Paris ne bougeait pas. Dakar, c’est la fumée qui s’échappe, c’est une ville qui ne fait que se construire. C’est pour cela que c’est une ville de cinéma. Ça se bâtit. Les gens, eux-mêmes, se bâtissent. »

Et si l’on vous demandait de comparer Dakar aux autres villes ?

Yann Gael : « Dakar est à un stade de sa propre évolution. C’est-à-dire, elle est passée par des choses par lesquelles Miami est passée et, elle a sauté parce que la technologie est avancée, qu’on a avancé sur des questions écologiques. On n’a pas construit de la même manière, les ressources qui sont à Dakar ne sont pas les mêmes, elle est à un stade où elle en est à son propre développement. C’est cela qui compte. La comparaison, je n’en vois pas tellement l’intérêt. Ce qui importe, c’est où est-ce que Dakar veut aller et où est-ce que les Dakarois veulent aller. En fait, il y a tellement de choses ici que les gens se développent et grandissent et c’est en grandissant qu’ils feront leur avenir et participent à développer la ville et le pays. Moi, c’est des choses qui me frappent parce que les gens ailleurs et dans les capitales européennes souvent ils partent ailleurs pour se ressourcer et trouver la spiritualité ailleurs. Ils vont en Inde, par exemple. Ici, c’est cela qui est beau parce qu’il y a tout ce qu’il faut pour grandir et c’est beaucoup plus simple d’entreprendre. On en parlait avec Jean Luc, c’est tous les rêves et les mythes africains. Ils sont déjà là mais il faut les développer et les perpétuer pour que les gens continuent à rêver et pour qu’ils s’entendent bien. Souvent, on se dit l’herbe est plus verte ailleurs mais ce n’est pas cela, c’est qu’il faut arroser son herbe. »

Vous pouvez réagir à cet article