#JESUISDOUDOU - DES CANDIDATS ET DES CADAVRES

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LA CHRONIQUE DE MIK

Doudou, cette fois-ci, tu n’iras pas à l’école. Privé du plaisir de retrouver tes camarades de classe. Privé à jamais de ton avenir prometteur. "Je suis Doudou !" Cette épitaphe aurait pu être inscrite sur le fronton ou sur le tableau noir de toutes les écoles sénégalaises en ces jours de rentrée scolaire. On peut, si on veut, avoir des raisons d’être… Charlie. On a sûrement de bonnes raisons d’être Doudou. Si seulement les enfants avaient droit à la parole ! Quel parent d’élève, en amenant le sien à son école, le jeudi matin 12 novembre, n’a pas eu une pensée pieuse pour Doudou Faye ! Jeudi noir.

Doudou Faye. Un pauvre innocent jeté à la mer et… à la mort par un père qui s’est décidément trompé d’orientation. Il n’avait que 14 ans. A cet âge-là, on ne migre pas. On n’émigre point. On ne va pas à la quête de l’avoir. Mais à la quête du savoir. À cet âge, on ne saurait être candidat à l’émigration. A fortiori quand elle est irrégulière. On ne peut qu’être candidat à l’école.

Mamadou Lamine Faye, le père de Doudou, a cru, à tort, que son fils avait sa place dans une pirogue pour une folle aventure. Le faisant, il l’a sacrifié sur l’autel de la bêtise en le livrant à la faune des requins. Pourquoi cet enfant innocent et pas lui ? Non, la pauvreté ne peut pas tout justifier. Le chômage non plus, puisque Doudou Faye n’avait même pas l’âge de travailler. Décret ou pas, sa mort, dans les circonstances décrites, justifie amplement un « deuil national ».

Ne parlons pas des dizaines, voire des centaines de jeunes déjà engloutis par la mer et dont les corps jonchent les plages du monde. Le raisonnement de cette jeunesse désœuvrée est simple. « Non seulement, semble-t-elle dire, vous ne nous donnez pas du poisson mais encore, vous ne nous apprenez pas à pêcher ! Alors, permettez que nous partions. » Résultat : des candidats et des cadavres. Bien que simpliste par moments, ce raisonnement n’en demeure pas moins un message à décortiquer par l’Etat du Sénégal.

L’actuel pouvoir qui fait face, à son tour, au phénomène migratoire, aurait tort de banaliser la nouvelle vague de départs vers un improbable Eldorado. Certes on peut relever les mesures de sécurité prises tant à l’encontre des candidats au voyage risqué que des passeurs qui font fortune dans ce business de la mort qu’est l’émigration clandestine. Mais le tout sécuritaire ne doit pas être la seule réponse. On n’arrête pas la mer avec ses bras. Surtout quand elle se déchaîne. Et c’est le cas justement avec la migration irrégulière ! Donner du travail et redonner de l’espoir serait la solution. Passée la résilience, la relance économique dont il est question n’aura de sens que si elle génère des emplois et des revenus. La perspective n’est pas simple, il faut l’avouer, surtout dans un monde en crise.

Les superlatifs ne manquent pas pour encenser le chef de l’Etat depuis qu’il a réussi la prouesse de se réconcilier avec son adversaire Idrissa Seck. Néanmoins, le Président Macky Sall a beau être le « maître du jeu » en étant à la politique, analysent certains, ce que Messi est au football, il ferait toutefois échec et mat, s’il ne parvenait pas à résoudre l’équation que lui pose l’émigration clandestine. Si « le roi n’est jamais capturé » en matière de jeu d’échecs, la partie est (quand même) déclarée terminée dès lors que l’échec devient imparable. Dans l’échiquier politique, même les génies peuvent être pris à leur propre jeu.

Pour l’histoire, le Président Abdou Diouf avait perdu le pouvoir en 2000, à cause, en grande partie, des départs de Djibo Ka et de Moustapha Niasse. En 2012, ceux d’Idrissa Seck et d’un certain Macky Sall n’ont pas été étrangers à la défaite du Président Abdoulaye Wade. En se séparant récemment, au niveau gouvernemental s’entend, de piliers de son régime, l’actuel locataire du Palais présidentiel prend le risque d’en faire de potentiels adversaires. Un Président averti…

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